Un investissement aura deux à huit fois plus de retombées locales s’il est fait avec des ressources locales…

Le traitement effectif des enjeux contemporains -des risques environnementaux aux fractures sociales- suggère une redistribution des responsabilités et cette redistribution est plus aisée et plus efficace à l’échelle territoriale. 

Un entretien avec André Jaunay du collectif Territoires et financements innovants, qui regroupe onze associations. 

Quel est l’historique du collectif Territoires et financements innovants ?

A l’époque où je travaillais pour le Conseil Régional d’Ile de France, les startups françaises manquaient de financements. Aux Etats-Unis, les investisseurs individuels ou “business angels” apportaient argent et capacités de sélection et d’accompagnement des projets. Pour développer cette ressource en France, j’ai, en m’inspirant des Britanniques, créé en 1998 les premiers réseaux français d’investisseurs, sur des bases essentiellement territoriales. Ils se sont rapidement multipliés et j’ai créé France Angels en 2001. Depuis lors, ces réseaux ont apporté plus d’un milliard d’euros aux startups françaises et déclenché des apports complémentaires de 2 milliards d’euros.

Plus récemment sont apparues les plates-formes de financement participatif, qui permettent une démocratisation de cette capacité individuelle de sélection du destinataire final de son épargne. 

J’ai pu constater que d’autres types de dispositifs redistribuent avec pertinence, à l’échelle territoriale, les capacités d’action des divers acteurs, des habitants aux entreprises, et ce, dans des domaines très divers : philanthropie, troc inter entreprise, compensation carbone, etc.

Des études démontrent la pertinence de la pleine prise en compte des acteurs territoriaux :

  1. si un investissement mobilise des ressources locales (entreprises pour la réalisation, épargnants pour le financement), il peut avoir jusqu’à huit fois plus de retombées sur le territoire (étude université de Kassel),
  2. une entreprise financée et dirigée localement a de meilleures performances économiques, sociales et environnementales (étude Michael Shuman), 
  3. le caractère hors-sol des mécanismes de compensation carbone conduit à leur quasi inefficacité, ce à quoi veut répondre l’expérience “Plan carbone territorial” de La Rochelle, etc.

Cette “redistribution” se construit en prenant d’abord en compte les leviers (désirs, aspirations) individuels. Il faut d’abord mettre les parties prenantes en mouvement. Les gens sont heureux d’être en situation de choix, de ne pas subir d’injonctions, fussent-elles gorgées de bonnes intentions. 

Cela se voit dans la performance de deux plates-formes participatives de l’agriculture. L’une est très militante pour le bio, l’autre généraliste. Eh bien, c’est la seconde qui réussit le mieux, et, paradoxalement, c’est elle qui génère, de loin, le plus d’investissements dans le bio !

Les gens doivent être en responsabilité. On doit leur faire confiance. 

Le second point important est de privilégier une approche territoriale. C’est le bon niveau pour mettre les personnes en responsabilité. Que ce soit pour le mécénat ou la compensation carbone, on constate que les niveaux national ou international ne donnent pas de bons résultats. Il faut agir au niveau territorial pour avoir des effets concrets. Il faut que l’entreprise, la société civile et les habitants soient en  responsabilité. 

J’ai fait une thèse de doctorat sur la capacité des dispositifs d’appui à l’entrepreneuriat à redistribuer le capital social : les plus efficaces sont les réseaux de pairs. 

Avez-vous des exemples de mise en œuvre ?

Pascal Coste, le président du conseil départemental de la Corrèze avait inscrit dans son programme électoral le financement de l’économie par l’épargne corrézienne. Nous lui avons proposé un portail qui permet d’informer sur l’activité et les projets de l’ensemble des plates-formes de financement participatif : l’outil est très efficace et très peu coûteux pour les finances publiques. 

L’Ardèche a fait de même. 

Les départements ont perdu leur compétence économique. Ce type de portail, qui ne demande pas d’engager de finances publiques, leur permet de donner un coup de pouce à leur territoire, sans contrevenir à la loi. Ce qui est un avantage intéressant.

Comptez-vous généraliser ce type de projet ? Quelle est votre stratégie ?

Nous-nous réunissons à la rentrée pour en discuter ! Vous pouvez suivre nos activités via le groupe linkedin (450 membres) : https://www.linkedin.com/groups/13835273/

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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