Edouard Plus et l’énigme de la performance

L’entreprise française semble avoir de l’or entre les mains, pourquoi n’en profite-t-elle pas ? Entretien avec Edouard Plus, de Paris&co. 

Il dirige plusieurs accélérateurs, mais nous parlerons ici uniquement de Le SWAVE, celui par rapport auquel il a la plus longue expérience. (https://swave.parisandco.paris)

Comment en êtes-vous arrivé à diriger un accélérateur ? 

Je suis un analyste financier pur. En 2013, j’ai co créé une société, que j’ai revendue en 2019  à la Bourse de Londres. En 2017, Paris&co m’a proposé de monter un accélérateur fintech. J’ai voulu donner aux entreprises ce que j’aurais aimé avoir quand je lançais mon entreprise !

Comment cela a-t-il commencé ? 

Comme un pitch à l’américaine ! Je devais convaincre des entreprises, avec deux diapositives ! Je n’avais rien. Je suis toujours très reconnaissant à ceux qui m’ont fait confiance, j’en suis resté très proche !

Le SWAVE ?

C’est une communauté. C’est dix ou vingt projets par an. Entre six et sept ETP, 35 entreprises qui restent en moyenne deux ans. 70 projets depuis sa création. On travaille actuellement à étendre le programme au delà de 3 ans. Et c’est aussi des entreprises telles que la Société Générale ou la Matmut et des services de l’Etat (Bercy, le département et la préfecture des hauts de Seine…), des universités telles que Dauphine et des associations comme L’Institut Louis Bachelier.

Et cela marche-t-il ? 

Lorsque j’ai lancé mon entreprise, en 2013, le taux de survie à 1 an d’une start up était de 5%, et à 3 ans, il n’y avait un retour sur investissement que dans 2% des cas. Nous avons un taux de survie de 81% à 5 ans ! 

Trois exemples, parmi d’autres :

  • DESCARTES UNDERWRITING (modélisation des risques climatiques). En 2019, c’était quelques slides, aujourd’hui, c’est beaucoup de contrats, 40 personnes, et une levée de fonds de 15m€. C’est une machine de guerre. Sa vitesse de déploiement est étonnante. 
  • ZELROS (conseiller augmenté par l’intelligence artificielle, pour compagnie d’assurance). Quand je les ai rencontrés, ils étaient dix ou douze développeurs. Ils ressemblaient à une équipe de foot dans laquelle il y aurait un gardien de but et que des attaquants ! Et pourtant ils sont sur une trajectoire solide. C’est très costaud. 
  • JENJI (gestion de notes de frais). Pourquoi Jenji ? Parce que Gengis Kahn (Jenji scanne) ! Ils ont l’Assemblée nationale comme client. Leur solution est tellement bien qu’on l’a prise pour nous-mêmes ! Ils ont opté pour une stratégie originale. Ils ont fait le choix de lever des fonds le plus tard possible. Ils viennent de lever 6 ou 8m€.

On dit que la start up française parvient rarement à franchir le seuil du million d’euros de chiffre d’affaires. Qu’en pensez-vous ?

L’ensemble de l’écosystème français a un CA moyen de 300K€, chez nous, aujourd’hui, c’est 1m€ à l’entrée. C’est comme au judo, on commence à faire du judo, quand on est ceinture noire !

Il y a deux phases à l’entrepreneuriat. Le seed, qui est très compliqué parce qu’on fait tout soi-même, qu’il est difficile en France de trouver des fonds qui se lancent à ce stade de développement. Et le post-série A, qui commence à 1 m€. Maintenant, il faut structurer les équipes, structurer les projets… Cela demande une vraie capacité de dirigeant-bâtisseur, quelqu’un comme Cyril Chiche, le fondateur de LYDIA (paiement sur Internet). 

En France nous aimons les idées, et les fonds investissent dans des idées. Nous, nous sélectionnons des talents. Ce n’est pas grave qu’un bon dirigeant ait une mauvaise idée ! Il finira toujours par trouver la bonne. 

Que pensez-vous de la culture entrepreneuriale française ? 

Nous faisons preuve d’une sorte d’angélisme par rapport à l’entrepreneuriat. Cela vient de notre enseignement. On apprend la seconde guerre mondiale de long en large, mais rien sur les fondamentaux du droit, des contrats, ou autres. La plupart des entrepreneurs qui débutent n’ont aucune idée de notions vitales telles que « le coût d’acquisition d’un client » !

Je donne des cours à l’université sur comment passer de l’idée au business plan. Mais, il y a un manque de formation continue. Je crois aussi beaucoup à l’association entre talents complémentaires !

Quel est votre rôle dans l’incubateur SWAZE ?

Créer une communauté. Les entreprises françaises collaborent peu entre elles. Quel gâchis ! C’est une gageure de les faire travailler ensemble. 

Il faut définir les règles du jeu au départ. En particulier, il faut choisir les entreprises en fonction de leur capacité à collaborer. Ce qui m’a amené à refuser des partenaires importants qui voulaient financer l’accélérateur, essentiellement pour des raisons de communication. Faire de tels choix n’est pas simple, cela a un coût !

Je suis traducteur, interprète ! Mon job, c’est de faire un diagnostic des besoins. Je rencontre les directions de l’innovation et les directions métiers. Je leur demande de ne pas me parler de solution, mais de problèmes. Ensuite, il faut que j’aille du côté des start up, pour trouver des réponses à ces problèmes. 

Récemment, j’ai fait collaborer un grand groupe qui avait un problème de gestion de stocks avec une start up spécialiste de la fraude à l’identité ! Qui aurait pu imaginer qu’un spécialiste de la fraude pouvait résoudre un problème de gestion de stock ? C’est à cela que doit servir un incubateur !

Mais aussi, je fais accoucher les entreprises, je suis un maïeuticien. S’il le faut, je peux remettre en cause leurs produits, leur dire « ça ne va pas »… C’est possible parce que les gens ont confiance. Ils savent que je suis à but non lucratif. Je n’ai pas de conflit d’intérêt. Je suis un tiers de confiance, je suis là pour résoudre leurs problèmes.

Avez-vous des préoccupations, malgré tout ?

La trop grande homogénéité du monde de la finance. La force vient du mélange des savoir-faire. L’entreprise a besoin d’une hétérogénéité des profils, des expériences, des compétences, des âges, etc. Dans mon entreprise, mes associés étaient beaucoup plus âgés que moi, et cela a été bénéfique ! Ce n’est pas sain que l’argent aille toujours aux mêmes ou qu’il n’y ait pas de femme parmi nos entrepreneurs. Voilà des sujets sur lesquels je travaille !

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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