BTP : perpectives d’avenir

Nos études nous amènent à étudier de grandes filières de l’économie française. Aujourd’hui, nous nous penchons sur le BTP. A en croire les personnes que nous avons rencontrées, ce métier, un des plus vieux du monde, fait face à un changement radical. 

Sachant qu’il emploie 1,4m de personnes partout sur le territoire. Ce changement peut donc avoir un impact significatif sur le pays.

La rénovation

Le grand enjeu actuel de la profession est la massification de la rénovation. Cela concerne les bâtiments publics, les bailleurs sociaux, plutôt en avance dans ce domaine, et les particuliers. A 40.000€ par logement, cela fait une enveloppe totale de 20md€. Ce qui est considérable. L’Etat apporte 7md€ d’aides, ce qui est sans précédent. Mais comment passer du rythme actuel de 70.000 rénovations par an aux 500.000 nécessaires ? Il faut résoudre plusieurs problèmes :

Tout d’abord, le propriétaire fait un calcul en termes de retour sur investissement, sans prendre en compte l’augmentation de la valeur de son bien.

Ensuite, une rénovation peut faire intervenir 5 corps de métier soit 15 devis : peu de gens sont prêts à s’engager dans un processus d’appel d’offres d’une telle complexité. 

Surtout, la profession est très conservatrice et très fragmentée, en un très grand nombre de toutes petites entreprises. Et elle fait du prototypage, alors qu’il faudrait des grandes séries à bas coût. 

Le numérique

Le BTP est la dernière filière non numérisée. Très loin derrière les pêcheurs et les agriculteurs, filières qui s’adaptaient pourtant, jusque-là, aussi tardivement au changement que le BTP. Il perdrait 2% de productivité par an, par rapport à l’industrie. 

Il y aurait, donc, ici, de gros espoirs de gains de productivité, notamment en ce qui concerne la « non qualité ». Elle représenterait aujourd’hui 15% d’un chiffre d’affaires de 136md€. 

Economie circulaire

Quant à l’économie circulaire, la réglementation a évolué. La nouvelle réglementation (environnementale) RE2020 exige des réductions en termes d’énergie et de carbone. Cela demande, en particulier, de repenser l’enveloppe du bâtiment.

Le BTP devra évaluer le poids carbone des constructions. Et travailler à décarboner ses matériaux. Ce qui est favorable au bois. Malheureusement, la reprise économique de l’Europe est en retard sur celle du reste du monde. La reprise au USA et ailleurs produit une surchauffe du marché des matériaux, par exemple du bois européen, mais aussi du verre et de l’acier. 

Le BTP est le premier producteur de déchets en France, et en Europe. Le zéro déchet demande de refaire un bâtiment neuf avec un ancien. Il faut, par exemple, réutiliser le bois des portes et fenêtres (ce que rend difficile leur traitement), ou refaire du béton avec du béton. A cela s’ajoute la complication que constitue l’éloignement entre chantier de démolition et chantier de construction. Une solution serait une « plate-forme de réemploi ». 

Un dernier sujet d’étude est la « smart grid » de quartier, « réseau électrique intelligent », qui optimise la consommation d’énergie locale. 

Le BTP et la French Tech

Indice que le changement commence ? Le BTP voit apparaître des innovateurs, notamment dans le numérique et dans les nouveaux matériaux. Et même les premières start up, un concept qui était inconnu dans le BTP. On parle de Proptech. 

La tendance est à plus de conception, plus de préfabrication pour des chantiers qui durent de moins en moins. Les maquettes numériques contiennent tous les éléments constitutifs du bâtiment, ce qui permet l’utilisation de robots pour la construction, et un suivi et un pilotage du bâtiment en cours de vie. 

Comment réussir le changement ? 

Transformer une profession faite d’une multitude de petites entreprises ancrées dans des traditions séculaires s’annonce ardu. Comment faire ? Voici ce que l’on nous a dit :

Le changement est beaucoup trop complexe pour être mené par l’Etat centralisé. Et une stratégie nationale ne peut pas être guidée par les grands groupes, car leurs intérêts sont internationaux. La France est un petit marché pour eux. Les ETI, les PME et les TPE du BTP sont dans les territoires. Il faut impliquer ces derniers dans la stratégie des filières, et les organismes qui les représentent (clusters, pôles, etc.), comme en Allemagne. 

Ensuite le CIR (Crédit d’Impôt Recherche) profite essentiellement aux grandes entreprises. La PME ne peut pas innover seule. Une fois encore, il faudrait imiter les Allemands : disposer de fonds, comme l’ancien Fonds interministériel, pour faciliter les projets collaboratifs, en encourageant les grandes entreprises à collaborer avec les PME. 

Enfin, le H2020 de l’Europe est doté de 99md€, mais l’entreprise française ne sait pas aller chercher cet argent, contrairement aux autres membres de l’Union. Il faudrait adopter la logique « d’escalier » des Pays-Bas ou de l’Autriche, qui financent de projets nationaux, qui peuvent servir de composants pour un projet européen. De ce fait, même si l’appel d’offres européen est perdu, il reste quelque-chose d’utilisable.  

On notera une expérience remarquable qui nous a été signalée il y a quelques temps : 

La CAPEB (Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) de Seine Saint Denis constatait que les entreprises du BTP de ce département ne parvenaient pas à profiter des chantiers publics qui leur étaient réservés, par exemple dans le cadre des travaux du Grand Stade, faute de parvenir à se grouper. La CAPEB a conçu une méthode exigeante de qualification des entreprises, une sorte d’audit qualité, et des formations pour amener au niveau requis les entreprises qui ne satisfaisaient pas les critères de la méthode. De manière surprenante, cela a créé l’amorce d’une forme de solidarité entre entreprises du département, « de chasse en meute ». En effet, les entrepreneurs qui ont subi ce « parcours du combattant » savent qu’elles peuvent faire confiance à ceux qui l’ont traversé. 

La CAPEB a commencé par « capter » des marchés publics et à les transmettre aux entreprises qualifiées, tout en formant les autres. En 3 ans, le nombre de ces entreprises est passé de 70 à 300. Maintenant, lorsqu’une entreprise veut répondre à un appel d’offre, mais n’a pas tous les moyens ou compétences pour, elle fait appel à ce réseau. 

Approfondir

Alors le changement est-il en marche ? Demain, concevrons nous notre maison de notre ordinateur, qui dirigera des robots assemblant des briques de Lego ? Peut-être, si nous en croyons nos interviewés :

L’entreprise de peinture de Jean-Marc Trinquier semble être un précurseur de ce mouvement de « disruption » du BTP : https://associationdesinterpreneurs.wordpress.com/2020/06/16/jean-marc-trinquier-nous-sommes-a-un-tournant-du-marche-nous-serons-les-premiers-a-le-prendre/

Régis Lefèvre montre comment le secteur du préfabriqué s’est engagé dans un processus d’innovation collective, qui est peut-être un modèle à suivre. https://associationdesinterpreneurs.wordpress.com/2020/11/26/les-outils-du-chef-dentreprise-methode-de-raisonnement-tactique-et-test-du-couillon/

Pour finir, une étude de l’université de Cambridge, qui a cherché, par une démarche systématique, comment réduire la consommation d’énergie et les émissions liées à la fabrication des cinq matériaux (utilisés en particulier dans la construction) qui consomment et émettent le plus. Elle montre que ces techniques de production sont si optimisées qu’elles ne peuvent pas s’améliorer significativement. En revanche, quelques modifications simples de nos comportements collectifs pourraient avoir un impact considérable. La fabrication d’acier, par exemple, représente une part notable de la consommation d’énergie mondiale et émet 25% du CO2 industriel. Nous pourrions réduire de 85% la consommation actuelle, en utilisant le juste nécessaire dans les bâtiments ; en réduisant les pertes d’acier lors de la fabrication ; en réutilisant l’acier d’un bâtiment démoli dans une nouvelle construction ; en allongeant la vie de nos bâtiments ; et en les utilisant de manière intensive. (Julian Allwood, The Questing Beast of energy policy, CAM, n°65, 2012.)

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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