Je crée du lien !

Le développement économique du territoire, par le territoire, grand enjeu pour l’avenir. Nous interviewons aujourd’hui Myriam Trabelsi. Elle est Responsable de la Promotion Économique et Commerciale de Grand Paris Grand Est.  

Quel est votre parcours ?  

Assez atypique !  Je suis entrée chez Darty en job d’étudiant les weekends tout en poursuivant mes études en école de commerce. Alors que j’avais 22 ans, j’ai été nommée Chef des Ventes, l’une des plus jeunes de la société à l’époque. Par la suite et après plusieurs passages en magasin Ile de France, j’ai été nommée Directrice Adjointe. 

Darty a été une excellente école. C’est une très belle entreprise. J’y ai appris tout ce qui est à la base de mes missions, aujourd’hui : le sens du client final ! 

A contre cœur, pour des raisons personnelles, j’ai dû quitter Darty. Mais, ayant le goût du défi, j’ai voulu tenter le service public, pour comprendre et répondre aux enjeux économiques d’une collectivité. En 2013, j’ai intégré la ville de Sevran (52 000 habitants) située en Seine Saint Denis en tant que Directrice adjointe au développement économique, puis rapidement j’ai occupé le poste de Directrice au sein du même service. Mes responsabilités étaient larges et liées à l’attractivité de la commune, principalement autour des acteurs économiques (commerces, entreprises, professions libérales…). Ce fut une ville très formatrice. 

Il y a un an, une opportunité s’est présentée : le poste de Responsable Economique et Commercial du territoire Grand Paris Grand Est. Un territoire qui compte 14 communes et environ 400.000 habitants.  

Quelle est votre mission ? 

Sur les villes du secteur Nord du territoire, ma principale mission est la mise en place d’une dynamique d’animation et de promotion économique et commerciale. Je suis l’interlocuteur de proximité auprès des Maires, Elus, et viens en appui auprès des services sur les problématiques commerciales, d’urbanisme commercial, sur les besoins des entreprises, la politique de la ville… C’est un champ d’action très large dans le cadre d’implantations et créations de lieux de vie au sein des villes : commerces, entreprises, santé, culture, loisirs… et qui réunit des acteurs publics et privés. C’est un travail d’anticipation et de stratégie à la fois. Par exemple, il est indispensable de travailler en amont avec les promoteurs immobiliers, afin d’anticiper les besoins en superficie des cellules en pieds d’immeuble pour accueillir certains formats d’enseignes nationales. Cela nécessite une connaissance de différents secteurs d’activité et des évolutions de divers concepts. 

Avant tout, c’est essentiellement un travail de terrain qui me permet d’être proche de tous les acteurs économiques mais aussi des habitants afin de répondre à leurs attentes. En effet, de par mes expériences dans la grande distribution, je raisonne comme si la ville était une entreprise : satisfaire les clients (administrés et chefs d’entreprise), fidéliser (leur donner envie de rester sur le territoire) et attirer de nouveaux prospects (CSP et nouveaux secteurs d’activités) tout en ayant une veille concurrentielle (ce qui permet de se démarquer des autres villes/territoires). 

La base de mon métier est d’établir une confiance et une synergie avec tous ces acteurs afin de co-construire ensemble la ville de demain. C’est une vraie relation tripartite et en continu ! 

J’accompagne des chefs d’entreprise à s’implanter et/ou développer leur activité/projet d’où cette proximité qui est pour ma part incontournable. L’écoute active est primordiale dans ce métier, elle permet parfois de sortir certains chefs d’entreprise de leur zone de confort afin de développer des projets. (Bon nombre d’exemples durant la crise sanitaire !) 

L’accompagnement se fait aussi par mon œil du monde de la distribution auprès des commerçants (tenue de leurs magasins, prix des cartes de menus des restaurateurs en les informant de la zone de chalandise, placement du produit ayant le plus de marge au bon endroit, un bon merchandising par exemple). Il est aussi important de savoir les orienter vers les bons interlocuteurs en cas de besoin (chambres consulaires, partenaires…).  

Comment commence-t-on dans ce type de mission ?  

En tout premier lieu, c’est de connaître son tissu économique dans son ensemble mais surtout d’aller visiter les chefs d’entreprise afin d’être identifié. Le premier contact physique que je privilégie est une première approche pour commencer à tisser des liens et apprendre à les découvrir et ainsi à établir leur besoin. Bien évidemment en amont, il est nécessaire de connaître l’historique de la ville, ses projets et sa vision urbaine. La transversalité et la connaissance des fonctions de chaque service d’une ville sont très importantes dans le process d’accompagnement des chefs d’entreprise. Il ne faut pas hésiter à établir le contact avec les partenaires de la ville afin d’avoir une vision d’ensemble. C’est un collectif qui œuvre, ne l’oublions pas ! 

Construire une feuille de route permet de se donner des objectifs mais surtout de les atteindre ! 

A partir de cela, la stratégie et la vision sont engagées. De plus, il ne faut pas hésiter à sonder les habitants car la priorité est de répondre à leurs attentes. Par exemple, je profite des comités de quartier ou de concertations d’habitants qui sont une mine d’or d’informations. Je créée une relation en les interrogeant sur leurs besoins et ainsi peux réunir les 3 acteurs principaux autour de la table pour construire ensemble la ville de demain. 

Pour les villes et territoires, l’attractivité, la redynamisation ainsi que l’animation sont des enjeux majeurs. Les associations de commerçants ou club d’entreprises sont parfois des portes d’entrée à ce tissu économique.  

C’est une fonction qui nécessite de la disponibilité et réactivité : le temps est précieux pour nos acteurs économiques !  

Il faut aussi sans cesse innover et rechercher de nouveaux prospects. Ce qui est un travail en continu. Il est important dans ce métier de se constituer un réseau de différents secteurs d’activité afin d’apporter une offre diversifiée et qualitative. Je travaille avec l’artisan de quartier comme avec les Présidents/DG de grands Groupes d’entreprise. C’est un vrai métier de commercial car, pour attirer les prospects, il faut savoir vendre sa ville ou son territoire. Pour ma part, il est important, lorsque je souhaite implanter une activité, de faire découvrir la ville (la typologie des acteurs de la ville, le patrimoine, les différentes polarités commerciales, les enjeux, les projets…). Ne pas attendre qu’on vienne à vous mais aller les chercher ! Il faut savoir être audacieux : se rendre à Rungis à 3h du matin pour démarcher les bouchers et poissonniers pour une commune, c’est sortir des sentiers battus.  

Enfin, il ne faut pas hésiter à aller voir ce que font nos voisins (villes/territoires) : la veille concurrentielle impulse la démarcation et l’attractivité. Je fais toujours référence à ce que je disais à l’époque à mes collaborateurs chez Darty : pourquoi ce client pousse la porte de notre magasin et pas celle de notre concurrent  ? Il est important de se remettre en question régulièrement. Tout territoire doit trouver une identité et ainsi embrasser une véritable stratégie de contenus. 

Quels enseignements tirez-vous de votre expérience ?  

D’être humain avant tout ! L’empathie permet d’anticiper les besoins et y répondre proactivement. 

Des compétences relationnelles, car si vous n’avez pas la fibre communicante, l’écoute active, vous n’arriverez pas à fédérer tous ces acteurs : l’attention qu’on leur porte est primordiale !  

Des compétences techniques et méthodologiques : une expertise, la maîtrise d’outils, montage de projets… mais aussi être à l’affut de toutes les évolutions liées au monde économique afin de faire preuve d’anticipation. 

Adaptation et compréhension sont nécessaires également. Il faut une connaissance subtile des rouages et exigences du secteur privé. Mon expérience de ce dernier me permet d’avoir une approche plus fine : il est indispensable de parler le même langage. 

Apporter un esprit privé dans le secteur public tout en servant l’intérêt général est mon leitmotiv pour faire bouger les lignes !

Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

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