Dans un cluster, la PME doit prendre le pouvoir !

Dans les entretiens qu’ils nous ont accordés, Jean-Claude Cothenet et le professeur Michel Berthelier ont attiré notre attention sur Mecateamcluster. Ce qui nous a donné l’envie de découvrir ce cluster, apparemment très dynamique. 

Nous interviewons son président, Didier Stainmesse, PDG de Novium. 

Pourriez-vous nous parler de votre parcours d’entrepreneur ?

Je suis fils de mineur, ce qui fait que je n’ai pu faire que peu d’études, mais que j’ai des valeurs fortes ! Et que je suis très attaché à ce territoire. 

Je suis d’abord entré chez PPM, une société très dynamique, un fabricant d’engins de levage. A l’époque elle employait 700 personnes. J’y ai connu une très rapide carrière. Mais, à la surprise générale, alors que j’avais de grosses responsabilités, j’ai rejoint une entreprise de 17 personnes, pour la personnalité extraordinaire de son patron ! J’étais directeur technique, mais je me suis lancé dans le commercial. C’est comme cela que j’ai détecté une possibilité de développement. Il s’agissait de l’hydraulique, une technologie de niche, très mal enseignée, et de la maintenance de matériel mobile. Après une hésitation, mon patron m’a suivi. On s’est installés à Montceau les mines, que je connaissais bien. On a repris le bâtiment où se faisait l’entretien des wagons des houillères. Cela avait quelque-chose de Zola !

En 2005 nous avons décroché un contrat de la SNCF. Nous-nous engagions à construire un bâtiment plus adapté. De 6 personnes, nous sommes passés, aujourd’hui, à 67. Nous réalisons 15m€ de chiffre d’affaires. 80% pour la conception et la construction d’engins ferroviaires (nous avons un gros bureau d’études), 12% pour la défense (notre savoir-faire d’hydraulicien), 8% pour les grands travaux, en compléments de sociétés comme Metalliance. 

J’ai acquis Novium, lorsque  le repreneur qui l’avait acheté à mon dirigeant de l’époque l’a revendu. Mes 8 chefs de service ont acquis 35% de la société. Ça a été ma meilleure initiative ! J’ai eu l’idée d’ouvrir mon capital, parce que mon ancien patron m’avait permis d’acquérir des parts de sa société. Ça avait boosté ma motivation. Eh bien, non seulement cela a boosté la motivation des chefs de services, mais aussi celle de tout le personnel ! Chaque salarié sait que son chef a les moyens de défendre son service. C’est l’esprit de partage. 

Et Mecateamcluster, quelle est son histoire ?

J’ai toujours voulu me rendre disponible pour saisir des occasions de collaborer. En particulier, j’avais de bonnes relations avec la communauté urbaine. En octobre 2009, elle m’a dit qu’il y avait un appel à projet concernant les clusters et m’a demandé s’il y avait quelque-chose à faire. 

J’ai pensé que nous avions un savoir-faire pertinent sur le territoire, celui des engins de mobilité. En effet, non seulement nous avons des constructeurs « d’engins qui bougent », mais nous avons aussi toute une sous-traitance spécialisée (tôlerie, hydraulique, électricité, etc.). En janvier 2011, naissait Mecateamcluster. Nous étions 6 fondateurs. Mais ce n’était pas simple. Ce n’est pas naturel pour un Français de collaborer ! Il pense : « pour vivre heureux, vivons caché » ! Alors, j’ai ouvert mon carnet d’adresses. Avec JC. Lagrange, de la communauté urbaine, nous avons rencontré la SNCF, que notre projet a séduite. Et cela parce que nous n’étions pas un syndicat, et que nous représentions toute une filière. Elle nous a encouragés à rencontrer les grands groupes du BTP. On était plein d’enthousiasme et l’idée a marché ! RFF est entré, SNCF a suivi, ainsi que tous les grands groupes, et tous mes concurrents… Nous avons 110 adhérents aujourd’hui.

Quels sont les sujets de travail actuels du cluster ?

Nous avons trois commissions. 

La première est le développement de marchés. Par exemple, nous avons un stand, partagé par 12 adhérents, à Innotrans à Berlin. Les petites entreprises y sont dans les mêmes conditions que les grandes. Et elles profitent du pouvoir d’attraction des grandes, Eifage ou autre Caterpilar ! C’est ainsi que l’on est visibles. 

Nous avons aussi des conventions d’affaires. Nous exposons nos engins tous les deux ans à Montceau les mines. C’est un gros succès. 

La seconde traite d’une question beaucoup plus complexe : l’innovation collaborative ! Comment faire travailler ensemble des Français ? J’ai eu l’idée de commencer par les problèmes qui faisaient mal à tous. A commencer par le coût de maintenance de nos engins. Puis, la sécurité. Le milieu ferroviaire est dangereux. C’est un sujet de préoccupation pour tout le monde. 

La troisième commission est celle de l’emploi, formation. Nous avons apporté du ferroviaire à des formations existantes. Bac pro, Bac+1, BTS electrotechnique, licence mécatronique. Ce sont des formations en alternance, avec un diplôme renforcé par des cours supplémentaires dans des sujets tels que l’hydraulique ou la sécurité. Ça a été un succès ! Nous avons formé 154 jeunes, dont 85% ont trouvé un emploi, en sortant de l’école !

Nous avons lancé deux projets industriels. D’abord, une plate-forme ferroviaire de maintenance d’engins de travaux. Un investissement de 18m€ pour lequel nous avons reçu 6m€ de subvention. Cela fait 3 ans que c’est ouvert, et c’est un succès. Ensuite, un centre de formation, avec voie école, bureaux, ateliers, salles de classes… c’est unique, et c’est ouvert à l’ensemble de la profession. 

Tout ceci peut se visiter virtuellement en allant sur notre site web. 

Comment voyez-vous la relance ? 

Nous sommes en plein dedans ! Pendant longtemps la SNCF n’a investi que dans les lignes à grande vitesse, les « lignes fines » n’étaient pas entretenues. Si bien que la SNCF devait ralentir ses trains pour maintenir la sécurité. Aujourd’hui, l’investissement sur les grandes lignes est à l’arrêt, l’Etat investit 30md€ sur dix ans, pour remettre les petites en état. Au même moment 9000km de ces lignes passent sous la responsabilité des régions. 

Comment diminuer les coûts ? Nous sommes dans une grande réflexion. Nous cherchons aussi des terrains d’expérimentations. 

Notre rôle, c’est de structurer, c’est la stratégie générale, puis de découper en lots, et de créer des sous-groupes. Quand le sujet est identifié, on informe les adhérents. Vient qui veut. On fait animer le travail du groupe par quelqu’un de l’extérieur. Au bout de deux réunions ne restent que les gens motivés… Nous informons l’ensemble des organisations de la filière, afin que le même sujet ne soit pas traité à deux endroits à la fois. Il faut informer pour fédérer !

Qu’est-ce qui fait le succès d’un cluster ? 

Le dynamisme ! Il faut une animation de qualité, des sujets qui ne soient pas « bateaux » et qui aillent au bout, il faut prouver, et de la qualité. Les gens ont peu de temps, mais ils participent parce qu’ils savent que ça va se concrétiser. On a réussi 80% de ce que l’on entreprend. Il faut un animateur professionnel et charismatique. C’est pour cela que nous faisons appel à des gens comme le professeur Berthelier. Quand on est entre nous, ça ne fonctionne jamais. Ce sont toujours les mêmes qui travaillent. Me voyez-vous relancer mes clients ? Il faut quelqu’un qui pilote. Un consultant extérieur, lui, peut se permettre de relancer.  

Il faut aussi informer, et particulièrement quand on n’a pas réussi ! 

Finalement, nous sommes devenus un cluster international. Nous avons 4 adhérents belges et un suisse. Nous ne sommes plus liés à un territoire, mais à un thème particulier, qui est un thème porteur. Et nous avons cassé la relation donneur d’ordre / sous traitant, qui fait que les adhérents PME des pôles de compétitivité dorment trop souvent. Notre cluster est managé par les PME, avec l’assentiment des grands groupes. Et cela parce que la PME est plus agile qu’un grand groupe ! Elle lui amène des idées ! Dans un cluster, la PME doit prendre le pouvoir !

Aller plus loin…

Lien site Novium : https://www.novium.fr/presentation/

Lien site Mecateamcluster : https://www.mecateamcluster.org/

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

Un avis sur « Dans un cluster, la PME doit prendre le pouvoir ! »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :