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Zéro artificialisation nette crée une dynamique de coopération

Interdiction d’accroître « l’artificialisation ». L’entrepreneur est-il conscient de l’impact de cette mesure ? 

Jérôme Cordellier est maire et vice président à l’économie d’une intercommunauté, c’est aussi un spécialiste du développement économique. Associé de la S.C.I.C.-S.A. Alliance Sens & Economie,  il est partie prenante du projet pionnier Microville durable dont une première opération va démarrer en décembre prochain. Nous lui avons demandé d’éclairer la question de l’artificialisation.

Comment voyez-vous la question de l’arrêt de l’artificialisation ?

Je suis maire d’un village de 680 habitants. Aujourd’hui, il y passe dix mille voitures et poids lourds par jour. Par endroits, les trottoirs font moins de cinquante centimètres de profondeur. Et, notamment, une maison d’assistantes maternelles a ses portes sur ces trottoirs, tout comme l’école primaire et maternelle. Dans ces conditions, quelles sont les chances qu’une poussette entre en contact avec un poids lourd ? Jusqu’ici on donnait la priorité aux véhicules plutôt qu’aux êtres humains. Il est grandement temps que nous prenions désormais en compte nos responsabilités par rapport aux hommes et à la terre, et plus, uniquement, à l’économie. 

L’épidémie est un accélérateur de transitions amorcées précédemment. Quelque part, j’en suis un élément. Je suis né en petite couronne et ai grandi en Seine-Saint-Denis. J’y ai fait quasiment toute ma carrière. Et puis, Il y a 9 ans, ma famille et moi avons fait un choix de vie. Nous avons décidé de venir dans le Jura. Nous étions alors un peu « à part ». Il y a 3 ans, il fallait en moyenne 36 mois pour vendre une maison correcte dans ma commune. Aujourd’hui, ce genre de bien part en 3 semaines. Nous avons vu arriver une quinzaine de familles en une année. Des trentenaires en majorité, avec un jeune enfant ou sans enfant, de professions intermédiaires ou libérales, des commerciaux… Nous avons plusieurs cas de personnes qui ont fait des études supérieures et qui arrivent pour faire complètement autre chose. Sur un territoire voisin, un ingénieur en informatique s’est installé comme paysan-boulanger. Ces personnes cherchent l’authenticité, dans les rapports aux personnes, au territoire, à l’environnement.  

Comment prenez vous en compte cette aspiration, mais aussi les contraintes de la loi, dans votre travail d’élu ? 

Il faut réinjecter de la vie. 

D’abord, dans les espaces naturels. Les espaces naturels doivent être gérés. Nous devons redynamiser l’agriculture. Le phylloxera et l’exode rural ont conduit à un abandon de beaucoup de terres, qui sont devenues des taillis. Non seulement ces taillis n’ont aucune valeur économique, mais également très peu d’apport écologique, contrairement à une forêt.  Milieu très dense, peu favorable au développement de la faune à l’exception de quelques nuisibles comme les chenilles processionnaires, les taillis s’étendent, détruisent les terrasses, créent de mini chenaux qui produisent des inondations. Nous avons entamé une politique de reconquête des friches. Notre parcellaire étant éparpillé, il n’est pas adapté à l’agriculture traditionnelle qui demande de grandes surfaces. Nous avons donc besoin de nouvelles pratiques, amenées par de nouvelles générations d’agriculteurs. Et alors que nous ne sommes pas encore aux termes de nos démarches, travaillant avec une association environnementale structurée d’experts et la chambre d’agriculture, déjà, de jeunes porteurs de projets en recherche de nouveaux modèles nous sollicitent pour de l’élevage, de la culture en verger, de la permaculture, etc. 

Quant aux habitations, nous n’avons plus qu’une poignée de terrains constructibles. En revanche, nous avons beaucoup de maisons à remettre en état.

A l’échelle de l’agglomération, pour ce qui concerne les entreprises, nous nous rendons compte que nous devons, et nous voulons, aussi changer nos pratiques. Jadis quand une entreprise s’installait, elle faisait une projection à 10 ou 15 ans de ses besoins, et achetait le terrain correspondant. Nous constatons que, les prévisions étant rarement justes, il y a beaucoup de place de perdue. Désormais, c’est l’utilisation immédiate qui prime à la présentation du projet et des éléments constitutifs de son installation (dont le permis de construire). Nous adoptons une logique de réflexion autour de parcs modulaires, les réserves foncières étant finalement limitées. L’entreprise évolue au sein du même parc. Quand elle grandit, elle change de module, et le module qu’elle libère est occupé par une autre entreprise. Les circulations et stationnements des véhicules professionnels peuvent être séparés de ceux des véhicules particuliers, l’accès par voies douces peut être optimisé, voire privilégié, des services types mutualisés – conciergerie, restauration… peuvent être développés, etc. Il nous reste un espace de 26 hectares supplémentaires, pour permettre ces extensions. La manière de laquelle il sera valorisé dans le contexte de la réduction de l’artificialisation des sols est donc un point d’attention tout particulier. 

Nous adoptons une politique d’optimisation de l’espace. Il faut penser gestion des espaces. Il faut penser avenir, anticiper !

Même si seulement 50% des entreprises entrent dans cette nouvelle logique, on peut, qui sait ? réaliser l’activité économique actuelle sur 15 à 30% du terrain qu’elle utilise aujourd’hui. 

Le projet Microville durable illustre-t-il ce nouvel esprit ? 

Ce sujet est dans mon objet professionnel. En fait, il s’agit d’abord d’un programme que nous lançons à l’échelle nationale, qui consiste à élaborer en co construction, un ou des cahiers des charges types de conception des villes urbaines, rurales, des quartiers de demain. Un programme qui a vocation à rassembler tous les acteurs de la construction, de la planification, de la programmation mais également celles et ceux qui en sont les usagers. 

Avec une équipe pluridisciplinaire de l’économie, de la promotion, du développement immobilier et de l’animation de la vie locale, nous allons prochainement réaliser une première application de ce programme sur 45.000m2 de bâtiments à réhabiliter en milieu rural, sur un terrain de 60ha. C’est un projet de redynamisation de territoire qui sera à la pointe de la technique en termes de développement durable, avec la perspective d’atteindre, en 2025, les objectifs de la loi de transition énergique pour le bâtiment pour 2050. C’est aussi potentiellement un projet de laboratoire d’éco-construction thématique à l’élaboration duquel participent une dizaine d’écoles d’architecture européennes. 

Nous avons rédigé une charte dans laquelle doivent s’inscrire les projets des entreprises qui présenteront leur candidature pour une installation. Elle prend, outre des critères environnementaux, économiques, des sujets sociétaux comme la part des échanges locaux dans leur activité. Chaque projet suivra un processus de validation par deux comités, un d’expertise économique et environnementale du projet et un populaire avec les habitants du secteur, qui portera surtout sur la qualité d’intégration du projet dans son milieu. Un premier projet a déjà été accompagné par nos soins pour une implantation en limite de notre terrain. Il s’agit d’un projet industriel dans le domaine de la transition énergétique qui, en 2024, abritera plus de 300 collaborateurs sur site et sera partie intégrante du développement de notre parc. 

Nous projetons également quelques modèles peu utilisés aujourd’hui de maîtrise du foncier et du bâti afin de garantir le respect des objectifs de ce projet sur le long terme. 

Actuellement, sans communication, le succès est considérable. Nous avons deux à trois visites en moyenne par jour du site par d’éventuels candidats à l’installation, y compris le week-end !

Comment le chef d’entreprise peut-il se préparer à cette nouvelle réalité ?

Demain, il n’y aura plus de place, ou presque. Nous pouvons aussi craindre une augmentation considérable du prix du foncier. Cela aura plusieurs conséquences :

La location du foncier, du bâti, pourra être privilégiée plutôt que l’achat. 

Quoiqu’il en soit, nous assisterons, c’est déjà un peu le cas, à une optimisation de l’emploi des locaux. 

Mais surtout, il faudra penser adéquation avec son environnement. Ce n’est pas qu’une question de terrain. Nous entrons dans un monde de la rareté. Et cela va entraîner une dynamique de coopération !

Par exemple, le Jura connaît le plein emploi. Et pourtant, les entreprises manquent de cadres intermédiaires et supérieurs aussi bien administratifs que techniques. Comment recruter dans ces conditions ? La pénurie de foncier portera également sur le logement et ne facilitera pas l’arrivée de nouveaux venus. De fait, en parallèle des efforts de réhabilitation qu’il faudra mener, les mode d’organisation devront également être revus, notamment en matière de gestion des ressources humaines. 

Déjà, sur notre agglomération, des entreprises qui avaient des métiers totalement différents se sont regroupées autour de questions humaines, en particulier de formation professionnelle. Elles travaillent aussi autour de sujets d’environnement, de production et d’échange d’énergie, chaleur… Les déchets de l’une peuvent être les intrants de l’autre, etc.  

L’entreprise devra avoir une stratégie d’écosystème, avec les entreprises et les élus locaux. Si, comme la collectivité, l’entreprise souhaite se développer, ses projets devront être en corrélation avec ceux de la communauté. Le dialogue primera sur tous les sujets, RH, gestion des déchets, mobilité, etc. Un modèle qui devrait certainement exister depuis longtemps, finalement… 

Mais je suis confiant. Chacun à notre façon, nous, Français, nous sommes ingénieux. Nous saurons trouver les solutions aux problèmes qui se poseront, et nous adapter à cette nouvelle réalité. Il faudra sans doute discuter. Mais nous y arriverons. 

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Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

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