PILI, spécialiste du colorant naturel

Suite de notre enquête sur la start up industrielle, en collaboration avec le Collectif Startups Industrielles. Aujourd’hui, nous interrogeons Guillaume Boissonnat, directeur technique de PILI. PILI utilise des bactéries pour produire des colorants biosourcés. Ce qui est révolutionnaire ! (https://www.pili.bio/)

Quelle est la genèse du projet ? 

L’originalité de PILI est de ne pas être sorti d’un laboratoire mais de La Paillasse, un lieu de promotion de la science collaborative ouvert à tous. Le projet, ensuite, a été incubé à Cork, en Irlande au sein de l’incubateur IndieBio.

Marie-Sarah Adenis, biologiste et designer, et Thomas Landrain, un biologiste, ont mis au point un colorant bleu secrété par une bactérie et ont produit une première encre à partir de ce colorant. La société a alors été créée en 2015. Sa mission est de produire des colorants renouvelables grâce à des micro-organismes. Le premier financement nous a permis de faire les deux premiers recrutements. Le projet a ensuite été rapatrié en France, à Toulouse White Biotechnologies, un démonstrateur industriel pour sociétés de biotechnologies. En 2017, nous avons été lauréats de la première promotion de l’incubateur Fashion For Good, en Hollande, et notre première levée de fonds a suivi en 2017 / 2018. Aujourd’hui nous menons des développements en partenariat avec des industriels, mais principalement sur nos propres produits.

Nous employons 23 scientifiques. 15 travaillent à Toulouse, sur la partie génétique et fermentation. 6 chimistes, à Paris, s’occupent de la conversion en colorant pour textile, peinture…, enfin notre centre de recherche de Lyon emploie deux personnes, qui conçoivent les procédés d’industrialisation et qui va accueillir un pilote de production au deuxième semestre.

Nous produirons notre première tonne de colorants en 2022. 

Je suis un ingénieur généraliste ayant fait une thèse en chimie. J’ai rencontré Jérémie Blache, au moment où il montait le projet. Au début, j’y travaillais les soirs et les week-ends pendant ma thèse de chimie organique. J’ai rejoint l’entreprise en novembre 2016, comme directeur technique et me suis rapidement formé (et passionné !) aux biotechnologies. 

La particularité de notre approche est de combiner biotechnologies et chimie verte, ce qui permet d’avoir le meilleur des deux mondes, sans leurs inconvénients. Le faible impact du carbone biosourcé combiné avec la pureté et la performance de la chimie.

Quels sont les problèmes auxquels vous êtes confrontés ? 

Nous ne sommes pas tombés dans le piège du « techno push ». Nous voulions décarboner la production de colorants et on a pour cela choisi la technologie, ou en l’occurrence le mix de technologies, qui marchait le mieux. Nous avons dès le début commencé par échanger avec les fabricants de colorants et les marques de textile, ce qui nous a beaucoup aidés. L’industrie des colorants est présente depuis 150 ans et a été à l’origine de l’essor de la chimie organique, il était important de s’appuyer sur les besoins et les problématiques des experts du secteur. Il était donc beaucoup plus simple de travailler avec les industriels du secteur.

Cela étant, avant de construire une usine, nos premières productions seront opérées par des sous-traitants. Nous avons d’ailleurs eu beaucoup de difficultés à en trouver, et les timings d’évaluation des projets industriels ne sont pas toujours compatibles avec le besoin d’agilité et de rapidité d’exécution d’une jeune entreprise innovante. Il faut par exemple attendre couramment trois à six mois pour avoir une offre, alors qu’un financement de start up est prévu pour une durée de 12 à 18 mois ! 

Ensuite, en vue de construire notre première usine de production, nous avons besoin d’engagements de clients sur des volumes d’achats. Cela demande de faire une phase pilote pour échantillonner les clients. Dans un laboratoire classique, on peut produire des centaines de grammes alors que l’on nous demande des échantillons de 1 à 10kg pour tester nos produits sur des machines représentatives. Ces premières productions pilotes, non encore optimisées et à des volumes trop faibles pour avoir des économies d’échelles peuvent coûter très cher. 

À cela s’ajoute la recherche d’un site d’implantation pour l’usine. Il y a des plates-formes industrielles mais elles sont généralement administrées par les entreprises qui les constituent. Les employés de ces entreprises n’ont souvent pas le temps de répondre aux demandes d’implantation de petites structures comme nous.

Il y a, enfin, la réglementation. Non seulement construire une usine prend du temps, mais il faut un an à un an et demi pour obtenir une autorisation lorsque l’on dépasse certains seuils. Encore une fois, les horizons de temps long industriels ne sont pas toujours compatibles avec l’horizon d’une start up. 

Finalement, il y a la question des financements. Un projet comme PILI demande des capitaux importants et surtout un financement de CAPEX (matériel et installation industrielle), et met du temps à générer des revenus et de la marge : construire une usine demande 18 à 36 mois, et elle n’est pas toujours immédiatement performante. Ces délais ne sont pas compatibles avec tous les fonds d’investissement, qui investissent généralement pour 5 à 10 ans avant de devoir céder leur participation.

Heureusement, il y a la BPI, qui a financé une partie importante de nos développements, et qui est un outil essentiel dans l’écosystème d’innovation français. En outre, nous avons la chance d’avoir un très grand marché, ce qui est un atout pour financer un projet ambitieux.

On tend à croire qu’il y a une seule façon de monter une société, celle des start up numériques. En fait, dans l’industrie, il n’y a pas de modèle. Il faut trouver celui qui convient à son entreprise, sans idée préconçue. Et en comprenant les intérêts des investisseurs qui peuvent être très divers. 

Et l’avenir ? 

La prochaine étape est de construire une usine, pour pouvoir démontrer que nous tenons nos promesses notamment en termes d’impact CO2. Elle sera en France, qui accorde des conditions très favorables au lancement de nouveaux projets, notamment grâce à la BPI, qui est experte dans l’accompagnement de projets industriels, ou au CIR. D’ailleurs, la période est intéressante. Après un temps où l’industrie était vue de manière très négative par les décideurs et les politiques, notamment à cause de la pollution associée, l’Etat maintenant encourage la production en France en vue de réduire la pollution importée.

Ensuite, nous construirons probablement des sites de production à proximité des autres grands marchés mondiaux, en particulier, en Asie, qui est le plus important consommateur de colorants.

Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

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