La force du cluster est une courbe d’expérience très rapide

Avec Atlanpack (https://www.atlanpack.com), pôle arts graphiques et packaging de Nouvelle Aquitaine, situé à Cognac, nous remontons aux origines de l’histoire des clusters français. Et poursuivons l’enquête que nous menons avec France Clusters. 

Un entretien avec Jean-Christophe Boulard. 

Quelle est l’histoire d’Atlanpack ?

En 97, c’était la naissance d’ATLANPACK, le Pôle emballage et conditionnement de Poitou Charentes. En 99, il est entré dans le programme de la DATAR des SPL, inspiré des districts italiens. Ensuite, nous n’avons pas réussi à être Pôle de compétitivité. Probablement du fait de ce que Cognac n’est qu’une sous-préfecture, sans laboratoire universitaire, notamment. 

Atlanpack est aujourd’hui dans le périmetre de la Nouvelle Aquitaine. Nous allons de Nantes à Bayonne, et nous sommes le seul cluster du packaging, de l’emballage et des arts graphiques. Nous avons 85 adhérents, pour une profession qui représente 300 entreprises, 400 établissements, et 20.000 employés en région. On ne cherche pas l’adhésion. On est satisfait de représenter une cartographie assez juste de la filière. Nos adhérents sont à parts égales, des PME, des ETI et des grands groupes. 

La vie du cluster, c’est une assemblée générale, 2 conseils d’administration, 4 bureaux et des groupes de travail spécifiques et thématiques. Nous avons un budget de 450.000€. Dont 150 à 180 mille euros de subventions. Le financement privé est constitué d’environ vingt mille euros de cotisations, de quarante mille euros de prestations concernant l’innovation, et le reste vient de l’organisation d’événements. 

Quelles sont vos missions en cours ?

Il y a le référencement des adhérents. La communication et la promotion des savoir-faire. 

Nous organisons des événements, les rendez-vous d’Atlanpack, et des salons. Nous faisons un travail de mise en relation, par exemple en faisant venir des donneurs d’ordre pour nos adhérents. 

L’innovation est une question critique pour l’emballage. Il y a un gros travail sur le matériau. Le sujet du moment est la substitution du plastique. Nous montons des partenariats avec les clients de la profession, des laboratoires, des pôles de compétitivité, la filière bois papier carton… 

Un autre sujet critique est le besoin de compétences. Nous avons contribué à créer, et nous parrainons des formations : 2 Bac+3 et 2 Bac+5 (ingénieur et marketing). Nous participons aussi à l’orientation et l’attractivité des métiers ainsi qu’à la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) sur la région. Et ce notamment dans le cadre du programme Territoire d’industrie. 

Depuis les origines, nous cherchons à « chasser en meute ». Pour cela il faut proposer une offre complémentaire, même si cinquante de nos adhérents fabriquent des étiquettes !, pour se donner de la visibilité sur une opération – par exemple dans les salons internationaux. Cela marche très bien pour le luxe, les vins et spiritueux, et aussi pour l’agroalimentaire et la cosmétique. Ainsi, par exemple on est allé aux grands salons du Dusseldorf, Interpack, Druppa, ProWein, présenter notre offre et nos adhérents aux exposants. 

Avez-vous été affectés par le coronavirus ?

Nous avons dû mais pu décaler les salons que nous organisons. Mais nous avons eu de la chance. 

Nous avons profité de ce que nous devions informer nos adhérents de ce que la date d’un salon était déplacé pour faire une enquête auprès d’eux concernant l’impact de l’épidémie. Nous avons constaté leur résilience, la capacité du secteur à s’organiser territorialement. Par exemple, certains ont déplacé leur production d’une usine en zone confinée, à une autre qui ne l’était pas. Nous allons présenter une seconde enquête pour notre AG du 8 juillet.

Pour le moment, la visibilité n’est pas claire, mais ça repart bien. Notre marché spiritueux est résilient et met les moyens pour redémarrer. En outre, le commerce a besoin d’emballage de substitution. En particulier, les restaurateurs sont souvent devenus traiteurs et ont eu besoin d’emballages en carton pour la restauration hors foyer. 

Bien sûr, il va falloir rembourser les emprunts. Mais le cluster n’est pas en première ligne en ce qui concerne l’aide financière aux adhérents, dans ce domaine. Ils se tournent plutôt vers le réseau des CCI, BPI, et, pour des cas critiques, vers les tribunaux de commerce, et l’APESA. Et il faut remarquer que nos entreprises sont assez structurées. Soit parce qu’elles sont grandes, soit parce qu’elles travaillent avec de grandes sociétés et ont adopté leurs procédures de gestion. 

Quelles sont les réussites du cluster ?

Historiquement, nous sommes partis d’une concentration de savoir-faire, et d’entreprises qui vivaient une relation de proximité. Exemple typique : le commercial de l’une d’entre elles allait prendre ses commandes à pieds chez ses clients. Aujourd’hui, les entreprises d’Atlanpack  sont à 45% à l’international. 

Nous avons accompagné cette diversification de l’excellence locale vers les marchés lointains. Un exemple des services que nous rendons à nos adhérents : il faut trois ans à une entreprise pour entrer sur un marché étranger ; or, elle est prise par les problèmes du quotidien ; nous l’aidons, notamment, en accompagnant la gestion de projet, en s’occupant du rappel de ses propsects et nous collaborons beaucoup avec Business France, la team international et les CCIs. 

Une autre de nos missions concerne le « réglementaire qui tombe sur une filière ». Actuellement, c’est le zéro plastique. Nous aurions pu résister, mais nous jugeons que c’est une tendance forte, une aspiration de la société. Il faut réorganiser toute la filière, réfléchir ensemble. C’est là la mission d’Atlanpack. Il se trouve aussi que la région Nouvelle Aquitaine est la première région forestière avec notamment la forêt des Landes et que le besoin est à la fois du bois et surtout de millions de tonnes de papier carton recyclés. Nous avons appris à travailler avec les professionnels du bois, qui, eux, sont très intéressés par notre expertise en termes d’emballage, et des besoins d’un marché qu’ils ne connaissent pas. Voilà une initiative que la région encourage, le travail collaboratif des filières avec des expertises comme celle d’Atlanpack !

Dernier exemple de nos actions. Le packaging fait vendre le produit. L’emballage est important pour la compétitivité. D’où l’idée de concevoir le produit autour du packaging.  Nous avons accompagné par exemple la naissance de la Spirit Valley de Cognac, l’idée de produire et conditionner d’autres spiritueux à Cognac en utilisant tous les savoir-faire pour de la Vodka, des liqueurs, un apéritif bleu, qui a connu une mode de plusieurs années aux USA… La force du cluster est une courbe d’expérience très rapide. Nous avons un savoir-faire collectif, d’organisation, d’animation de filière, de conditionnement, de design… Sur ce point, la collectivité, et les acteurs dont Atlanpack, portent  le projet que le savoir-faire de Cognac soit candidat au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Qu’est-ce qui fait réussir un cluster ? 

Il y a trois étapes. D’abord, il faut un noyau dur, et un financement d’amorçage public. 80% de nos revenus étaient des subventions, au départ. Au bout de deux ans, il faut avoir trouvé ce qui importe et apporte une rentabilité aux adhérents, à savoir le commerce, les compétences, et la veille sur la réglementation. Dans une troisième phase, il faut des financements privés suffisamment généreux. Car attention à ne pas se faire piéger dans une succession de petits projets, potentiellement subventionnés en partie, mais qui ne permettent pas de financer les charges de structure. 

Pour trouver les sujets sur lesquels va travailler le cluster, l’équipe suis ce qui se passe un peu partout : les enjeux des filières, les grandes politiques de la région, les programmes européens, etc. 

Quant à l’avenir des clusters, quelle est votre recommandation ?

Depuis la Datar, les SPL, les Pôles de compétitivité… les clusters quels que soient leurs noms sont dans l’air du temps. 

En revanche, il y en a maintenant beaucoup et il y a de moins en moins de financements publics, et ils vont avoir du mal à trouver des moyens. Il faut anticiper. Ce pourrait être une mission de France Clusters qui pourrait à la fois identifier les territoires qui ont tous les atouts pour constituer un cluster et accompagner les clusters qui devraient s’étendre sur différents territoires et ou fusionner. Ces opportunités pourraient être financées par la Banque des territoires.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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