Vers la renaissance industrielle

L’association poursuit son travail de recherche des moyens de redresser l’économie du pays. Elle complète son enquête « de terrain », par l’examen des travaux consacrés à la question. Après La désindustrialisation de la France, de Nicolas Dufourcq, voici un livre d’Anaïs Voy-Gillis et Olivier Lluansi.

Curieusement, s’il fait porter son analyse sur une plus longue durée, il n’évoque pas le principal sujet du travail de Nicolas Dufourcq : le décrochage de l’économie française du mouvement mondial, en 2000.

En tous cas, les sujets de ces deux livres sont bien plus que la seule industrie. Ils s’interrogent sur les raisons des traumatismes qu’a subi notre pays, et ils cherchent à y remédier, en urgence.

Société post industrielle

« Société post industrielle« . L’idée apparaît sous la plume de penseurs dès les années 50. Politiquement, le changement se fait sous la présidence Giscard d’Estaing. 

La ligne gaullienne était celle de Colbert : la politique économique avait pour but d’assoir la « souveraineté du pays ». En conséquence, la France acquérait les savoir-faire critiques qu’elle ne possédait pas. 

La doctrine « post industrielle » affirme que le tertiaire va remplacer l’industrie, de même que l’industrie a remplacé l’agriculture. Cela s’accompagne du renversement de l’ordre des priorités gaulliennes – l’économie, de marché, prend le pas sur la nation – et de la conviction d’une spécialisation du monde : l’Occident aurait le monopole des activités intellectuelles, nobles et rémunératrices, alors que le reste de l’humanité en resterait à l’étape industrielle… 

La transformation qui en résulte est extrêmement violente pour une grande partie de la population, qui en porte toujours les stigmates. Et ce d’autant plus que, contrairement à ce qui s’est passé avec l’agriculture (PAC), le changement ne fait pas l’objet de mesures d’accompagnement. D’où traumatismes, perte de « cohésion » de la société, « fractures territoriales« , et crises politiques, qui ont pour noms Donald Trump ou le Brexit, à l’étranger, et les Gilets jaunes, en France. Mais durablement mauvaise image de l’industrie.

Aujourd’hui, indépendance, souveraineté, industrie sont de retour. A l’image de la Chine, dont ça a toujours été la politique, les USA « réintègrent leurs filières« . Il semblerait, par exemple, que Tesla, qui est intégré verticalement, soit le modèle de ce mouvement. L’Europe est dangereusement à la traîne. Plus que quiconque, elle a cru à la société post industrielle. Elle a voulu convaincre le monde par son exemple, et a combattu champions et politiques industrielles nationaux, au profit d’utopies.

En France, la question industrielle refait surface de temps à autres, particulièrement depuis 2008. Mais sous la forme d’initiatives sans lendemain, brouillonnes et contradictoires : nationalisations des années 80, systèmes productifs locaux, pôles de compétitivité, agence de l’innovation industrielle, et états généraux de l’industrie. « Des politiques industrielles juxtaposées (…) qui produisent la confusion« . Et qui n’auraient guère compris la nature même de l’entreprise, et du problème : « Si la notion d’industrie du futur reste très présente dans les discours officiels, elle se focalise souvent sur un aspect technologique aux dépens d’un questionnement autour du modèle économique des entreprises« .

Prospective

Quelle va être la société post post industrielle ? « hyper industrielle« …

Pendant des décennies, l’économie mondiale a été tirée par la croissance des échanges internationaux, et caractérisée par une « financiarisation » obnubilée par le court terme boursier. Certains, comme l’Angleterre et la France, ont délocalisé leur industrie et se sont spécialisés dans les services, ce qui a « induit de fortes fractures territoriales« . D’autres, comme l’Allemagne, « ont fait un pari inverse« .

Parallèlement apparaît « l’open innovation« , associé à la « start up ». Dans ce modèle, l’innovation ne provient plus des services de recherche de grandes entreprises mais est le fait de nouvelles sociétés.

Si les fonds d’investissement n’ont pas encore trouvé le chemin de la « start up industrielle », qui ne leur est pas familière (ce qui pourrait créer de sérieuses difficultés à la réindustrialisation du pays), des tendances de transformation de notre société, et de son industrie, apparaissent :

Les techniques de l’industrie ont, dores et déjà, pénétré toute l’économie, à commencer par les services. En particulier, le propre de l’industrie, ce sont des processus extrêmement efficaces. Cette efficacité est la condition nécessaire de la transition climatique. Et elle fait feu de tous bois, des robots, bien sûr, mais surtout du numérique, pour produire une « économie de la fonctionnalité » : le consommateur n’achète pas un produit, mais un usage (la capacité de se déplacer, et non une voiture). A côté des méga usines pourraient apparaître des unités de petite taille alimentant un marché de proximité, en quasi sur mesure. Dans ce monde de service, de haute technologie, d’innovation permanente, « univers de la donnée« , « système productif collaboratif« , où le client est quasiment intégré au fournisseur, la nature de l’entreprise change radicalement, et devient ce qu’Henry Mintzberg (mais pas les auteurs) a nommé une « adhocracie » : une équipe d’égaux (au sens « équipe sportive »), hautement qualifiés, hautement outillés (« augmentés »), se re configurant sans cesse pour saisir des opportunités d’une société en changement permanent. En outre elle est un « lieu d’apprentissage« , qui apporte la formation technique initiale et permanente que l’Education nationale ne sait pas fournir.

Situation d’urgence

« Combien de temps résistera le pacte social de notre pays avec des crises comme celles des Bonnets rouges ou des Gilets jaunes ? Quelles suites prendront elles, car suite, il y aura ? Sans doute avons nous une mandature, au maximum deux, avant que le fil ne se rompe. c’est le temps de l’accélération nécessaire de l’investissement productif, c’est le même temps dont nous disposons pour oeuvrer à l’attractivité de ces bassins de vie, c’est dire l’urgence. »

Dans un pays en crise, avec un Etat curieusement dysfonctionnel (marqué, par exemple, par sa « décentralisation (…) étonnant Janus avec ses deux faces et une sorte d’incomplétude malgré ses 40 ans« ), les forces qui l’ont disloqué ont plus de puissance que jamais. La métropole pourrait donc achever son oeuvre de désertification des campagnes, la robotisation détruire l’emploi, sans en créer à nouveau, etc. Le noeud du problème, c’est le territoire, et sa renaissance (« ancrer la richesse, dans les territoires y compris ruraux« ).

La France doit revenir de très loin : les prélèvements obligatoires sur la production sont de 27,9% en France, contre 17,2% en Allemagne ; l’entreprise française investit insuffisamment, et, surtout beaucoup trop peu en ce qui concerne son outil de production, le vecteur du salut ; le tissu économique doit se reconstituer au niveau local ; l’Europe n’a pas encore compris qu’elle n’était pas un « marché » mais une « union » qui devait faire pièce aux stratégies chinoises et américaines, etc., etc.

Mais, surtout, rien ne pourra réussir sans un imaginaire commun. « il devra faire un lien entre une histoire et une vision. La nouvelle industrie, instrument de la cohésion nationale, sociale et territoriale, semble être la voie la plus prometteuse« . Imaginaire qui doit s’illustrer à chaque niveau de la nation, en particulier à celui du territoire : « lorsqu’il existe le volet économique d’un projet de territoire est une référence puissante, mobilisatrice, et qui fait cohésion« .

Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

4 commentaires sur « Vers la renaissance industrielle »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :