La crise est un révélateur !

Le métier de LOMAREC est l’événementiel. Un métier très durement touché par l’épidémie de coronavirus. L’association des Interpreneurs accompagne LOMAREC depuis le début du confinement de mars 2020. 

Nous faisons un bilan de cet accompagnement, avec le PDG de LOMAREC, Philippe Mella. 

Quelle est l’histoire de LOMAREC ? Quel est son métier ?

LOMAREC est une société familiale, fondée en 1969. J’en ai pris la direction en 1987. J’ai amené son chiffre d’affaires de 2m€ à 6,1m€ en 2018. Le 15 août 2017 la société, installée jusque là à Bobigny, a emménagé dans un entrepôt à Sevran. Il devait lui permettre d’atteindre un chiffre d’affaires de 7m€ en 2022.

LOMAREC est spécialisé dans l’événementiel. Il loue ce qui est nécessaire à l’organisation d’une réception (mobilier, linge de table, matériel de cuisine, porcelaine, verrerie, couverts …). Nous travaillons aussi bien pour les services du Premier Ministre que pour le Stade de France. Et nous sommes le seul loueur de matériel ayant le label du Beth Din pour louer du matériel casher.

Ce n’est pas un métier qui crache ! Il est saisonnier, on ne fait rien pendant les vacances scolaires, les horaires sont décalés, on travaille samedi, dimanche, la nuit, et le moindre problème gèle tout. Depuis 87, ça n’arrête jamais ! Deux guerres du Golfe, le World Trade Center et récemment, les Gilets Jaunes, les grèves… Les attentats du 13 novembre nous ont fait perdre 300.000€. L’activité est liée au moral des gens. On gère des crises !

Et le coronavirus ?

Dès fin février LOMAREC, comme toutes les sociétés de la filière évènementielle, a vu la presque totalité de ses commandes annulée. Dès les premières annulations, nous avons demandé le report de paiement des échéances sociales et fiscales, ainsi que le gel et le report des échéances bancaires (crédits, leasing…). Nous avons arrêté les contrats de maintenance, négocié avec nos partenaires-fournisseurs pour geler certains contrats. Dès le 17 mars, l’ensemble du personnel de la société a été mis en activité partielle. Un service minimum est de permanence quelques jours par mois pour gérer la partie administrative et veiller au bon entretien de notre dépôt. Nos boites mail et nos téléphones restent ouverts et accessibles pour répondre à toute question.

Notre CA est passé de 6,3m€ en 2019 à 1.2m€ en 2020 !

En même temps nous avons commencé à réfléchir à notre avenir avec l’association des interpreneurs. 6 personnes nous aident. 3 entrepreneurs, un financier, un spécialiste du développement territorial et un animateur. Nous avons une heure de rendez-vous avec eux, en Visio conférence, à notre demande. Toutes les deux semaines au début, tous les mois maintenant. Nous leur envoyons des nouvelles par mail. Quand nous recherchons un contact, ou quand nous voulons tester une idée, nous leur écrivons. Les réponses arrivent souvent en dix minutes, avec des adresses et des « n’oubliez pas ci, n’oubliez pas ça » ! 

Comment vivez-vous cet accompagnement ?

C’est parfois très difficile ! Par exemple quand des membres du groupe ont insisté sur une idée pour laquelle on savait qu’il n’y avait pas de marché. On l’a fait pour leur faire plaisir. Mais nous avions raison ! 

Mais on n’en serait pas là où nous en sommes sans eux !

Le groupe agit comme un cornac avec un éléphant. C’est un aiguillon. C’est stressant et stimulant à la fois. Il faut que l’on avance… C’est aussi une conscience, qui nous parle. Quand est-ce que vous serez en panne de cash ? Combien de temps faudra-t-il à l’E-Commerce pour remplir vos entrepôts ?…

Il a fallu huit mois. Nous avons vécu un deuil. Déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Dès le début le groupe nous a dit que nous étions condamnés. Il fallait changer de métier. Mais nous pensions que ça allait repartir à la fin du premier confinement. Quand il a été évident que ce ne serait pas le cas, ça a été violent ! Ça a été douloureux ! Ensuite nous avons « marchandé ». Nous avons essayé de garder au maximum nos entrepôts pour notre métier. Mais on a fini par comprendre que nous ne nous en sortirions pas. 

Et maintenant ? C’est génial, et ça nous plaît énormément !

En quoi avez-vous changé ?

C’est un changement complet de business model. Ce nouveau « business model » est pour moitié « l’Eco Event 93 » et pour moitié l’E-Commerce. 

Eco Event 93 est une idée géniale ! Mais pourquoi n’y avions-nous pas pensé plus tôt ? C’est un groupe d’artisans de la gastronomie, tous du 93. Des fabricants de pains, des torréfacteurs, des fleuristes, « les cuistots migrateurs », « le chaînon manquant »… avec tous une histoire surprenante ! C’est plein de créativité, locavore, bio, zéro carbone, insertion…, et c’est totalement vertueux, de bout en bout. Et nous en sommes le leader.

Tous les gens à qui l’on en parle aiment énormément l’idée. A tel point que, dès le départ, nous avons eu un appui enthousiaste des élus du département !

Quant à l’E-Commerce, c’est un marché en manque de logisticiens. Nous avons découvert que nous avions de gros atouts. D’abord, des entrepôts avec grande hauteur de plafond, chauffés, en bon état, sécurisés et proches de Paris. Et, surtout, les professionnels nous ont dit que nous avions un profil vraiment intéressant ! Nous avons toutes les caractéristiques du bon gestionnaire de plate-forme logistique : nous livrons de la porcelaine pour les réceptions de l’Elysée ! Autrement dit, nous livrons du fragile et du coûteux, dans les temps, à un client très exigeant. Nous sommes réactifs, adaptables, rapides, et notre qualité doit être irréprochable. Bien sûr ce métier de l’E-Commerce ne s’improvise pas. Il faut se former. Nous travaillons avec des consultants. 

Nous sommes devenus 22ème membre de E-Logik, réseau de spécialistes de la logistique pour les E-commerçants. Nous avons énormément de demandes, pour des marchandises diverses et variées !

Nous commençons aussi un projet très dans l’air du temps, « Green and Collect ». Nous proposons aux traiteurs qui fournissent des plateaux repas, en BtoB, de financer pour eux une gamme de bocaux en verre avec couvercle, un jeu de couverts inox et un verre à eau. Nous récupérons les plateaux repas chez les clients, recyclons les déchets bio organiques, pour en faire du compost et de l’engrais. Puis nous relivrons, propres, bocaux, couverts et verres chez le traiteur. Le projet Green and Collect c’est du réemploi et du recyclage avec un « sourcing » français. D’ores et déjà, le plastique est interdit, et nous tendons, avec ce projet, vers le zéro déchet. 

J’adorais mon métier. Mais il a fini par me fatiguer. Je suis las des appels de dernière minute, pour trois petites cuillères ! On n’était bon que pour prendre des coups. Pour la première fois, je suis porteur d’un projet. Je rencontre le sous-préfet, le Président du Département et les élus. Les journalistes viennent nous voir… On est en haut de l’affiche. Mon objectif, c’est de ne pas répondre aux appels d’offres pour les Jeux-Olympiques. Les marchés qui ne sont pas rentables, c’est terminé. Le cycle Gilets jaunes, attentats, grèves, élections… je n’en veux plus !

Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ? 

On était dans une course au chiffre d’affaires. On ronronnait. C’était dur. Certaines années on terminait à zéro. Mais on se serait contenté de ça, jusqu’à ce que j’ai remboursé mes emprunts. La crise a été un révélateur. Elle m’a obligé à sortir de ma zone de confort. La peur paralyse certaines personnes, moi, elle m’a galvanisé. Elle a révélé que j’étais un entrepreneur créateur qui aime les défis et prend des risques. Avant je venais au travail à reculons, lassé par un métier que je fais depuis 33 ans. Maintenant, je travaille 10 à 12h par jour, mais je n’ai jamais été aussi motivé. 

Mon conseil ? Il faut chercher « la pépite », le « hold up ». Nous avions fait des séances de brainstorming, nous avions même utilisé Océan bleu, mais jamais « Eco Event 93 », et la logistique pour le E-commerce n’avaient été imaginés ! Nous n’étions pas allés à fond. 

Aussi, il faut faire cette réflexion avec des gens qui ne sont pas du métier. 

Et, il ne faut pas hésiter à sacrifier son héritage familial, son historique. Cela m’a longtemps retenu. C’est très difficile. Je vide mes entrepôts. J’ai vendu aux enchères du matériel que mes parents avaient acheté, et qui ne sortait plus. Mais c’est le prix de la renaissance !

Mais attention ! Vous devez être bien conscient que c’est violent !

La crise met aussi en évidence les personnes sur qui on peut compter. On découvre que certains que l’on croyait compétents ne le sont pas. D’autres, plus timorés, prennent confiance en eux, et vous étonnent !… La crise est un révélateur !

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

2 commentaires sur « La crise est un révélateur ! »

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