Faire ce que les autres ne savent pas faire, voilà comment le Français peut gagner !

Manque de main d’œuvre. Le mal du moment. Les entreprises ne parviennent pas à recruter. Avec trois millions de chômeurs, c’est un paradoxe.

Mais elles ne restent pas les deux pieds dans le même sabot. L’exemple de l’Alsace bossue, raconté par Jean Saling. 

Comment commence l’histoire ? 

Je suis un chef d’entreprise, qui a pris sa retraite il y a 4 ans. 

Après 16 ans à l’étranger, j’ai monté 3 entreprises. La dernière fabriquait des pièces de carrosserie. Nous étions un fournisseur de rang 1 de l’industrie automobile. L’entreprise est passée de 0 à 110m€ de chiffre d’affaires en douze ans. Son idée était de fabriquer ces pièces en acier TTHLE (Très-Très-Haute Limite d’Elasticité), très dur, plutôt qu’en aluminium, très cher. Grâce à une machine transfert de 3000 tonnes. Tout notre savoir-faire était dans la conception de l’outillage, dont la fabrication était faite en Autriche, la France ayant perdu le savoir-faire nécessaire. En tout cas, c’est un exemple des forces de notre pays : nous étions moins chers que les pays de l’Est, et les Allemands n’ont pas le courage de prendre ce type de risques. Je n’ai jamais été aussi heureux que lorsque je travaillais en Allemagne, l’Allemand a de grandes qualités, il se sert les coudes, il respecte ses engagements, mais il est très conservateur. Faire ce que les autres ne savent pas faire, voilà comment le Français peut gagner. Il faut faire avec la tête, pas avec les mains, car il y a toujours des mains moins chères. Cela a été ma ligne de conduite toute ma carrière ! 

Arrivé à la retraite, je me suis demandé ce que je pouvais faire pour ma région, où je n’avais jamais travaillé, l’Alsace bossue. J’ai constaté que les entrepreneurs ne se connaissaient pas. Ce qui m’a donné l’idée de créer un cercle de dirigeants. Et je leur ai proposé de traiter des projets ensemble. Par quoi commençons-nous ? 

A ma grande surprise, ils m’ont répondu : le recrutement. 

En fait, j’aurais préféré un autre sujet, mais je dois reconnaître qu’ils ont raison. Moi aussi j’ai eu des problèmes de recrutement toute ma carrière. J’ai connu la solitude du dirigeant ! J’ai commencé à souffrir en 96/97. J’ai tout essayé, rien n’a marché. Et en plus l’Alsace bossue c’est le bout du monde. C’est même au bout de l’Alsace ! Il fallait sortir des sentiers battus !  Il fallait attirer des candidats !

Comment vous y êtes vous pris ? 

Plus qu’une formation, un métier, un avenir ! 

Jusque-là, c’était toujours pareil, avec tous les jeunes que l’on rencontrait, la formation amont ne suffisait pas. On a décidé de se mettre à la place de l’Education nationale et de proposer une formation diplômante, pour des chaudronniers et des conducteurs de lignes automatisées. L’Education nationale fournit l’enseignement général (les mathématiques, les lettres…), nos onze entreprises dispensent chacune un cours, à l’ensemble des élèves, qui correspond à une force spécifique. 

C’est « tapis rouge ». On arrive à attirer les candidats. La commune loge, on encadre les élèves, qui sont parfois très jeunes, le lycée pilote tout. Cela représente 120 promesses d’embauche. C’est un projet commun qui a solidarisé tout le monde. 

On a commencé avec les bac pro et cette année on lance les BTS.

Quels sont les facteurs de succès de ce type de projet ? 

La clé, c’est l’adhésion des entreprises et des collectivités locales. 11 entreprises représentant 3000 emplois, qui apportent 44 apprentis par an : ce projet en commun a mis la pression sur les pouvoirs publics et l’Education nationale. 

Il faut une force motrice. Ce sont les entreprises qui ont trouvé le sujet. Tout le monde souffre des mêmes maux. La mairie et le député de la région sont membres fondateurs du projet. Leur intérêt est de « repeupler » la commune. 

Il nous a fallu deux ans et demi pour fédérer cette équipe. Aujourd’hui, on se voit une fois par mois. A chaque fois plus de 70% des entreprises sont représentées. 

La communication est un autre sujet important. Il faut une communication puissante et beaucoup de créativité pour faire venir des candidats de loin. Car ce sont les apprentis qui viennent nous voir. La force d’un cluster d’entreprises est de pouvoir disposer des moyens de ses membres. Pendant les 3 premières années, la communication a été assurée par le service de communication d’un des adhérents. Maintenant, on s’organise pour monter une équipe de communication. 

Troisième point, l’encadrement des jeunes. Nos candidats ont entre 15 et 30 ans. Le logement est fourni par le maire et par la communauté de communes. Le centre socio-culturel prend en charge les activités extra scolaires des jeunes. Ils ne sont pas laissés seuls le soir. Nous envisageons de créer un internat. 

Quant à la formation elle-même, il faut trouver les formateurs les mieux placés. L’Education nationale fournit l’enseignement général, les entreprises, l’enseignement technique. Pour former un automaticien, il faut un automate… Le diplôme est donné par l’Education nationale. Nous-nous sommes inspirés du système allemand, mais en le modifiant. Nous avons voulu que l’apprenti ne reste pas dans une même entreprise, comme en Allemagne. Chaque entreprise forme l’ensemble des élèves dans son domaine de compétence. 

La formation est gratuite. Y compris pour les candidats qui ne viendront pas travailler dans nos entreprises, ou iront chez un de leurs concurrents. C’est comme cela que nous formons un Toulousain qui repartira travailler dans l’aéronautique, à Toulouse, après sa formation. 

Le procédé de sélection est le suivant. Le lycée fait un premier tri dans les candidatures que nous recevons. Puis les entreprises choisissent leurs stagiaires. Si un stagiaire a plusieurs propositions, il choisit l’entreprise qu’il préfère. Il signe ensuite un contrat avec elle. 

Le taux de succès de la formation est d’environ 80%. Les échecs sont essentiellement des questions de comportement. 

Point important. Les professeurs au contact des tuteurs et de l’entreprise y ont trouvé leur compte. Outre qu’ils connaissent désormais l’entreprise, avec ce processus, leurs élèves apprennent surtout sur les outils et les méthodes d’aujourd’hui ce que ne permettait pas les moyens de l’Education Nationale. En fait, cela répondait à une attente des enseignants. Ils suivent même leurs élèves dans les entreprises ! C’est ce qui leur manquait ! Nous avons réussi à réaliser un partenariat entre les entreprises et l’Education nationale. 

Et la suite ? 

L’entreprise française est à l’âge de pierre. Le benchmarking, la rentabilité, etc. elle ne connaît pas. Il y a énormément à faire. 

Publié par Christophe Faurie

Président association des INTERPRENEURS. Nos entreprises ont une créativité hors du commun : c'est la solution aux problèmes du pays.

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