Christophe Faurie, Co-fondateur de l’association des Interpreneurs

Il aurait pu être urgentiste, dépanneur, confesseur, médiateur, chercheur, animateur économique, écrivain, philosophe, psychologue, historien… Il est un peu comme ce « pilote » à qui on fait appel pour rentrer les gros bateaux dans des espaces très petits, juste le temps d’apprécier les bons choix et préconiser les bonnes manoeuvres, sans jamais perdre du temps, afin d’être disponible pour  le suivant, et de préserver le maximum de navires. Sa formation d’ingénieur lui permettra d’articuler un peu tout cela pour se mettre au service des hommes ou des systèmes en recherche de performance, de changement ou de résilience. Il aime par dessus tout la TPE et la PME/PMI parce qu’elle représente le plus grand vivier de talents et que la proximité qu’il a avec les dirigeants lui permet de comprendre très vite pour mieux suggérer les remèdes aux maux décelés. Il aime mobiliser, encore et toujours, plus de monde pour renforcer l’enjeu collectif. Il s’appelle  Christophe FAURIE. (Et il est interviewé par Bruno Pinard-Legry.)

Consultant après une expérience dans des entreprises, vous pouvez raconter ?

Je suis un ingénieur, qui n’est jamais aussi heureux que dans une usine ou sur un chantier. Un hasard m’a fait entrer chez un éditeur de logiciel, et pas chez Arcelor ou Bouygues. Un autre m’a fait m’occuper de stratégie. Ensuite, j’ai cherché des responsabilités opérationnelles. Mais, à chaque fois que j’arrivais dans une entreprise, je voyais ce qui n’allait pas, je voulais le changer, et quand cela avait réussi, je partais. Ce qui déconcertait mes employeurs. En fait, j’étais uniquement intéressé par le « changement ». Mais il m’a fallu longtemps pour le comprendre !

Je ne suis pas un consultant. Un de mes collègues m’appelait un « manager d’adaptation ». J’apporte mon expérience à l’entreprise comme un manager par intérim. Il y a un aspect très opérationnel dans mon métier. Seulement, je mets un point d’honneur à ce que mes interventions soient aussi courtes que possible. 

Animateur infatigable dans des  associations, des groupes de travail et de réflexion : quels enseignements en avez vous tirés ?

Le médecin de ville se fait payer, mais pas l’hospitalier, qui sauve des vies ! On nous a raconté que le « marché » était efficace : balivernes ! On perd un temps fou à vendre ses services. Et on ne vend que du médiocre. Les champions de l’économie, d’ailleurs, l’ont compris : le « modèle du gratuit » a fait la fortune du GAFA. Si vous voulez avoir un impact sur la société, votre action doit être gratuite. 

Ensuite, être bénévole c’est une montagne de détails pratiques infimes. Il faut envoyer des invitations, relancer sans cesse, inventer un schéma d’animation digne d’une mission de conseil du meilleur niveau, rédiger des comptes-rendus, etc. Il faut être très efficace. Mais il faut aussi savoir prendre le temps de bien faire son travail.

Mais attention, être bénévole, ce n’est pas être gentil ! Jadis, lorsque vous rendiez un service à quelqu’un, il était votre « obligé ». A l’heure de l’oligarque qui construit sa fortune sur les dépouilles de l’Etat, ce n’est plus le cas. Il faut être sur ses gardes en permanence. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut être désagréable ! Attention, par exemple, à ne pas mal prendre que certains oublient un engagement ! Sans quoi, vous serez seul. 

Une question difficile est celle de la motivation humaine. Qu’est-ce qui fait que des personnes se mobilisent pour une cause ? On touche aux tréfonds de l’identité française ! Il y a des parallèles curieux entre ce que l’on dit des Gaulois et de nous. En observant un groupe de dirigeants que j’anime depuis douze ans, j’ai conclu que nous étions des « libertaires fédérés par des projets communs ». Le seul moyen d’obtenir un mouvement d’équipe est, en quelque sorte, une « croisade ». Ainsi, une des « marques de fabrique » de ce groupe (et de l’association) est d’aider, en deux heures, un entrepreneur à « passer un cap ».

Et ma motivation, d’où vient-elle ? La récompense de l’action bénévole n’est pas immanente. C’est le moins que l’on puisse dire ! C’est ma conscience qui me pousse. Celle qui vous dit que vous n’avez pas fait votre travail ! Je ressemble aux grognards de Napoléon ! S’il y a des récompenses, elles sont imprévisibles. Mais ce sont des récompenses formidables, que ne connaîtront jamais un président ou un grand patron enfermés dans leur bunker. Un groupe humain a une puissance créative fascinante. Certes, cette créativité demande de passer par des moments d’échec et de vide, d’inconfort désagréable (ma devise est « j’ai toujours tort » !), mais, quand une idée émerge, il se passe quelque-chose d’extraordinaire.

Auteur de nombreux ouvrages sur le changement et producteur de méthodes… pensez vous que vos convictions et vos propositions font école ?

Contrairement à ce que l’on dit, j’ai observé que le changement ne demandait pas de héros. Il peut se faire simplement. Une métaphore pertinente est celle de l’embouteillage. Un embouteillage est une question de régulation du trafic, pas d’incompétence des automobilistes. Or, pour conduire le changement, nous agressons l’automobiliste ! 

Pour la systémique, le changement est à « l’effet de levier ». Il ne demande aucun moyen et se fait immédiatement ! L’obstacle ? Notre raison ! Elle est linéaire et non systémique. « Le problème ? c’est la solution ! » dit le systémicien : la raison nous enferme dans des cercles vicieux. 

Mon travail sur le changement compare ce que j’observe aux techniques inventées depuis que l’on a une trace de pensée humaine. Mais, en dépit de l’appui de la science, j’ai longtemps été à contre courant. Voici comment j’explique cela :

Nous avons vécu un moment « libéral ». Le principe du « libéralisme », au moins tel qu’on l’entend actuellement, est curieusement simple. La liberté de l’individu exige la suppression des liens sociaux. Les spécialistes du changement ont « divisé pour régner », pour provoquer un état « d’anomie » (absence de règles). C’est la fameuse « théorie du marché » : l’optimum humain résulte de la « concurrence parfaite » de chacun avec chacun. On notera au passage qu’Emile Durkheim fait de « l’anomie » un des facteurs qui favorisent le suicide…

La pensée chinoise traditionnelle croit en un changement permanent. Elle dirait probablement que nous passons du Yang au Yin. Yang individualiste, Yin collectif. Aujourd’hui, on redécouvre les vertus de l’entraide, de la solidarité, de la société. La pandémie a beaucoup fait pour cela ! On parle de plus en plus « d’écosystèmes », dans lequel il y a « système ». Et on entend, à nouveau, que la véritable liberté n’est pas la « liberté négative », l’absence de contrainte, mais la « liberté positive » d’une société correctement conçue. 

Votre conviction et vos espoirs sur la période post Covid ?

Les anciens Grecs auraient qualifié « d’hybris » nos dernières décennies. L’hybris produit la « némésis », contrecoup violent. Le tout se termine en « catharsis », calme après la tempête. Leur « némésis » a été la guerre du Péloponnèse. Elle les a, effectivement, calmés mais, aussi, rayés de l’histoire ! 

Nous vivons, au sens des philosophes, une épreuve « existentielle ». Nous découvrons que ce que nous croyions a des conséquences absurdes. Nous avons commencé à chercher, au fond de nous, des valeurs collectives sur lesquelles rebâtir notre pays, et l’humanité. Seulement, il va falloir faire vite, car nous sommes fragiles, et la destruction s’accélère.

L’association des interpreneurs, pour qui ? Pourquoi ?

Nos PME ont une créativité qu’elles ne savent pas faire payer. Si elles y parvenaient cela transformerait notre pays. Elles embaucheraient, ce qui résoudrait les problèmes « des gilets jaunes », de l’intégration des immigrés, et de la désertification des campagnes, et elles paieraient des impôts, qui rembourseraient les dettes de l’Etat. 

Cela serait, en outre, une solution à la crise que va provoquer l’épidémie. En effet, non seulement elle peut entraîner faillites et chômage, mais elle a forcé l’Etat à contracter de nouvelles dettes. Leur remboursement ne provoquera pas de cercle vicieux que si la PME ne fait pas faillite et augmente sa rentabilité pour payer plus d’impôts qu’aujourd’hui, sans danger pour sa santé. 

La solution s’appelle « interpreneur », un terme que je dois à Bruno Pinard-Legry. Un interpreneur est un entrepreneur qui fait de « l’inter ».  Il applique son talent  d’entrepreneur à son « écosystème », en particulier à son territoire. Nous voulons favoriser, en urgence !, l’émergence de ces agents du changement. 

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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