Sauver le monde, avec IELO !


Utiliser la paille dans la construction est la façon la plus efficace de réduire rapidement les émissions de CO2, la consommation d’énergie et la production de déchets du bâtiment. Enjeu gigantesque. 

IELO a abordé cette question d’une manière systématique, en identifiant les problèmes à résoudre et en fédérant toutes les “parties prenantes” pour construire, rationnellement, une filière complète. Un très intéressant exemple d’une démarche “à l’allemande”… (https://ielo.coop/)

Un entretien avec l’initiateur du projet : Nicolas Rabuel. 

Quelle est la genèse de l’idée ? 

Je suis un fils de néoruraux. J’ai suivi une formation en alternance dans un lycée agricole, où je me suis “éclaté”. Puis j’ai fait deux stages de neuf mois en Australie, ce qui m’a permis, entre autres !, de visiter le continent, de travailler dans le bush et d’apprendre l’anglais. Avec, au milieu, un job d’été dans un parc animalier français en restructuration. 

Puis je suis parti dans les Hautes Alpes, pour la transhumance. J’y ai découvert le combat contre les OGM. Ce qui m’a donné envie d’aller en Argentine, pionnier de l’OGM. Une occasion d’apprendre l’espagnol et de découvrir un pays du tiers monde en crise. Là, j’ai commencé à m’intéresser à l’énergie. J’ai eu l’idée de me former au photovoltaïque. J’ai eu la chance de travailler avec l’un des quatre meilleurs experts du secteur. 

De là, je suis parti à Freiburg, en Allemagne, la capitale de l’énergie solaire. Pour financer mon séjour, et les cours de langue, j’étais technicien dans une entreprise locale. C’est à Freiburg que j’ai repéré un écovillage au Portugal, fondé par des Allemands. C’était à la fois un laboratoire de sciences sociales et centre de recherche sur l’énergie solaire, avec le plus grand bâtiment en paille d’Europe. Ils étaient parvenus à faire remonter la nappe phréatique de 80m, ce qui avait transformé la région. 

Chaque année, 3000 personnes y faisaient un séjour, mais seulement 5 “maîtrisaient la technique”. J’ai rejoint le petit “noyau technique” qui gérait une communauté qui vivait en totale autonomie. C’était une expérience extraordinaire. J’ai eu le déclic du collectif. 

Après cette expérience, je suis parti à Auroville, en Inde. Un architecte avait le projet d’une communauté autonome. Ce fut un choc. L’architecte n’avait pas le temps d’exprimer son leadership. Le site était malpropre, il n’y avait pas de dynamique collective, avec des architectes de hautes castes, des ouvriers tamouls ne parlant pas anglais et des bénévoles venus du monde entier. 

J’ai commencé par mettre de l’ordre. On a structuré un projet commun, en éliminant les hiérarchies, et avec un leadership tournant. Ce qui a permis de découvrir des talents. On a si bien réussi, qu’à la fin on avait cassé la notion de caste. Quand je suis parti, je n’étais plus nécessaire. 

C’est là que j’ai suivi des formations sur le leadership, qui m’ont été très utiles par la suite. J’ai aussi vu que les Indiens n’ont pas d’a priori sur l’art de construire, contrairement aux Occidentaux. Un millionnaire peut décider de bâtir 250.000 habitations 100% renouvelables. Comme les Chinois, ils prennent une avance considérable sur nous. 

Après quoi, j’ai repris mes études, par un Master à Chambéry. J’y ai fait un mémoire sur la filière construction paille, avec une architecte de Limoges. J’ai appris que le bâtiment avait un poids énorme dans la consommation de ressources. Du fait de ma culture paysanne, j’ai la volonté de me rendre utile par mon travail. Or, la paille était ce qui pouvait avoir le plus d’impact, le plus rapidement possible, sur la construction. C’était l’engagement le plus efficace pour sauver le monde ! 

J’ai donc décidé de structurer la filière construction paille de la Nouvelle Aquitaine, en commençant par le Limousin. 

Quelles sont les qualités de la paille comme isolant ?

Le bâtiment est le plus gros émetteur de CO2, après le transport, le plus gros consommateur d’énergie et producteur de déchets. La construction en paille est le moyen le plus rapide d’avoir un impact dans ces domaines. La paille stocke le CO2, est un isolant exceptionnel, contre le chaud et le froid, demande peu d’énergie, et ne produit pas de déchets. Il y a assez de ressource pour couvrir dix fois le besoin. 

Le principe de la construction en paille consiste à remplir de paille une structure en bois. Il est aussi possible de l’utiliser comme isolant en l’introduisant à l’intérieur de n’importe quelle structure qui le permet, ou à l’extérieur d’un bâtiment, avec un revêtement adéquat. 

C’est beaucoup plus efficace que la laine de verre. En particulier vis-à-vis de la chaleur. Et ça dure des siècles.

Quels sont les problèmes que vous deviez résoudre ? 

La demande était là, mais pas l’offre !

En 2016, il s’agissait de professionnaliser la filière en Nouvelle Aquitaine. Je me suis appuyé sur le réseau national RFCP et nous avons fondé Résonance Paille, le réseau Régional pour la Nouvelle-Aquitaine. On a commencé par de la sensibilisation et des formations. En juin 2017, nous avons participé à un projet européen, dont j’étais le coordinateur technique. Il s’agissait de produire 50 “livrables”, et de construire un bâtiment pilote par pays. 

Début 2018, avec une collaboratrice, le cluster de la construction durable et les institutionnels (Etat, Région), nous avons travaillé à un plan d’action pour faire émerger une filière autonome économiquement et pérenne. Nous avons identifié les questions à résoudre. Mais, très tôt, nous faisions le constat que la filière n’était pas autonome et que cela demeurait une niche. 

Les problèmes venaient de la saisonnalité de la ressource, de l’hétérogénéité des bottes de paille, et de la paille elle-même, de ce que c’est un matériau inhabituel pour le BTP, et que, en dehors de quelques militants, les ouvriers du bâtiment, après avoir expérimenté avec la paille, ne veulent souvent plus y toucher.

En effet, il faut manipuler des bottes de 20kg et glisser la paille en force dans l’ossature du bâtiment. C’est beaucoup plus dur à manipuler que la laine de verre, et ça ne se coupe pas facilement. 

Il fallait industrialiser les bottes. Il fallait chercher des agriculteurs qui produisent des petites bottes. On a trouvé une coopérative qui avait acquis récemment une friche industrielle et qui a vu un moyen de la valoriser. 

Nous sommes partis en Autriche, pour rencontrer un fabricant de machines produisant de petites bottes. Mais nous avons découvert qu’il était aussi possible d’utiliser de la paille hachée. Je rénovais alors un bâtiment vétuste, qui m’a servi de laboratoire. Et j’ai été convaincu. 

Après une étude de marché, en janvier 2020, j’ai cherché quel statut juridique donner au projet. J’ai trouvé que l’idéal était la SCIC. 15 associés, représentés par 13 personnes l’ont rejointe, coopérative, architecte, maître d’œuvre… En juillet 2020, on s’est mis d’accord sur un socle de valeurs, sur la place de chacun dans le projet et sur le mode d’organisation de l’ensemble. En mars 2021, on créait IELO, dont je suis directeur général. 

La coopérative agricole construit la ligne de production. Cela a pris deux ans. Après quelques mauvais choix de fournisseurs, nous avons fini par trouver les bons partenaires, comprendre qu’il fallait un accompagnement par un consultant spécialisé, et un avocat. 

Nos premiers projets sont un restaurant universitaire et la façade d’un bureau d’ingénierie territoriale. 

Ensuite, il y aura un petit bâtiment dans un lycée et des bureaux. 

Comment financez-vous IELO ?

Le financement du projet a été fourni par les parts sociales, des subventions de la Région Aquitaine, par des concours que nous avons gagnés, et par des emprunts du Crédit Agricole, qui nous a fait un très bon accueil. En revanche, l’offre de prêt de la BPI ne nous semble pas adaptée. 

Par ailleurs, les membres de la SCIC prennent des parts sociales dans celle-ci. Les coopératives, qui ont un gros intérêt économique dans ce projet, investissent 100.000€ pour 5000 tonnes de paille produite, soit environ 1,5m€ de chiffre d’affaires annuel. 

La SCIC achète la paille à un prix garanti et la revend avec une marge qui lui permet de financer le développement de la filière, en particulier sa recherche et développement. 

Nous commençons donc par les projets qui peuvent le mieux nous rémunérer, puis nous produirons de plus en plus, ce qui nous permettra d’abaisser nos prix, par effet d’échelle et d’étendre notre marché. 

Et l’avenir ? 

Il y a une forte demande. Beaucoup de maîtres d’ouvrage sont intéressés. Par exemple, nous avons en projet deux ZAC, d’une centaine de logements. 

On est très attendus. De nouveaux sociétaires nous rejoignent, notamment les plus gros constructeurs en bois, et d’autres coopératives. Elles sont prêtes à mettre les moyens dans un projet qu’elles jugent particulièrement rentable.

Nous visons, à dix ans, 10% du marché de l’isolation. Nous avons besoin d’une dizaine de sites de production en France, afin que 80% du territoire soit à moins de 180km d’un producteur de paille. 

Notre recherche et développement consiste à acquérir, progressivement, à mesure que notre chiffre d’affaires et nos bénéfices nous en donnent les moyens, les certifications qui nous permettent de construire de nouveaux types de bâtiments (par exemple de grande hauteur). Nous travaillons avec toute la chaîne de la valeur. En particulier la filière bois. 

Un de nos sujets de recherche est de s’affranchir des emballages, grâce à des camions de soufflage. Cette technique promet de grosses économies. 

Quant à la sensibilisation du marché, elle se fait naturellement du fait du principe même de la SCIC. Y sont présents des agriculteurs, nos usines de production de paille, les prescripteurs, les cabinets d’architectes, qui sont nos forces commerciales et nos clients, les constructeurs et le négoce, mais aussi des partenaires qui nous soutiennent, et nos salariés. 

Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

2 commentaires sur « Sauver le monde, avec IELO ! »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :