Dans un territoire où il y a une vraie tradition, il y a un vrai potentiel

En consultant les sujets de recherche du professeur Berthelier, nous avons retrouvé les mots clés de notre étude : PME, clusters et Allemagne… Nous avons pensé qu’il avait des choses à nous apprendre. 

Vous êtes professeur et consultant… 

De mon temps, le modèle dominant de l’enseignant était d’avoir une activité de conseil. Je fais deux jours à l’école et trois pour le business. Je fais principalement de la formation continue en stratégie industrielle à EM Lyon, surtout pour les grandes entreprises, mais de plus en plus pour les PME, à mesure qu’elles sont reprises par une nouvelle génération de dirigeants. En conseil j’interviens essentiellement auprès des dirigeants de PME et de leurs équipes. Mes filières de prédilection sont l’automobile, l’aéronautique, le ferroviaire et l’énergie, bref les industries plutôt traditionnelles ainsi que les services aux industries. Je travaille aussi beaucoup pour les territoires, avec leurs services de développement économique, par exemple le Territoire de Belfort pendant 20 ans. Je collabore avec Mecateamcluster, le cluster des infrastructures et des engins de travaux ferroviaire depuis sa finalisation fin 2010 et son lancement en 2011. 

Vous connaissez bien l’Allemagne…

Je suis germaniste, j’ai vécu deux ans en Allemagne. Les Allemands sont très différents de nous. Ils chassent en meute, ou, plus exactement, ils fonctionnent en réseau. Il y a un attachement au métier, et une solidarité qui fait qu’ils s’informent les uns les autres, même s’ils sont concurrents. Chez eux, il n’y a pas que très rarement de parachutage à la tête des entreprises et la légitimité métier l’emporte de façon quasi systématique. Par exemple, ils comprennent difficilement qu’un banquier prenne la tête d’un constructeur automobile. Ils acquièrent cette légitimité en suivant souvent leur formation, même supérieure, par la voie de l’apprentissage.

Les relations donneur d’ordre sous-traitants sont très fortes. Ils collaborent étroitement. A l’image de ces « villages allemands » que l’on trouve en Chine à proximité des sites des grandes entreprises pour mutualiser des services généraux et pour mieux sécuriser des équipements et des savoir-faire. 

Contrairement à ce que l’on dit, ils ne sont pas du tout libéraux. Ils ont une assez forte culture de l’intervention publique. Cette intervention est davantage le fait des Régions – les Länder – que de l’Etat Fédéral, qui reste effectivement plutôt en retrait. Et une de leurs armes les plus efficaces est un système puissant de normalisation. 

Chez nous, les réseaux économiques et les modes collaboratifs ne mobilisent que très peu, à commencer par mes étudiants ! Et on est dans l’immédiateté. Ce qui complexifie beaucoup la création et le développement d’approches collaboratives au sein des filières. 

L’association des interpreneurs veut changer le pays grâce à la PME, comment faire ? 

Il y a une très grande hétérogénéité entre PME. Les PME des métiers traditionnels ont de vrais savoir-faire, notamment dans les domaines techniques. Elles éprouvent davantage de difficultés pour relever l’ensemble de leurs défis de développement qu’il s’agisse de développement commercial, d’innovation ou de l’international. Le financement de leur croissance est aussi un enjeu très prégnant et elles sont moins armées que les grandes entreprises mais aussi que les start-up pour le relever. Pour les dynamiser, il faut commencer par la gouvernance. Mais cela sera-t-il possible avant l’arrivée de la prochaine génération ? Ensuite, il faut les mettre en réseau, exploiter les opportunités du territoire, créer la dynamique des clusters. Il faut travailler sur les chaînes de valeur, par exemple acheter les emballages à proximité et pas à 5000km. Si l’on fait un calcul de coûts complets on découvre que c’est une bonne affaire. 

Il faut travailler sur la complétude des filières du territoire, avec préfets et sous préfets à la relance. Par exemple, le Creusot veut devenir un spécialiste de la métallurgie des poudres. C’est une technologie très nouvelle. Il y a presque toute la filière en Région Bourgogne Franche-Comté. Il y a quelques années la DIRECCTE m’a demandé d’étudier la filière de la lunetterie du Jura qui avait connu plusieurs « sinistres industriels. » On a abouti à la création d’un cluster, qui a produit plusieurs projets notamment parmi les fabricants. Dans un territoire où il y a une vraie tradition industrielle et de fabrication, il y a un vrai potentiel de rebond et de reconquête. La PME et le territoire, c’est une alchimie entre des hommes. Mecateamcluster, par exemple, c’est le projet de trois personnes. Un chef d’entreprise, le directeur de l’agence économique, et le représentant du territoire, en l’occurrence le président de la Communauté Urbaine du Creusot Montceau. Petit à petit d’autres sont venus s’agréger à eux. Il faut analyser en détail et beaucoup dialoguer. Ça prend du temps. 

Il faut développer l’entreprise. Une première façon est d’entrer sur de nouveaux territoires. Une autre est par l’innovation, et elle est maintenant collaborative, complexe, en cluster. Une troisième consiste à se demander comment trouver d’autres marchés : « je suis à 100% dans l’automobile, comment j’en sors ? » Pour cela, encore, il faut du temps que n’a pas la PME, d’où l’utilité d’appartenir à un cluster !

L’innovation a besoin de leaders, autour desquels il faut agréger les compétences dont ils ont besoin. J’ai vu des PME se transformer, ainsi. Récemment un gros donneur d’ordre a dit à l’une d’entre elles qu’elle n’était plus un équipementier, mais un constructeur d’engins ferroviaires. Ce qui est une bonne nouvelle, puisque le marché ferroviaire sera porteur pour au moins les dix prochaines années !

Il faut que l’entreprise fasse un diagnostic, qu’elle en déduise des choix stratégiques. Il ne faut pas rester seul, il faut adopter des schémas de coopération, et utiliser le catalyseur qu’est le territoire. 

J’ai travaillé pour le Ministère de l’industrie pour le projet Cap 500, qui voulait transformer des PME en ETI. Pour moi, l’une des solutions était de créer des alliances et des groupements d’entreprises. 

Y aurait-il un moyen de réaliser un effet domino ?

Il faudrait une base d’exemples concrets de réussites, et de non réussites. Si les entreprises arrivent à partager leurs expériences, elles apprendront beaucoup les unes des autres. Des partenaires des territoires et des entreprises comme la Banque des Territoires ou la BPI peuvent faciliter et accompagner, notamment sur le plan financier, ces transitions indispensables pour l’activité, le développement et l’emploi. 

Ce qui rend tout difficile en France est que, dans tous les domaines, l’individu surclasse l’organisation. Tout est une question de liens interpersonnels. Mais la somme des performances individuelles ne fait pas forcément un performance collective durable.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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