Ce n’est pas seulement internet qui permet de connecter les hommes

Le numérique occupe toute la presse ? Toute ? Non, Bref Eco publie toujours un journal papier. Le Français, irréductible Gaulois ? Paradoxe supplémentaire en ce temps de « réseaux sociaux », son fonds de commerce est de connecter les entrepreneurs !

Dans notre série « la PME et le changement », une interview de Didier Durand, qui dirige ce journal économique d’Auvergne Rhône-Alpes. (https://www.brefeco.com)

Qu’est-ce qui vous a amené à diriger Bref Eco ? 

Le hasard. J’ai fait de la recherche à l‘université. J’ai un doctorat d’économie. Puis, je suis devenu journaliste économique, je  pense que c’est une vocation. En 2004, Bref Eco a déposé son bilan. J’étais son rédacteur en chef. J’ai participé alors à la constitution d’un tour de table, avec quelques associés. J’ai appris le métier de dirigeant sur le tas. Je n’ai jamais eu de formation de management. 

Mon travail, lui, n’a pas changé. Il faut voir les choses avant tout le monde, les comprendre et les expliquer à des gens qui ne les connaissent pas, faire le lien… c’est la définition d’un « media ».

Quelles sont les sources de revenus du titre ?

Pour environ 45 % les abonnements ; 35 % la publicité ; 15 % l’événementiel ; le reste en divers partenariats. 

Le numérique bouleverse la presse : comment parvenez-vous à tirer votre épingle du jeu ?

Je reste prudent. On vit une mutation extrêmement importante. On a pris des claques avec Internet. Il y a 20 ans, on a dit qu’il fallait y aller, on a investi 10 à 15 % du chiffre d’affaires. Cela n’a rien donné en terme de chiffre d’affaires. C’est d’ailleurs pour cela que l’on a dû déposer le bilan. 

On entendait « la presse papier, c’est fini ». Or, le papier existe toujours. Une grande partie de nos abonnés ne veulent pas lâcher le papier, même s’ils lisent aussi nos infos sur les écrans (smartphone, web). Et le papier a un gros avantage : c’est un très bon support publicitaire. Les annonceurs sont prêts à payer cher pour une page. On a toujours de la publicité. 

Il y a eu la période du tout gratuit. Mais le tout gratuit, c’est fini. L’information payante revient. Nous publions 50 à 60 informations par semaine. Il n’est pas rare que nos lecteurs y trouvent deux ou trois informations qui leur fassent décrocher une affaire. Nous sommes des connecteurs d’entrepreneurs ! 

L’information est une matière première pour nos abonnés. Elle sert dans leur business quotidien. Par exemple, nous avons de très fidèles lecteurs dans le monde de la construction et de l’immobilier. Quand un patron annonce qu’il va recruter 20 employés ou agrandir ses locaux, Pole Emploi, un conseil en RH ou une entreprise du BTP y voient un client potentiel ! Un organisme de formation aux langues me disait trouver 3 ou 4 clients par numéro : à chaque fois qu’une entreprise part à l’étranger ou est acquise par une société étrangère… il y a des gens à former ! Et lorsqu’une entreprise annonce s’implanter au Brésil, une autre la contacte en lui disant : « nous aussi nous voulons aller au Brésil, que pouvons-nous faire ensemble ? » Voilà pourquoi nous avons un taux de fidélité exceptionnel !

Notre activité événementielle, devenue stratégique, a démarré un peu par hasard. En 2006, un ami m’a suggéré de fêter les 40 ans de notre titre. On a fait une soirée innovation. 200 personnes sont venues. L’ambiance du cocktail était très chaleureuse. Quand j’ai débriefé avec les partenaires, ils m’ont dit être enchantés. Ils avaient rencontré beaucoup de monde et fait des affaires. Petit à petit la manifestation a grandi. Cela représente maintenant beaucoup de travail : appel à candidatures, jury de 10 personnes, vidéo des gagnants, location de la salle… 500 ou 600 invités. Le moment le plus important, c’est le cocktail ! On a même du mal à les faire partir ! Ils se sentent chez eux. Et ils sortent de l’événement avec le sentiment que la région a un niveau d’innovation très élevé. Et c’est vrai que l’on a des candidatures extraordinaires. Notre rôle, de connecteur d’entrepreneurs, c’est de les présenter les uns aux autres et de faire qu’ils se rencontrent et se connaissent. C’est fondamental. 

Comment voyez-vous votre métier ? 

Notre métier c’est de connecter les gens, et c’est la chasse !

Je reçois 150 mails par jour. Il y a un flot d’informations qui arrive continûment. Tout et n’importe quoi. Notre job, c’est de faire le tri. Mais notre force, c’est l’information fiable, pertinente et exclusive. Cela passe par des contacts, des cocktails, rester après les autres lors de conférence de presse, aller voir des patrons, aller sur une zone d’activité, pour repérer une entreprise qui bouge, et qui va intéresser nos lecteurs, etc.

Ce qui est important c’est la confiance. Les lecteurs savent que nous diffusons une information fiable. Et les dirigeants n’hésitent pas à nous accueillir. 

En quoi est-il important de connecter les gens ?

Sur le long terme, il y a des choses qui ne bougent pas. Il y a des questions que je traiterais de la même façon aujourd’hui qu’il y a trente ans. Prenons l’exemple de l’international. Il y a 15 ans, on parlait de « politique du kangourou ». Les grandes entreprises devaient aider les petits à l’international. Eh bien, c’est resté marginal. En France, il n’y a pas assez de coopération entre les acteurs économiques. Il y a 36000 communes, des millions d’entreprises, les gens ne se connaissent pas. Et c’est particulièrement vrai en Rhône-Alpes. Grenoble pense aux Etats-Unis et à l’Asie avant de regarder Lyon ! Quand Raymond Barre a été élu maire de Lyon, dans les années 1990, il avait voulu réunir les maires des grandes villes de la Région. Cela n’a pas duré longtemps. Et cette façon de se regarder en « chiens de faïence » n’a guère changé.

Quant à moi, je rencontre sans cesse des dirigeants. Ce n’est pas rare qu’ils découvrent ainsi qu’ils ont un partenaire potentiel à 40 ou 50km de chez eux. Voilà pourquoi il y a besoin de connecteurs, et que l’on ne les trouve pas seulement sur Internet !

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

Un avis sur « Ce n’est pas seulement internet qui permet de connecter les hommes »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :