Produit en Bretagne : un modèle ?

Depuis le début de notre enquête on nous cite la Bretagne comme exception. Contrairement à la plupart du reste du pays, c’est une terre de coopération. 

Nous avons interrogé sur cette question Malo Bouëssel de Bourg, qui dirige « Produit en Bretagne », un groupement d’entreprises que beaucoup envient à la Bretagne ! (http://www.produitenbretagne.bzh)

Quelle est l’histoire de Produit en Bretagne ?

Tout a commencé en 1993 à Brest. Brest a toujours eu l’impression d’être abandonnée par le reste de l’Europe, et, en ces temps on entendait dire qu’il fallait garder la conception en France, et faire fabriquer à l’étranger. Plusieurs dirigeants d’entreprises, vacataires à l’école de commerce de Brest, n’étaient pas d’accord. Ils ont pensé que le Breton faisait preuve de ressources quand il était dos au mur. Ils ont eu l’idée d’un sigle distinctif, et surtout de demander aux consommateurs d’accorder leur préférence à une marque de territoire et de proximité. Ils ont présenté la démarche aux Leclerc de la pointe bretonne (Scarmor) qui ont compris la démarche. Il y avait un triple effet gagnant. Le distributeur a intérêt à ce que ses clients, qui sont à 15Km à la ronde, profitent d’une économie prospère, le citoyen a besoin d’un travail et l’entreprise de développer ses affaires. 

Cela s’est accompagné d’une sorte d’accord moral. Le distributeur s’engageait à donner plus de place aux produits bretons que ne l’aurait voulu une logique à court terme, à les mettre en avant, et à en faire des promotions régulières. Le consommateur devait, à qualité et prix égaux, acheter breton. L’entreprise devait en donner aux clients pour leur argent, il fallait qu’ils puissent dire : « on est fiers, ce sont de bons produits ». 

Mais le Breton est prudent. Rien ne se serait fait sans un test en magasin concluant, auquel se sont associées 12 entreprises. Suite à quoi Leclerc a décidé d’y aller et de nous aider à convaincre les autres distributeurs. A partir du moment où les distributeurs sont devenus membres actifs et cotisants à notre association, les industriels ont été très motivés à la rejoindre. On a rassemblé toutes les parties prenantes, qui pourtant jusque-là étaient souvent à couteaux tirés. C’était très important.

Le succès de l’agroalimentaire nous a amenés à ouvrir l’association aux services et à la culture, le creuset des valeurs de solidarité. Aujourd’hui, nous avons 472 membres, qui représentent 110.000 salariés. A 50% dans le service et l’industrie, un tiers dans l’agro-alimentaire, et le reste dans la distribution et la culture. Nous couvrons 5 départements, selon un découpage culturel et non administratif de la Bretagne. Nos adhésions croissent pas bouche à oreille. Une vingtaine d’entreprises nous rejoignent chaque année.

Nous dépendons beaucoup de l’engagement bénévole des membres. Ils consacrent chaque année 2500 jours à l’association et à ses groupes de travail. Sans eux notre équipe de 10 personnes ne ferait que bien peu de choses. 

La mission de Produit en Bretagne est « d’agir ensemble pour développer l’emploi en Bretagne, par une dynamique économique et culturelle responsable ». A titre d’exemple, lors de la fête de la Bretagne, 100 produits bretons apparaissent sur un même prospectus dans plus de 500 magasins de tous nos distributeurs. Autre exemple, nous avons découvert que 25 à 30 de nos membres étaient spécialistes de la maison. Nous avons créé une maison virtuelle, qui permet à ses « visiteurs » de savoir quelle entreprise bretonne fabrique quoi. 

Finalement, le succès commercial n’a pas été que breton. Une étude Nielsen a montré que deux tiers des ventes des produits logotés se faisaient en dehors de Bretagne. L’étude montre par ailleurs que  la progression des ventes des produits logotés est significativement supérieure à la progression de leurs marchés de référence, enfin que  la part de marché des produits bio est  50% supérieure sous logo Produit en Bretagne (7,5% vs 5%).

Quelles sont vos activités principales ?

Premier champ d’action : développer les ventes de nos adhérents. 

Deuxième champ d’action, « apprendre du réseau ». Nous sommes une organisation apprenante. 470 entreprises, c’est 470 bouquets de savoir-faire. Nos adhérents construisent des thèmes pédagogiques à partir de leur savoir-faire, qu’ils partagent avec les autres adhérents lors de matinales. On a aussi créé la Breizh Marketing Akademi où l’on vient se former au marketing avec des experts internationaux. Elle propose des conférences, des échanges locaux et bientôt des podcasts thématiques pointus. Et, enfin, les Ateliers bretons de l’emploi.

Troisième champ d’action : « s’engager pour le territoire ». C’est la dimension culture, avec un prix des libraires, un prix musical, un prix ambassadeur de la langue bretonne… Et nous développons une filière RSE, qui répond à un besoin de sens. Nous avons défini 3 étapes : d’abord tout postulant souhaitant entrer dans l’Association doit impérativement inscrire la RSE dans sa stratégie d’entreprise, ensuite chaque membre doit remettre chaque année un rapport  de progrès, simple et facile à remplir, sur les actions RSE engagées sur au moins trois des huit piliers de la RSE, enfin, pour ceux qui le désirent, nous avons créé une certification Bretagne 26000 (iso 26000 plus une couche territoriale).

Quatrième et dernier champ d’actions : l’entretien de la dynamique. Il s’agit-là de tout ce qui relève de notre gouvernance et du pilotage de la marque.  Nous fonctionnons avec un conseil d’administration, des Commissions et groupes de travail, et des délégués départementaux. C’est un réseau. Les gens se rencontrent. C’est très convivial. 

Quelles sont les raisons de votre succès ? 

C’est un mystère. Ce n’est pas faux de parler de l’entêtement du Breton.  Paradoxalement, les Bretons, dont on vente un peu vite la solidarité, sont aussi farouchement individualistes. C’est quand ils sont dos au mur qu’ils sont capables de s’unir dans l’intérêt supérieur de la Bretagne ! Dernièrement, nos adhérents qui se tirent le mieux de la crise du coronavirus ont décidé de payer tout ou partie des cotisations de ceux qui ont des difficultés. Autre exemple : un acheteur ayant constaté que nos TPE ne savaient pas négocier correctement, a proposé de former leurs dirigeants et leurs commerciaux bénévolement ! Dernier exemple : beaucoup de nos membres éprouvent quelques difficultés à entrer concrètement dans les outils RSE proposés, en particulier le rapport de progrès. Eh bien, nous leur proposons une hot line qui leur permet de se faire aider par des membres bénévoles. 

En dehors de la culture bretonne,  qui nous rassemble et créé le périmètre d’une territoire approprié, le territoire du « nous », il y a le fait que nous sommes une région excentrée. Il a bien fallu  apprendre à se débrouiller tout seul. On reçoit assez peu de financements publics (10% de notre budget) et on ne passe pas notre temps à courir après.

Le succès vient, aussi, probablement, de ce que la démarche a été conduite par des chefs d’entreprise. Il y avait, en même temps, un objectif lointain et généreux, et un objectif à court terme, intéressé. On a commencé par des actions de terrain qui ont amené du chiffre d’affaires ! On ne se paie pas de mots. Par ailleurs, contrairement aux clubs de dirigeants, on n’adhère pas à l’association à titre personnel. C’est l’entreprise qui adhère, avec tous ses salariés. On y vient pour travailler ensemble et tout est orienté vers l’action mutalisée. 

Et l’avenir ?

Nous ne faisons pas de la croissance des effectifs un objectif, c’est pourquoi nous ne prospectons pas. Notre principale ambition actuelle est de développer la filière RSE et d’affirmer la Bretagne comme une pionnière et un champion national en la matière. 

Notre principal enjeu est la RH. La transition numérique est importante, mais plus secondaire, car plus technique. Nous sommes davantage mobilisés par la révolution des RH.

Nous avons des difficultés à attirer des compétences, ce qui amène certaines de nos entreprises à devoir refuser des affaires. 

Le télétravail peut être une opportunité, beaucoup de Parisiens, notamment, étant tentés par la Bretagne. Une opportunité qui présente un revers, car ils arrivent avec des salaires parisiens. Le sujet mérite donc une réflexion approfondie en matière d’innovation sociale.

Une de nos grandes préoccupations est le rapport de la jeunesse à l’entreprise. D’où les Ateliers Bretons de l’Emploi, connectés à la démarche RSE. Il nous faut davantage de sens pour être mieux entendus des jeunes ! Les jeunes veulent d’abord savoir ce que leur travail apporte à la société et à la planète et s’il apporte vraiment quelque chose.

http://www.produitenbretagne.bzh

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

2 commentaires sur « Produit en Bretagne : un modèle ? »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :