Je crois au collectif !

L’association des interpreneurs poursuit son étude des dispositifs de coopération « culturellement compatibles » avec le Français. Aujourd’hui nous interrogeons Brice Comment, directeur de l’usine SKF de Lons le Saunier, qui emploie 300 personnes, et président de l’association d’entreprises ALons’ZI. (https://www.alonszi.fr)

Pourriez-vous nous dire deux mots de vous ? 

J’ai quarante ans. Je suis ingénieur de formation. Toute ma carrière s’est passée dans l’aéronautique. D’abord chez Airbus, puis dans le groupe Mecachrome. Membre du Comité Exécutif, pendant 10 ans, j’ai dirigé plusieurs sites et j’ai été responsable de transformations d’usines, de rachats de sociétés, de développement… Avec un doublement de l’activité du groupe sur cette période.

Il y a deux ans, ma conjointe et moi avons décidé de rentrer dans le Jura, dont nous sommes originaires. Il s’est trouvé que l’usine SKF aéronautique de Lons le Saunier cherchait un directeur, et qu’il y avait un projet de transformation passionnant à mener… 

3 mois après mon arrivée, la pandémie a bouscoulé l’agenda, nous avons cependant pu faire progresser et transformer l’entreprise même dans cet environnement contraint.

Et l’association ALons’ZI ?

Je crois au collectif. Après un début, parfois frustrant, où j’ai dû faire dans mon entreprise, un travail de fond de réduction de coûts, j’ai pu saisir l’opportunité d’un projet d’Ecologie Industrielle Territoriale, une initiative portée par Clus’ter Jura (http://www.cluster-jura.coop) avec financement de l’ADEME et des collectivités locales. J’y ai vu un magnifique outil collectif. 

Ce qui m’a plu, c’est de rencontrer d’autres dirigeants qui sentent que le monde bouge. Fin 2020, on a organisé des réunions, écrits des statuts… et début 2021 l’association était lancée avec une forte dynamique. J’ai été élu président.

Quels sont les objectifs de l’association ? 

D’abord, se connaître ! Nous vivons sur un petit territoire, de 18.000 personnes, où personne n’est anonyme. Il est facile d’avoir accès, par exemple, aux élus ou représentants de l’Etat pour échanger sur une thématique. Mais, dans la zone industrielle, les dirigeants de la centaine d’entreprises qui la constituent se connaissaient très peu, et parfois même ne connaissaient pas les entreprises quasi voisines !

Nous partageons de bonnes pratiques et des services communs. Par exemple, cela permet de réduire le coût des formations en les mutualisant. 

En ce qui concerne l’Ecologie Industrielle. Nous travaillons pour le moment sur les déchets et l’énergie. 

Ce qui compte est de faire des choses simples pour montrer « que ça marche ». Il faut trouver des leviers de gains à court terme. Il faut des éléments de preuve concrets pour fédérer. Il faut montrer que ça délivre !

C’est un succès ?

Oui ! Nous sommes déjà 35 entreprises. Nous représentons 3000 emplois. Nous avons pu embaucher une salariée qui anime l’association avec brio. On a un bureau tous les mois, et des commissions. Il y a une forte envie ! Avec 90% de participation. Et nous avons beaucoup de sollicitations pour de nouvelles adhésions. Les gens viennent, parce qu’ils ont entendu dire du bien de l’association ! 

En particulier, un de ses intérêts sont les aides. Il y a beaucoup de dispositifs d’aides aux entreprises (pour les projets avec un impact environnemental), mais les PMEs n’ont pas toujours les reflexes ou les équipes pour y  avoir accès. Nous allons jusqu’à monter les dossiers pour les entreprises afin qu’elles bénéficient de ces aides. Et il y a l’effet d’échelle. Par exemple, nous lançons un bilan carbone sur l’ensemble de la Zone industrielle. Non seulement il est subventionné à 70% par l’ADEME, mais nos synergies nous permettent de faire un appel d’offres commun, et, comme nous sommes groupés, la société d’ingénierie réduit ses coûts d’intervention (moins de déplacements, efficacité,…).

Nous ne voulons pas de pyramidal, mais que le leadership vienne des adhérents. En outre, l’association doit être un relai vers d’autres réseaux, pour aller chercher d’autres connexions, filières, ou autres : nous lançons une initiative avec le Campus de l’inclusion où ALons’ZI sert à la fois de relais et de catalyseur.

Et l’avenir ? 

Nous augmentons notre nombre d’adhérents. Nous avons convenu avec la communauté de communes (ECLA), le pays Jurassien et l’ADEME d’étendre notre territoire à l’ensemble de la communauté de communes (autour de Lons le Saunier). 

Les enjeux du moment sont les déchets et l’énergie. 

Pour les déchets, nous avons deux experts du tri dans la Zone Industrielle, dont Suez et le Groupe Demain. Nous avons rédigé une charte et allons appliquer leur méthodologie.

Quant à l’énergie, notre objectif est l’achat groupé, l’énergie verte et la production d’énergie. On profite des moyens des grandes entreprises de la Zone Industrielle (dont SKF), par exemple pour installer des panneaux solaires sur les toits et mutualiser les ressources de pilotage de projet. 

Notre ambition est de fonctionner sur le modèle de l’écosystème, pour apporter des services aux entreprises et à leurs collaborateurs : garderie, comptabilité ou médecine du travail mutualisées, ou encore prêt de parking ! 

Mais nous restons humbles. On veut avancer pas à pas . On ne veut pas que l’on dise « ce n’est pas pour moi », « ça prend du temps », « ça coûte cher »… On joue sur l’attractivité et la motivation. Mais nous n’avons pas de feuille de route figée : cela doit venir des gens : les dirigeants et l’ensemble des collaborateurs. C’est pour cela que nous voulons impliquer tout le monde. Nous organiserons en 2022, par exemple, des soirées à thème. Dernièrement, Jura Nature Environnement nous a fait découvrir que notre Zone Industrielle était l’endroit  de la ville où la biodiversité était la plus importante !

Quels sont les intérêts d’une telle association ?

Le premier problème, c’est la solitude du dirigeant, et la méconnaissance de ses voisins. Des gens ont découvert que ce qu’ils achetaient à l’autre bout du monde était aussi fabriqué à 100m de chez eux. 

Ensuite, c’est pallier le déficit de compétences disponibles. On monte des dossiers de subvention, on partage des compétences juridiques, RH, environnementales, etc. 

Finalement, il y a la question de l’ambition et de la volonté qui ne trouvent pas le chemin pour se réaliser. C’est ensemble que les entreprises parviennent à se développer. 

Et ses facteurs de succès ? 

J’appartiens à d’autres groupements de dirigeants. Je reviens de certains parfois avec de la frustration. Les gens ne parlent pas de leurs problèmes ou de leurs succès, ils ont peur de partager leurs « secrets ».

Si l’on a réussi, c’est d’abord grâce à une animation très professionnelle. Les rendez-vous sont compatibles avec nos agendas de dirigeants, et sont efficaces. Le Clus’ter Jura et Marie Spicher (salariée de l’assocation) nous ont beaucoup approté sur cet axe.

Ensuite, il faut trouver un levier, une corde qui va rassembler tout le monde, en faire un groupe. Ici, c’est le Jura, notre territoire à taille humaine, notre zone industrielle. Et cela est venu pour certains avant l’Environnement. Ailleurs ce peut être une filière, ou un autre sujet d’intérêt commun. 

Finalement, il faut le leadership d’un noyau dur. Dans notre cas, il s’agit d’une douzaine de personnes. J’ai du plaisir à travailler avec elles. Elles m’apportent beaucoup !

Aller plus loin

Vous trouverez, ci dessous :

  • Un document de présentation de l’association ;
  • Des fiches de présentation de synergies mises en place au début de l’année : formations professionnelles mutualisées ;
  • Des plaquettes de communication sur des synergies lancées cet automne et dont la mise en œuvre sera réalisée en 2022 : 2 axes majeurs : Déchets&Energies. 

Brice Comment ajoute :

« L’accueil très favorable que nous avons reçu tant auprès des entreprises que des acteurs institutionnels du territoire confirme l’intérêt de tous à œuvrer collectivement en faveur de la transition environnementale et de l’amélioration de notre cadre de vie. C’est un constat qui nous réjouit ! De par notre démarche d’Écologie Industrielle et Territoriale nous souhaitons favoriser cette coopération à la fois pour les entreprises, pour l’environnement et pour le territoire.

Pour information, nous avons récemment rencontré la société hopeproduction, société de production de Yann Arthus Bertrand, en coordination avec ECLA et la ville dans le cadre dune film/documentaire mettant en avant une dynamique collective sur un territoire. En espérant que le financement du projet (France TV) soit confirmé. »

Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

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