Pole S2E2 : les clusters doivent faire reconnaître leur excellence

En collaboration avec France Clusters, l’association des interpreneurs fait un « tour de France » des Clusters. 

« Dès les premières secousses économiques ressenties de la crise sanitaire covid fin 2019, les clusters d’entreprises et pôles de compétitivité se sont immédiatement mobilisés auprès de leurs adhérents et de leurs partenaires institutionnels pour partager, comprendre, recenser et réagir. Ils ont aidé leurs entreprises à saisir des opportunités parfois apportées par la pandémie elle-même et ont appuyé la construction de dispositifs de soutien inscrits au Plan de Relance. Ce Tour de France des clusters s’inscrit dans la préparation du Forum FILEX France 2021 actuellement préparé par France Clusters et programmé les 1 et 2 décembre 2021. Il se traduit par une série d’interviews de managers de clusters et de chefs d’entreprises impliqués dans leurs actions collectives. » (Xavier Roy, directeur général, France Cluster)

Il débouchera sur un rapport remis aux Institutions partenaires des clusters, territoriales, nationales et européennes.

Nous-nous entretenons avec Jérôme Finot, directeur du Pole S2E2, cluster des industries de l’énergie.             

Pourriez-vous nous présenter le cluster ?

C’est un réseau d’entreprises spécialisées dans l’énergie : électricité, gaz et hydrogène. Nous avons 225 membres. Nous sommes présents sur le grand Ouest (3 régions : Pays de Loire, Centre Val De Loire et Nouvelle Aquitaine). Notre spécialité est l’innovation technologique. Ce peut être une innovation portée individuellement, ou collectivement, par exemple une collaboration entre une entreprise et une université, ou entre plusieurs entreprises. Cette innovation doit obligatoirement avoir des retombées palpables et être un relai de croissance. 

Nos adhérents couvrent toute la chaîne de la valeur de l’énergie : producteurs (notamment d’énergie renouvelable), transport, distribution, stockage, consommation (sous l’angle de la performance énergétique – par exemple bâtiments, transports, médical…).

Par ailleurs on a beaucoup de spécialistes de l’électronique, qui est nécessaire au pilotage des systèmes énergétiques, mais peu du numérique. 

Nous faisons beaucoup de formations, techniques. Par exemple, la chaîne de conversion de l’hydrogène, le stockage de l’énergie… Mais aussi de la veille. Nous fournissons une information générique ou ciblée sur demande spécifique. 

Quelles ont été les principales étapes du développement du cluster ?

Le cluster a été créé en 2005, à partir de la Région Centre Val de Loire. On s’est alors demandé comment s’étendre. Devions nous acquérir d’autres spécialités ? Nous avons choisi de nous étendre géographiquement. Pays de Loire en 2011. Nouvelle Aquitaine en 2018 / 2019. 

En 2016 nous avons été agréés organisme de formation. Ce qui nous a apporté plus d’indépendance financière. 

Au niveau des thématiques Nous explorons aussi régulièrement de nouveaux domaines, avec plus ou moins de succès. La géothermie a été un échec. Les énergies marines renouvelables a été un semi-succès. Les pays de Loire sont bien placés pour l’éolien maritime. Seulement, les marchés ont été pris par de grandes sociétés étrangères. Et des entreprises comme General Electric ont déjà leurs sous-traitants. Nous étudions l’hydrogène, mais le marché de volume ne sera pas mûr avant 10 ans. D’autant que toutes les régions se sont saisies du sujet, ce qui fait que les moyens sont dispersés, alors que, au contraire, il faudrait les concentrer. Le vrai sujet est l’hydrogène vert. Le produire sans avoir recours à l’énergie non renouvelable. 

Actuellement, notre préoccupation est de réussir en Nouvelle Aquitaine. Il y a beaucoup de travail. Beaucoup d’entreprises à tirer vers le haut. 

Nous travaillons aussi sur le « gaz vert », qui amène les électriciens et gaziers à travailler ensemble. Par exemple, il va falloir que l’hydrogène soit transporté dans les réseaux de gaz.

Finalement, nous devons stabiliser l’équipe et recruter de bons profils. Il nous faut des personnes ayant suffisamment d’aptitudes à prospecter, échanger, et conseiller des patrons d’ETI ou de PME ou des directeurs de la RetD ou d’innovation de groupes. Nous avons des atouts. Nous travaillons sur des sujets passionnants comme la transition énergétique. Mais nous ne sommes pas connus. 

Que recherchent vos adhérents ? 

On désenclave nos adhérents. On leur apporte un dialogue entre pairs, des clients, de la veille, l’identification de signaux forts ou faibles sur leurs marchés, un réseau. Surtout, on les sensibilise, on stimule leur capacité à l’innovation. Sans nous, beaucoup n’innoveraient pas. Or, c’est le seul moyen de pérenniser un tissu de PME. Nous permettons aussi aux petits et aux gros de travailler ensemble. Les petits apportent aux gros la flexibilité qui leur manque, et les petits profitent de la stratégie et des commandes des gros. 

La formation marche aussi très bien, avec un haut niveau de satisfaction. A la fois les grandes et les petites entreprises nous disent que nous faisons monter en compétences leurs équipes.

Enfin, nous sommes un lien entre les politiques publiques et nos adhérents. L’administration est loin du terrain. 

En quoi êtes vous affectés par l’épidémie de coronavirus ?

Le coronavirus a eu peu d’effets directs. Ceux de nos adhérents qui ont été touchés sont ceux qui fournissent les systèmes électroniques, parce qu’un de leurs marchés est l’automobile et l’aéronautique. Ils ont été affectés par la baisse de la demande et par des difficultés d’approvisionnement en composants. La France a découvert qu’elle n’avait plus de capacités de production, et que les reconstituer ne se décrète pas à coup de politique publique dans des délais courts. 

Quant à l’énergie, nos adhérents sont dépendants d’EdF, d’Engie et de Total. Ces trois entreprises ont une excellence mondiale. Mais elles doivent réussir un virage difficile. Elles doivent se renouveler chacune dans leur domaine. Cela demande à l’ensemble des acteurs du secteur une grosse vigilance.  

France Clusters veut publier un « livre blanc de la contribution des clusters pour la relance économique 2022 » : quelles sont vos suggestions ?

Il faudrait lutter contre le mal français qui consiste à subventionner tout le monde, et sa conséquence c’est-à-dire ne plus pas avoir suffisamment de moyens pour ce qui est le plus stratégique. Par exemple, je travaille sur la feuille de route du solaire. Eh bien, il n’y a que sur quelques niches qu’il serait nécessaire d’investir en force (niches sur lesquelles notre pays a encore une carte à jouer). Et il faut penser en termes de filière. Par exemple, toujours dans le solaire, nous avons deux organismes de recherche excellents, mais aucune filière industrielle pour en tirer parti. De même pour l’éolien. On nous dit que ça créera de l’emploi. C’est vrai, mais à l’étranger. 

Notre handicap, ce sont les changements fréquents du politique. Il faut une vision, et de la continuité dans la décision. Sans cela l’argent est gaspillé. 

Comment voyez-vous votre cluster en 2030 ?

Nous devons évoluer vers le modèle des clusters allemands ou autrichiens. Ils génèrent des revenus, ce qui leur donne l’indépendance financière. Cela va de pair avec la professionnalisation de l’équipe, et change la relation à l’entreprise, qui paie pour la qualité du service rendu. 

Nous envisageons aussi de vendre des services, en particulier du conseil, aux collectivités. Nous avons un savoir-faire exceptionnel, et nous connaissons le terrain, les besoins des entreprises et les spécificités sectorielles. 

Nous pourrions atteindre 300 adhérents. Une centaine d’adhérents sur chacune de nos régions. Nous avons une grosse marge de progression sur la Nouvelle Aquitaine.

Enfin, il y a à gagner dans la collaboration avec d’autres clusters. Par exemple Aerospace Valley. L’avion de demain devra évoluer vers une consommation beaucoup plus décarbonée. Nous pouvons leur apporter beaucoup en la matière. Idem pour le naval. 

Qu’est-ce qui fait réussir un cluster ? 

C’est d’abord un noyau de gens motivés. 

Ensuite il faut être porté par des gros, comme Airbus, à Toulouse. Pour nous, c’est EdF, ENEDIS et ST Microelectronics. 

En revanche, il faut faire attention aux dérives. L’administration et la bureaucratie qu’elle peut véhiculer peuvent absorber votre temps. Participation à des réflexions, contribution à des feuilles de route, reporting, indicateurs, dossiers de demande de subvention… on ne s’occupe plus des entreprises, on perd le lien avec les adhérents. 

France Clusters veut faire des propositions au gouvernement « d’une voie nouvelle à engager à l’appui des clusters d’entreprises » : quelle contribution voulez-vous apporter ?

Nous devons faire connaître l’excellence de notre savoir-faire. L’Etat doit penser à nous pas uniquement pour l’administratif, mais aussi pour nos compétences, notamment pour évaluer des projets dans le cadre d’appels à projets qu’il lance, systématiser le recours aux clusters/pôles.

L’état a besoin d’une vision industrielle, qu’il décline en stratégie puis en plan d’actions opérationnel et ce dans la durée. Rien ne doit l’en écarter. La crise sanitaire, des masques aux vaccins, démontre de façon criante que la France n’est plus une puissance industrielle. L’Energie est encore un secteur où la France tient une position significative, et nous devons ne pas la gâcher comme nous avons commencé à le faire pour l’éolien ou le solaire avec des productions quasi exclusives « made in abroad ».

Commentaire de Xavier Roy, directeur de France Clusters

Le témoignage de Jérôme Finot est important et montre le cheminement parcouru par le pôle S2E2 en presque 20 ans. Tout en gardant l’ancrage territorial fort qui les a définis à l’origine (les pôles étaient « zonés » dans leur configuration initiale), ils ont cultivé une expertise thématique très pointue autour d’une technologie ou d’un produit/marché qui leur donne une posture de leader national et leur permet d’associer dans leur écosystème les forces productrices de plusieurs régions. Si l’innovation est toujours le moteur des clusters/pôles, elle est plus que jamais tournée vers sa mise en application sur des marchés à forte valeur ajoutée pour les entreprises associées. Cette approche a parfaitement croisé les préoccupations brutales qui ont récemment émergées en 2020 et 2021 où l’enjeu est de repenser les chaines de production produits, plus solides et pérennes. Le partenariat public/privé, entreprises/territoires est nécessaire dans la construction de ce nouveau monde économique et, comme le rappelle très justement Jérôme Finot dans cet interview, les clusters/pôles en sont une courroie de transmission indispensable.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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