Territoire d’industrie installe un dialogue entre élus et industriels

Nous poursuivons notre enquête concernant le programme Territoire d’industrie, par une interview de David Szymyslik, chef de projet Territoire d’industrie Nevers Val de Loire. (https://territoiredindustrie-neversvaldeloire.fr)

Quel est l’historique du projet ?

Le projet a été retenu en décembre 2018. Après une phase de concertation et d’appropriation, un protocole d’accord a été conclu en octobre 2019, puis le contrat de territoire a été signé le 18 décembre 2019. La mise en œuvre du projet a commencé en 2020 pour une durée de 3 ans. 

Il concerne 5 communautés de communes plus une commune rattachée et couvre environ 75% des 200.000 habitants de la Nièvre. 

L’histoire industrielle de la région remonte à la seconde révolution industrielle et la métallurgie. Il y avait un bassin industriel, avec des mines de fer et de charbon, et des forges. Après une vague de fermetures, accentuée dans les années 90, de nouvelles entreprises se sont implantées, notamment dans l’automobile avec le circuit de Magny-Cours. Sur le territoire, on trouve aujourd’hui quelques grands sites industriels : l’aciérie Aperam à Imphy, un Technicentre industriel de la SNCF à Nevers  une centrale nucléaire dans le Cher limitrophe (environ 1000 salariés chacun) mais aussi tout un tissu de PME. 

Lors de l’élaboration du contrat, La préoccupation première de ces entreprises était le recrutement. Certains métiers industriels étaient déjà en tension. Or ici Le taux de chômage est relativement faible, les entreprises mal connues, et les personnels sont aspirés par des métropoles et des centres dynamiques. 

Cette difficulté est aussi liée à l’attractivité du territoire. Les candidats à un poste, même très intéressant, ont besoin de rassurer leur famille, avant de venir s’installer chez nous. 

Il y avait aussi la question des friches industrielles, et leur reconversion, et celle de la performance énergétique des entreprises, et de l’écologie. 

Au final, Le contrat de territoire est divisé en 7 fiches action, qui correspondent aux 4 thèmes « attirer, innover, recruter, simplifier ». 

  1. Friches industrielles. Lancer des études de rénovation et reconversion de 3 friches parmi 8 sites potentiels. 
  2. Ecologie Industrielle Territoriale. Il s’agit de réduire l’impact de l’industrie, de mutualiser les flux matières, partager les machines sous-employées, ou encore recourir à des emplois partagés…
  3. Attractivité, et promotion du territoire. 
  4. Attractivité des métiers de l’industrie et des entreprises. Portes ouvertes, démarche de GPEC, anticipation des besoins de recrutement . 
  5. Innover dans la filière bois. Des entrepreneurs se sont groupés pour coproduire un nouveau matériau à destination de la construction. 
  6. Fabrication Additive Métallique. Plusieurs entreprises se sont groupées pour soit acheter ensemble une machine d’impression 3D, soit installer un centre technique commun. 
  7. Industrie du futur. Déclinaison du programme national « 10 000 PME vers l’Industrie du Futur ».

Ces besoins sont remontés d’une phase préliminaire d’interviews avec les entreprises du territoire, qui a permis de construire un programme conforme aux attentes du terrain  

Pour coordonner et animer la démarche, J’ai été détaché par la Chambre de commerce et d’industrie en tant que chef de projet. Mon poste est en partie financé par l’Etat. 

Où en est le projet ? 

On est à mi-parcours, avec déjà 18 mois écoulés. L’épidémie a freiné le projet, mais les industriels ont fortement suivi le programme. On a obtenu de premiers résultats : on a sélectionné les friches et le prestataire pour les évaluer, des maquettes financières ont été réalisées, les premiers chantiers devraient commencer en 2022.

On a organisé une opération de promotion de l’industrie, en partie en visio conférences, et avec une dizaine de rencontres dans les établissements scolaires. Un dossier a aussi été diffusé dans le journal local pour lutter contre les préjugés, qui sont nombreux quand on parle de travail dans l’industrie.

Quelle est la difficulté de ce type de projet ? 

Il y avait un risque que chaque collectivité veuille tirer la couverture à elle, et nous en avions 5 ! Or, elles se sont très bien entendues. 

L’association entre industrie et territoires a très bien marché. Les industriels ont piloté le projet, avec beaucoup d’exigence. Chaque communauté de communes était représentée par un élu (VP économie ou président) et un industriel. L’industriel nous a aidés à mobiliser les entreprises de son territoire. Cependant, nous avons eu du mal à toucher les petites structures. Chaque communauté de communes a porté une action, et a délégué un technicien. Je suis donc le chef de projet, mais pas le seul acteur. 

Le binôme élu / industriel a été efficace. L’industriel a apporté la volonté d’aller vite, la rigueur dans la méthode, l’exigence sur le calendrier. L’élu a apporté une vision à moyen long terme, et son habitude de la gestion des questions telles que les friches ou la mobilisation des financements publics. Les élus pour beaucoup connaissaient déjà bien l’entreprise ou étaient d’anciens dirigeants, donc il n’y a pas eu de choc culturel, mais le projet a permis qu’élus et industriels se voient régulièrement et qu’un dialogue s’installe. 

Que se passera-t-il dans 18 mois ? L’Etat va-t-il continuer à subventionner le projet ? En tout cas, il est probable que les groupes de travail vont continuer leur coopération. 

La problématique du recrutement est plus aigüe que jamais. Nous faisons le constat qu’il n’y a pas de réel problème de formation. Car les entreprises savent former leurs embauchés, elles disposent de modules de formation interne si besoin, elles savent faire du tutorat, elles peuvent compléter une qualification (par exemple dans le domaine de la soudure). Le vrai problème ? C’est donner envie et attirer des candidats. C’est dans la tête. Il faut lutter contre les a priori. Nous devons anticiper la reprise, faire de la GPEC et poursuivre la valorisation du territoire. 

Quelles sont les recettes de succès d’un tel projet ? 

J’en identifierais 4 :

  1. Le Binôme industriel / élu. Les compétences des deux sont complémentaires. L’un apporte la rigueur, le résultat, les chiffres, l’autre la vision long terme et le financement.
  2. L’implication des entreprises. Nous avons rencontré les entreprises du territoire pour repérer celles qui avaient le potentiel d’être motrices. Le résultat est que lorsque nous faisons des actions de promotion, par exemple, nous pouvons compter sur la contribution de 15 DRH !
  3. Voir l’intérêt commun. Il faut savoir gommer les frontières. Si une entreprise de Magny-Cours recrute un cadre, il est possible que cette personne aille s’installer à Nevers. Il y a donc tout intérêt à traiter les problèmes et raisonner à l’échelle du bassin de vie, et pas seulement aux frontières d’une collectivité.
  4. Il faut établir un vrai dialogue et réussir à mobiliser les financeurs (Etat, Région, Banque des Territoires, etc.). Cette bonne relation, d’ailleurs, permet ensuite à des entreprises de trouver des financements pour des projets qui leur sont propres. Plusieurs projets locaux ont bénéficié d’un soutien du Plan de Relance, grâce à l’appartenance au Territoire d’Industrie.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

2 commentaires sur « Territoire d’industrie installe un dialogue entre élus et industriels »

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