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Citoyen interpreneur  

La France est un curieux pays. C’est une démocratie qui ne développe pas la conscience politique du citoyen. Le terme “politique” y est associé à l’invective, généralement grossière, loin de son sens original de gestion de “co propriété”.  

L’histoire des interpreneurs est celle d’un éveil. Petit-à-petit ils se sont demandé si cette “co propriété” était correctement gérée et quel devait être leur rôle de “co propriétaire”…  

“Ose penser” aurait dit Kant… Ce qui suit est, en quelque sorte, le “rapport d’étonnement” de l’interpreneur. 

Où va-t-on ?  

Qu’il s’agisse d’économie ou de santé, notre pays semble une République des experts. Or, jamais le monde n’a été aussi peu prévisible. Nous sommes pris dans une course folle de changements. Ils sont mondiaux et systémiques : 

Les principes mêmes de l’ordre plantaire se transforment du tout au tout. Avant hier, c’était le “commerce international”, ou “globalisation”, dont la colonne vertébrale était une “supply chain” planétaire. Hier, on parlait “d’open innovation” : l’innovation se déplace de l’Etat et de l’entreprise à la “start up”. Le premier a été victime de la pandémie, et de l’Ukraine. Le second de l’inflation, qui a mis un terme au “quantitative easing” des banques centrales, qui alimente les bulles spéculatives.   

La “transition climatique” semblait s’être imposée. Or, l’ultra écologique Allemagne, du jour au lendemain, se met à consommer, sans aucun complexe, du charbon. A tel point que le transport de charbon devient prioritaire sur celui de passagers. Partout, on l’imite. Quant aux programmes nucléaires, condamnés définitivement il y a encore quelques mois, ils ont le vent en poupe comme jamais. Ce que l’on a appelé la “transition climatique” est-elle déjà finie ? Et même l’écologie ? 

Ces bouleversements sont dus à des crises. Le gouvernement anglais dépense 150md£ pour protéger sa population de la hausse des prix de l’énergie. Les gouvernements sont devenus des fonds de solidarité. En cela, ils ne font que suivre l’exemple de l’agriculture. Mais, comment le nôtre, en particulier, parviendra-t-il, à chaque crise, à trouver les 100md€ nécessaires, alors qu’il a déjà 3000md€ de dettes, et que le coût de remboursement de la dette se chiffrera bientôt en l’équivalent d’un ou plusieurs plans de relance ?  

Finalement, un facteur principal de changement mondial est la stratégie des Etats. Le “second miracle allemand” est dû au décollage chinois, impossible sans les machines allemandes, et au gaz russe. Victime de ce qui a fait son succès, l’Allemagne se réinvente, sans arrière-pensée. Il en est de même des USA. Les nations étrangères “font” le changement. La France l’ignore. Quelle sera la conséquence d’une nouvelle guerre de retard ?

Stratégie en environnement incertain  

Face à un avenir incertain, trois stratégies sont possibles, dit une méthode que nous employons beaucoup0 : changer l’avenir à son avantage ; résilience ; option (apprendre, pour acquérir une compétence utile “au cas où”).  

Il est essentiel d’être en éveil, de façon à voir dans quel sens le monde va basculer, de façon à orienter son mouvement (ce qu’ont fait les Allemands, à l’époque de la globalisation). Faute d’y voir encore clair, il est surtout important “d’apprendre”, et de développer sérieusement notre résilience. La mission première d’un Etat est, désormais, d’absorber les crises.  

À noter que la résilience ne doit pas être entendue au sens, passif, de Boris Cyrulnik, mais à celui “d’anti-fragile” de Nassim Taleb : pour un tissu résilient, la crise est une opportunité. Quand tout le monde est surpris, celui qui l’est le moins profite de la situation… 

En fait, il semble probable que notre avenir soit caractérisé par des crises imprévisibles. Il y a une décennie, nous avons travaillé sur Les limites à la croissance, le rapport du club de Rome, et sommes entrés en contact avec Denis Meadows, un de ses rédacteurs. Le “changement climatique” est, en quelque-sorte, une version abâtardie de l’analyse systémique du club de Rome. Cette dernière répète, d’ailleurs, que si l’on cherche à corriger le problème par ses conséquences, on ne fait que l’empirer. Il faut attaquer sa cause : la “croissance”.  

Mais, qu’entendre par “croissance” ? On peut se demander si la croyance en un remplacement de l’industrie, perçue comme produisant une croissance matérielle non durable, par le service, promettant une croissance immatérielle durable, ne vient pas de là. En tous cas, Denis Meadows observe que la croissance mondiale procède par bulles spéculatives, et qu’il est urgent de renforcer nos capacités collectives de résilience, pour survivre à leur éclatement.  

Les prévisions du club de Rome, toujours approximativement en accord avec les observations, aboutissent à une crise, en 2030. Le « système” (au sens de “systémique”) actuel n’aura plus les moyens nécessaires au maintien en vie de l’ensemble de l’humanité.  

Et si nous étions entrés dans une phase de turbulences correspondant à la recherche d’un nouveau principe organisateur de l’humanité ?  

Souveraineté intellectuelle 

Nicolas Dufourcq écrit, dans La désindustrialisation de la France, que notre “élite” est facile à manipuler.  

Même si l’on se limite à l’angle de vue des interpreneurs, celui de l’entreprise, c’est effectivement frappant. Elle absorbe avec une facilité déconcertante ce qu’en anglais on nomme les “modes de management” (management fads), que l’on retrouve sur la “hype curve” du Gartner group. Nous l’avons constaté dès l’époque de la “bulle internet”. Il n’était question que “d’autoroutes de l’information” et de “débit qui va créer l’usage”. France Télécom fut d’ailleurs victime de ce que l’on a qualifié aux USA de “irrational exuberance”. (Ce qui a coûté à la nation 70md€. L’équivalent d’un plan de relance covid.) Alors que l’entreprise a appris à s’en méfier, on retrouve, toujours, et peut-être de plus en plus, dans son discours et les rapports de ses hauts fonctionnaires, les campagnes de marketing des sociétés étrangères. 

Cela tient probablement à ce que nous n’avons plus qu’un “exécutif”. Cet exécutif n’a, par définition, pas de capacité de “recherche et développement”. Mais cela montre aussi les limites de l’organisation “jacobine”. Avec Tocqueville, il nous paraît que ce “jacobinisme” est antérieur à la Révolution. La France est l’histoire d’une unification par un pouvoir central, parisien. Conséquence : comme dans un pays totalitaire, seul un petit nombre de personnes a le droit et la formation pour s’occuper des affaires de l’Etat. (Pour le citoyen ordinaire le seul acte politique possible est la révolte, façon Gilet jaune.) Sans même faire appel à la théorie des réseaux, il est évident que ce modèle produit un goulot d’étranglement informationnel. Ce qui explique qu’il soit obnubilé, comme un Etat totalitaire, par la situation interne du pays, et incapable d’entendre ce qui se fait autour de lui.  

En conséquence, s’il y a une urgence, pour la France, c’est celle de retrouver une capacité de penser qui lui soit propre. La souveraineté, dont on parle tant, est intellectuelle avant tout. Pour éviter d’adopter des solutions qui viennent d’ailleurs, et qui ne nous conviennent pas, nous devons comprendre quels sont nos, propres, problèmes, et nos intérêts.  

CNR 

La France a impérativement besoin de tous ses cerveaux. En particulier pour pouvoir porter ses regards vers l’extérieur. C’est la logique de la “co propriété”, sens original de “politique”. 

Comme nous le disions dans un billet précédent, c’est aux territoires d’orienter la politique des gouvernements. Ce sont eux qui connaissent les besoins des citoyens. Et ils savent utiliser les leviers qui font bouger l’appareil de l’Etat.  

C’est aussi eux qui ont, en grande partie, les moyens de rendre sa prospérité au pays. Notre tissu économique traditionnel a un potentiel considérable. Pour le réveiller, il faut recréer des “écosystèmes locaux”, rivalisant en termes de dynamisme avec les écosystèmes étrangers. C’est ainsi, en particulier, que l’on pourra remplir les caisses de l’Etat, et qu’il pourra jouer les assureurs de dernier recours lors des crises à venir. En conséquence, ces écosystèmes doivent être conçus pour encaisser ces chocs.  

Si le changement jacobin est “dirigé”, imposé du haut sur le bas, le changement démocratique est “planifié”. Il part et est mis en œuvre par le “bas”, mais il est coordonné par “le haut”1.  

En théorie, c’est au “législatif” de faire le travail de synthèse de l’intérêt général. Seulement, dans une société moderne, complexe, le changement est très peu une question de lois, et beaucoup de mise en œuvre “de terrain”.  

C’était pour cela, pensons-nous, que la France d’après-guerre avait un “commissariat au plan”. Contrairement à ce que l’on entend aujourd’hui par “économie planifiée”, ce plan n’était pas imposé par des fonctionnaires “prévoyant l’avenir”, mais résultait d’une collaboration entre des milliers d’acteurs de la société française2.  

Le gouvernement parle de “CNR”. Le CNR de la résistance est l’illustration de “politique” comme gestion de “co propriété”. Il a réuni toutes les tendances “politiques”, au sens moderne du terme, sans qu’elles entrent en conflit. Du travail des forces vives du pays (qui vont bien au-delà du politique) a résulté un projet commun, issu de l’analyse des causes de la guerre, des nécessités de la reconstruction, des besoins de la population, et du potentiel qu’ouvrait le progrès scientifique, qui avait fait des pas de géant pendant la guerre.  

Si les tentatives de “démocratie participative” du gouvernement sont malheureuses, c’est qu’il ne considère pas encore la politique comme une gestion de “co propriété”. Exerçons nos responsabilités de citoyen, et il comprendra les siennes.  

Responsabilité, Solidarité, Exemplarité, dit Dominique Delmas.

En conclusion 

Que retenir de nos idées ? 

  • Notre avenir ? Des crises, violentes et imprévisibles, planétaires.  
  • Elles sont utiles : chacune nous pose une question, essentielle, existentielle, concernant le modèle de société que nous désirons. Ce qui ne tue pas renforce.  
  • Solution : « anti fragilité”. Principe : solidarité. Le rôle de la société, de l’Etat, est d’être une assurance.  
  • L’essentiel du changement qu’il faut réussir se joue au niveau de la communauté locale (en gros de l’intercommunalité). Elle doit non seulement être ultra-solidaire, “conçue pour la crise”, mais aussi un stimulant “agressif” de l’initiative entrepreneuriale ou citoyenne. 
  • L’économie dynamique qui en résultera regonflera les finances de l’Etat – assurance collective.  
  • Pour reprendre l’expression d’Olivier Lluansi, la solution aux problèmes de la France n’est ni “la France d’en haut”, ni la “France d’en bas” (qui croit au Grand soir), c’est la “France d’à côté”. Celle du citoyen, qui exerce ses responsabilités, convaincu “qu’aide-toi, l’Etat t’aidera”. Celle de la “politique” au sens original du terme.  

Notes

0. COURTNEY, KIRKLAND, VIGUERIE, Strategy under Uncertainty, Harvard Business Review, Novembre-Décembre 1997.

1. BOWDITCH, James L., BUONO, Anthony F., Stewart, MARCUS M., A Primer on Organizational Behavior , Wiley, 2008.

  • « Le changement dirigé est conduit par le sommet de l’organisation et repose sur l’autorité et l’obéissance. Les dirigeants (les stratèges du changement) conçoivent et annoncent le changement et cherchent à convaincre les membres de l’organisation de l’accepter, en évoquant l’intérêt de l’entreprise, une argumentation logique et / ou en mobilisant les émotions. Le changement dirigé reflète une approche rapide et décisive de l’introduction du changement dans une organisation. Ce type de changement est principalement adapté à des situations ou à la fois la complexité de l’environnement concurrentiel (…) et l’incertitude sociotechnique (…) est faible. Si le changement demande des actions bien connues et bien acceptées, mises en œuvre dans un environnement relativement simple et routinier, alors le changement dirigé peut faire le meilleur usage de ressources organisationnelles limitées. »
  • « le changement planifié peut partir de n’importe où dans l’organisation, mais, finalement, il doit être pris en charge par la direction. Les stratèges du changement et ceux qui le mettent en œuvre recherchent la participation et l’engagement dans le changement en faisant un emploi étendu d’actions spécifiques, identifiées grâce à l’expérience et à des études, ce qui réduit les chances de résistance au changement et de perte de productivité associées au changement dirigé (…) le changement planifié offre une démarche de gestion de projet au processus du changement. Il cherche à créer les conditions qui permettent aux gens de s’approprier le processus de changement, en identifiant des parties prenantes clés et en les encourageant à participer à la fois dans la conception et la mise en œuvre du changement. »

2. MASSE, Pierre, Le plan ou l’anti hasard, idées nrf, 1965 (aperçu).

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Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

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