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Point d’étape : impossible n’est pas français

Tous les six mois, l’association fait un « point d’étape ». Qu’avons-nous appris ? Qu’en déduire ?

La collectivité et le changement

Une surprise, pour commencer. La découverte d’associations qui ont pris la responsabilité de sujets vitaux pour le pays, comme Relocalisations.fr ou le Conseil National pour la Résilience Alimentaire (interview).

Le plus étonnant est, probablement, IELO (interview). La mission de cette SCIC est la création d’un cercle vertueux qui génère les fonds nécessaires à la recherche et développement et à la diffusion accélérée d’un nouveau mode de construction. Elle réunit les « parties prenantes » de la filière.

L’Etat et le changement

Autre sujet d’enquête : l’Etat. Dans le prolongement du rapport Gallois de 2012, plusieurs études ont examiné la situation du pays et ses raisons. (Vers la renaissance industrielle, La désindustrialisation de la France.) Leurs conclusions ? Ses gouvernements ont suivi une mauvaise voie (N.Dufourcq parle de « drame« ).

Ont-ils, enfin, trouvé la bonne ? Les analyses que font le gouvernement, la BPI en particulier, rejoignent les nôtres. Seulement, l’association ne voit pas trace de son action sur le « terrain ».  

  • A la fois chez les PME et les « start up industrielles », les services de la BPI ne vont qu’aux « plus visibles« , nous dit-on. Généralement aux ETI.
  • Il y a un apparent accord sur la nécessité de reconstituer des écosystèmes productifs locaux, mais, comme le répète notre partenaire l’ANNR, gouvernement et communautés locales sont incapables de s’entendre. Incompréhension d’autant plus surprenante qu’elle fait le lit des « extrêmes » qui gênent tant notre gouvernement.
  • Des programmes comme Territoire d’industrie reposent sur une analyse remarquablement pertinente et honnête des besoins de la PME et de la (difficile) situation des territoires, mais ne paraissent pas donner des résultats à la hauteur des fonds investis. 

Le gouvernement serait-il victime de biais ?

  • Ses plans d’avenir semblent fondés sur l’hypothèse d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, et d’entreprises. Or, l’analyse que nous avons faite d’AFYREN, l’idéal type de cette vision, montre que cette entreprise a capté une quantité considérable de fonds publics et, plus encore ?, de compétences humaines. Il est douteux que le pays ait les moyens financiers et humains de répéter un tel modèle à l’échelle qu’envisage le gouvernement, et même de très loin. Nous soupçonnons de plus que le durcissement des politiques monétaires va porter un coup fatal à « l’open innovation » et au modèle des « start up », en redonnant l’avantage à l’innovation organique.
  • L’entreprise française doit échapper à la guerre des prix et s’évader vers le haut de gamme par l’automatisation, lit-on. La réussite allemande est interprétée comme celle de la « productivité par robotisation » des processus de production. On parle d’usine 4.0, de 5G, etc. Malheureusement, l’efficacité de ces modèles, très coûteux (en équipement et en consommation d’énergie), est douteuse. L’usine 4.0, par exemple, consiste en une multiplication de « capteurs ». La masse de données produites doit permettre de trouver des idées nouvelles et d’améliorer radicalement l’efficacité de l’entreprise. Or, comme l’explique N.Dufourcq, le « miracle » allemand, vient, avant tout, d’avoir su s’amarrer au « miracle » chinois, en lui livrant l’équipement qui lui était indispensable. En fait, le succès entrepreneurial résulte de nouveaux « modèles économiques », de la rencontre entre un patrimoine de savoir accumulé par l’entreprise et son territoire, et de l’évolution de la technologie et des aspirations de la population. Il ne s’agit pas de faire « la même chose en mieux », mais « autre chose ».

L’analyse de l’association

Les membres de l’association viennent de l’entreprise, en ont créé plusieurs, et aident des entrepreneurs. En conséquence, ils ont une expérience différente de celle du gouvernement. Quels sont leurs constats ?

Pas question de critiquer le gouvernement. France 2030 prouve sa volonté de donner une impulsion à la France. Et surtout de la sortir de son abattement dépressif. Et il a raison. Il vaut mieux se tromper que de ne rien faire. Il insiste sur la modernisation de l’entreprise et la transition écologique. Et ce sont des enjeux critiques. Et, quand l’entreprise parvient à avoir accès aux aides de l’Etat (ce qui est rarement le cas), cela lui est utile.

Seulement, comme le martèlent nos spécialistes du développement économique : ne faisons pas de l’entreprise une chasseuse de primes. L’aide de l’Etat doit servir la stratégie du dirigeant, pas le contraire. Cela est vrai pour la politique du gouvernement, dans son ensemble1. Or, s’il change de perspective, il verra que les « biais » dont il est question plus haut le font passer à côté du véritable levier du changement. Ce levier est, cela devrait être évident !, le tissu économique existant. Son potentiel est gigantesque. C’est, aussi, le moyen de créer le « pacte social » , sans lequel aucune réforme ne peut réussir.

  • Nous constatons que la PME française a le potentiel d’un « modèle économique » radicalement plus porteur que le sien, mais ne le sait pas. Notre tissu économique traditionnel est une « start up nation » en puissance.
  • Pour « réveiller » le potentiel de l’entreprise, il faut une stimulation vigoureuse, par son environnement immédiat. Cette stimulation est le fait, en Allemagne, en Suisse et ailleurs, de l’écosystème local. C’est lui, en réalité, qui fait le succès d’une économie. (Le haut niveau technologique de l’entreprise n’en est qu’une conséquence.) Une banque y a (toujours ?) un rôle central. Elle juge vite et bien, et accorde rapidement des crédits ; surtout, c’est un investisseur « activiste » : elle « contraint » l’entrepreneur à trouver le « modèle économique » le plus prometteur et à en tirer le maximum. C’est aussi un intermédiaire « militant » entre entreprises locales.  
  • Il est impossible de copier des dispositifs liés aux cultures nationales, qui ont demandé des décennies, ou des siècles, pour émerger. Mais il existe en France, notamment en ce qui concerne le financement, ce qu’il faut pour réussir. Chaque collectivité peut reconstituer l’écosystème qui lui convient. Notamment, c’est à elle de s’emparer des services de l’Etat pour donner un sens à leur action. (Cf. L’exemple de la création, en urgence, des filières de production de gel hydroalcoolique.)

La BPI, l’Etat d’une manière générale, et les collectivités locales doivent coopérer à la mise au point de tels « écosystèmes productifs » et de leur système financier local.  

Mise en oeuvre du changement

Comment reconstituer, en urgence !, un écosystème productif local ​? « Apprendre en marchant« . Un « Projet économique territorial » mis en œuvre par une intercommunalité peut lancer, vite et bien, la dynamique de transformation : avec l’appui éventuel des ressources publiques, des leaders locaux conçoivent un projet économique collectif qui aspire le tissu économique territorial et l’amène à se transformer​, et à se moderniser.

Nous avons présenté nos travaux au cabinet du précédent ministre de l’industrie, à Intercommunalités de France, l’ADGCF et l’ANCT. Notre méthode s’apparente à celle de Territoire d’industrie (présentation). Mais vise, immédiatement, un « changement de modèle économique ». (Les entreprises impliquées ne doivent pas chercher une simple amélioration de leur situation.) Pour cela, la technique que nous utilisons s’inspire de notre méthode d’aide à l’entrepreneur, « top boss ».

Elle veut aussi faire prendre conscience à tous des intérêts de la coopération – que chaque entreprise a des solutions aux problèmes des autres, et que des moyens relativement « triviaux » peuvent donner un coup d’accélérateur décisif au projet commun. (Par exemple, qu’une entreprise participant au projet de création d’une filière de formation professionnelle de l’Alsace Bossue ait eu un service communication, a donné immédiatement à ce projet un rayonnement national indispensable, sans frais.)

Il serait évidemment utile de disposer d’une plate-forme d’échange d’expériences entre intercommunalités.

Nous avons identifié (cf. les analyses de ce blog) des questions auxquelles la collectivité doit répondre, pour devenir un « écosystème » capable de rivaliser avec ses équivalents étrangers :

  • Changement (« de rupture ») du modèle économique de l’entreprise : la collectivité doit se donner les moyens d’aider l’entrepreneur à identifier son potentiel réel et à le réaliser ;
  • Collectivité comme « investisseur activiste » : elle pousse l’entrepreneur à donner le meilleur de lui-même (et l’empêche de se reposer sur ses lauriers)​ ;
  • Financement local, compétent et rapide (nerf de la guerre)​ ;
  • Orientation de la politique publique : un pilotage « par le haut » et l’abstraction, au travers d’un « mille-feuille » n’est pas efficace : la collectivité doit guider l’Etat​ ;
  • Optimisation du « modèle économique » : faciliter l’appropriation de l’innovation et sa mise au service du projet de l’entreprise ; identifier des fournisseurs fiables ​;
  • Effet de levier du collectif (« business cluster ») ​
    • Attractivité par identité (du territoire / de l’entreprise)​ ;
    • Communication institutionnelle : capital immatériel de l’entreprise / collectivité ;
    • Mutualisation de moyens ;
    • Cerveau collectif.

Il y a bien sûr d’autres sujets critiques – recrutement et formation, cauchemar de tout entrepreneur, foncier, en particulier à l’heure du zéro artificialisation nette, etc. Mais, cela se lit dans nos interviews, un collectif motivé vient à bout de tous les obstacles. L’objectif ultime d’une collectivité est d’être un « cerveau collectif accoucheur de solutions« .

L’association veut s’inspirer des modèles de Relocalisations.fr ou du CNRA pour diffuser, systématiquement, ce type de méthodes aux territoires français, et amener les forces du changement du gouvernement et les forces vives du pays à combiner leurs efforts.

Impossible n’est pas français

En fait, ce qui précède est important, mais masque l’essentiel. Nous avons fini par comprendre qu’il y a dans notre pays un « mal » qui le paralyse. Si l’on n’en prend pas conscience, le changement est impossible.

L’enquête que mène l’association (elle a interviewé plus de 150 personnes) suit un principe immuable. Elle identifie un problème prioritaire pour la PME, et cherche quelqu’un qui l’a résolu. Or, nous observons, systématiquement, un phénomène horripilant. Nos « champions » nous affirment qu’en France rien n’est possible ! Certaines interviews initiales ont été tellement « pisse vinaigre » que nous n’avons pu les publier !

Le mystère vient de s’éclaircir :

Le Français explique, en long, en large et travers, ce qui ne va pas dans le pays. Il en déduit que, sans réforme de l’Etat, rien n’est possible.

L’analyse est juste, pas sa conclusion. D’une part, à en juger par le passé, et par les ouvrages que nous citons plus haut, la réforme est le problème et pas la solution. Et cela tient certainement à une caractéristique propre à notre culture2. D’autre part, il n’y a pas besoin de réforme de l’Etat pour résoudre les questions vitales pour la PME, le territoire, voire la région. Pour ne prendre qu’un exemple, parmi tous ceux que fournissent nos interviews, Produit en Bretagne, une initiative de quelques entrepreneurs, a stoppé, pour cette région, le plan de désindustrialisation national.

Le Français ressemble au lapin tétanisé par les phares de la voiture qui va l’écraser.

Les dysfonctionnements de l’Etat détournent l’attention de l’entrepreneur, de l’élu et du citoyen, des véritables solutions aux difficultés qu’ils rencontrent. (Notre expérience de l’entreprise montre, par exemple, que non seulement elle a un potentiel qu’elle ignore mais aussi qu’elle a des ressources de trésorerie dont elle n’est pas consciente. En fait, la question cruciale du financement de l’innovation, bien posée, n’en est pas une. Et il en est de même de celle du recrutement.) De plus, ils font que ceux-ci s’en méfient, et ne profitent pas de ce qu’il fait de bien.

On doit « Impossible n’est pas français » à Napoléon. L’histoire de cette phrase n’est pas celle que l’on croit. Napoléon l’utilisait quand on lui disait, comme aujourd’hui, que quelque-chose était impossible. Cette réponse amenait son interlocuteur à réfléchir, et à trouver la solution à son problème.

Eh bien, impossible n’est toujours pas français. Que le Français sorte de sa solitude et il balaiera, en un rien de temps, tout ce qui le frustre. Qu’il donne l’exemple, et l’Etat se transformera !

Notes

1. Comme le disait un précédent billet, si l’Etat a un moyen, et il est formidable !, de redresser notre économie, ce n’est pas en donnant des leçons à l’entrepreneur, mais en remettant en ordre son administration, et celle de ses « champions nationaux ». Seulement, pour les raisons que donne la note suivante, nous pensons que, eu égard aux aptitudes pratiques de notre gouvernement, essayer de ce faire est trop dangereux pour être tenté.

2. « Le gouvernement central ne se bornait pas à venir au secours des paysans dans leurs misères ; il prétendait leur enseigner l’art de s’enrichir, les y aider et les y forcer au besoin. » (…) « le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur » (…) « tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps » (…) « dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel » (…) « la même ignorance leur livrait l’oreille et le cœur de la foule ». Tocqueville, L’Ancien régime et la Révolution (au sujet de l’Ancien régime et du fait que la Révolution n’a rien changé aux principes de gouvernement de la France).

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Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

3 commentaires sur « Point d’étape : impossible n’est pas français »

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