Notre rôle est de créer les conditions pour que les acteurs résolvent leur problème par eux-mêmes

L’association ayant identifié la coopération comme facteur essentiel de succès de la PME, elle poursuit son enquête auprès des groupements d’entreprises « qui ont réussi », de façon à en tirer des enseignements qui puissent profiter à l’entrepreneur. C’est une enquête menée en coopération avec France Clusters. 

Aujourd’hui, nous rencontrons Cécile Michaux, déléguée générale du Pôle d’Intelligence Logistique, réseau implanté en Nord-Isère, sur la plus importante plate-forme logistique française. (www.pole-intelligence-logistique.com)

Quelles sont les origines du Pôle d’Intelligence Logistique ?

En 2007, la chambre de commerce, l’ancêtre de la communauté d’agglomération et les entreprises du Parc International de Chesnes, la première zone logistique nationale (10.000 emplois), ont enclenché une démarche de structuration de la filière. En 2010, l’association a été lauréate de l’appel à projets « grappes d’entreprises exemplaires » ce qui a accéléré son développement.

Le principe du Pôle était que les entreprises soient au cœur de la démarche. Il y a eu quelques années d’expérimentation. Puis des sujets de travail communs se sont dégagés, la confiance s’est installée. Nous avons conservé cet esprit. Notre rôle est d’accompagner nos adhérents dans leurs initiatives. La mission du pôle est de « se faire grandir les uns les autres », en apprenant des autres, par échange de bonnes pratiques, codéveloppement…

Aujourd’hui, nous avons 180 établissements adhérents, soit 800 professionnels membres. Notre cœur de métier est l’entrepôt. De ce fait, ce sont de grandes entreprises et des ETI, moins de PME. Outre les entreprises de logistique, nous accueillons aussi des sociétés d’intérim, des équipementiers et des consultants. Nous fédérons l’ensemble de l’écosystème. 

Quels sont les sujets de travail du Pôle ?

Notre spécificité est de travailler à l’échelle de l’établissement, de la vie de l’entrepôt. Nos sujets sont les ressources humaines, le social, et l’environnement. 

Nous sommes notamment experts en ce qui concerne, les risques, la santé, la sécurité, la pénibilité. Ce sont des sujets très importants dans les entrepôts. Mais aussi en ce qui concerne l’environnement, la logistique durable, l’économie d’énergie, les réductions d’émission, la décarbonation… 

Nous avons, enfin, une importante activité de promotion de la filière et des métiers. Le gros de notre action est de lutter contre les idées reçues !

Quels sont vos apports à l’adhérent ? 

Ils nous disent que l’échange de bonnes pratiques avec des pairs leur fait un bien fou. Cela les sort de leur silo. Grâce au Pôle, ils savent vers qui se tourner quand ils ont une question. 

En outre, il y a un fort enjeu autour de l’emploi et de la mobilité professionnelle des salariés. Il y a beaucoup de mouvement de collaborateurs entre les entreprises ! Il y a aussi des recommandations de fournisseurs et de prestataires. Ainsi que des projets concernant une filière, qui demandent de comprendre son fonctionnement. 

Quel a été l’impact de l’épidémie pour vous et vos adhérents ? 

La logistique de distribution ne s’est pas vraiment arrêtée. L’activité est forte. Il n’y a pas vraiment d’enjeu de relance. 

En revanche le COVID nous a fait faire un saut qualitatif énorme en termes de culture de prévention du risque avec la mise en œuvre des protocoles sanitaires. Nous avons travaillé avec l’inspection du travail et la CARSAT pour prévenir ces nouveaux risques. Cela a amené les entreprises à réorganiser leurs activités, leurs flux, leurs plannings en très peu de temps. 

Comment voyez-vous l’évolution à long terme du Pôle ? 

L’un des gros enjeux est celui du recrutement, la logistique peine à recruter. On observe une inversion de l’offre et de la demande : ce sont désormais les candidats qui choisissent leur entreprise et non plus les employeurs. Les entreprises doivent être attractives. Nos efforts sont en train de porter leurs fruits. Il y a une prise de conscience de la question dans la filière. Ils font un gros travail concernant l’attractivité de l’emploi, la marque employeur, les conditions de travail, l’implication du salarié…

Ensuite, il y a l’enjeu environnemental. Nous travaillons sur la performance énergétique des bâtiments, la gestion des déchets et bien sûr sur l’impact carbone du transport. 

Mais il ne suffit pas de dire qu’il faut émettre moins de carbone ou consommer moins d’énergie pour qu’on puisse transformer durablement les pratiques. Tout l’enjeu est de comprendre la filière, les causes des décisions prises, et d’accompagner le changement. Ce sont des démarches longues et systémiques. 

La supply-chain, dont la logistique et le transport sont des maillons, est caractérisée par une forte cascade de sous-traitance, et donc un grand nombre d’acteurs qui se connaissent mal, et que nous aidons à mieux collaborer. 

Nous avions utilisé cette méthodologie dans une précédente démarche, Perspectiv’Supply, dont l’objet était de travailler sur la réduction de la pénibilité dans les entrepôts de produits frais. En réunissant les industriels, les logisticiens, les transporteurs et les magasins, les acteurs ont travaillé à détendre les flux hyper tendus qui étaient une cause organisationnelle de la pénibilité subie par les préparateurs de commande. Il faut apprendre à dézoomer pour trouver les vraies causes des dysfonctionnements. 

Notre rôle est de créer les conditions pour que les gens inventent les solutions à leurs difficultés. 

C’est comme cela que nous avons commencé à travailler sur la multimodalité, par exemple. La question qui se pose est : pourquoi le fer et le fleuve ne sont pas utilisés, alors que le gain environnemental est évident et que le prix est sensiblement le même ? Pour changer les pratiques et les rendre vertueuses, il faut bien comprendre les mécanismes de fonctionnement actuels. 

Qu’est-ce qui fait réussir un cluster ?

Il faut un périmètre cohérent. Il faut bien connaître le métier des adhérents, les besoins de la filière, les entreprises, leur quotidien et les adhérents eux-mêmes. Il faut être pragmatique, il faut partir du besoin, il faut écouter. Et ensuite utiliser des méthodologies de projet collaboratif. 

Nous sommes par ailleurs attentifs à développer notre autofinancement, ce qui nous permet de garantir notre autonomie, et de choisir les sujets que nous souhaitons approfondir. 

Quelles recommandations feriez-vous au gouvernement concernant le développement des clusters ?

Il faut se méfier de ne vouloir en faire « que pour la PME ». Ce n’est pas parce que l’on est dans un grand groupe que l’on n’a pas besoin de soutien. Nos directeurs d’établissement ont des problèmes communs avec les patrons de PME ! C’est pour cela que nous réfléchissons à l’échelle de l’établissement.  

Notre filière mérite d’être mieux comprise par les pouvoirs publics, qui ne la trouvent pas glamour. Pourtant, il n’y a pas d’industrie sans logistique ! 

Il est important également de penser les projets à la bonne échelle, en proximité avec les territoires. Il faut faire confiance aux acteurs de terrain . Il y a besoin d’un maillage de proximité.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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