Coiffure : un métier qui se réinvente ?

La coiffure a un poids économique que l’on sous-estime. C’est le second secteur le plus important de l’artisanat après le BTP. Il a longtemps eu un rayonnement international considérable. Mais, aussi, il joue un rôle critique pour l’industrie du capillaire.

Un entretien avec Anne-Claire Hervet, journaliste spécialisée. 

La coiffure en quelques chiffres ? 

85.000 établissements (53,2 % d’entre eux n’ont pas de salarié), 180.000 actifs, six milliards de chiffre d’affaires annuel, mais seulement 76.000 euros de chiffre d’affaires par établissement. Le chiffre d’affaires par salon est faible et l’âge moyen des entreprises est de 10,5 ans et 16,5 % ont moins de deux ans.

Mais, la coiffure c’est aussi un million de clients par jour et 77,5 % des Françaises fréquentent un salon de coiffure sur l’année.

Quelles ont été les évolutions de la profession ces dernières décennies ?

Globalement, il y a un maintien des effectifs (féminins à 89 %). C’est un métier dans lequel il y a création plutôt que reprise d’activité, ce que l’on peut regretter. Bien que cela puisse changer avec l’épidémie qui a mis en faillite beaucoup de salons. 

Au début des années 70, la France a connu un phénomène unique en Europe de création de franchises. Actuellement, celles-ci se portent moins bien et sont en net recul même si elles représentent environ 25 % du CA du secteur. Quant aux indépendants, ils composent près de 90 % du nombre d’établissements. Il y a un engouement pour les salons d’appartement où l’on vient se faire chouchouter dans un décor intimiste ou encore la démocratisation des salons de beauté globale qui concentrent en un même lieu coiffure, soins esthétiques et spa. La grande dynamique est en grande partie portée par l’explosion des coiffeurs à domicile, depuis vingt ans. Le secteur compte, aujourd’hui, 22.153 activités, représentant ainsi 26 % du secteur.

Par ailleurs, la fréquentation est en baisse. En moyenne le nombre de visites des clientes est passé de 8 à 9, il y a quelques années, à 4,5 aujourd’hui, et la « fiche moyenne » femme est en légère baisse. Il faut savoir tout de même que près de 61 % des Françaises se sont coloré les cheveux dans l’année (tous circuits confondus) et 43 % en salon. En tête du palmarès des nouveaux services proposés aux clients ont trouve les services barbiers et la coloration végétale.

Enfin, la problématique de la profession reste la formation. La coiffure est le deuxième secteur formant le plus d’apprentis. Oui, mais voilà, les CFA ont perdu 28 % de leurs effectifs en formation en 10 ans. Idem pour la voie scolaire qui ne fait plus rêver les jeunes : perte de 39 % d’élèves en formation. Conséquence : les managers ont du mal à trouver des apprentis pour transmettre le geste, le métier. Les jeunes ne sont plus attirés par la profession. Les salaires sont trop faibles (les coiffeurs sont parmi les salariés les moins bien payés de France), et il y a un problème d’image, ce n’est pas flatteur. Il n’y a presque plus de shows artistiques qui créaient des vocations. De plus le turnover est très élevé. La maîtrise technique ne suffit plus pour être un excellent coiffeur. 

La formation initiale, L’Oréal Professionnel y croit ! Elle a lancé, il y a tout juste un an, Real Campus à Paris, une école ouverte à tous : pour passionnés issus de la filière professionnelle et généraliste. Une nouvelle passerelle de l’apprentissage, en quelque sorte, pour acquérir le premier Bachelor coiffure & entrepreneuriat !

La formation continue n’a pas plus de succès, les coiffeurs ne prenant pas le temps nécessaire. Un peu logique lorsque l’on sait que 53,2 % d’entre eux n’ont pas de salarié. Le e-learning va peut-être dynamiser leur connaissance et apprentissage.

Finalement, la profession est assez éclatée. Il y a peu de solidarité entre coiffeurs en salon et à domicile. En particulier, les deux syndicats professionnels sont faibles et perdent des adhérents. 

Quelles sont les caractéristiques des patrons coiffeurs ? 

Dans la coiffure, on peut être un très jeune chef d’entreprise, à vingt ans ou même avant. Fougueux et passionné, le coiffeur a envie de créer. C’est avant tout un artiste. Mais le dirigeant se rend vite compte qu’il doit combiner une double casquette d’artisan et de gestionnaire. Cette carence de la formation initiale, très axée sur les techniques de coiffure, explique en partie la défaillance de nombreux salons. Il va falloir susciter davantage des vocations d’entrepreneur : apprendre à faire un business plan, des tableaux de bord, recruter, fidéliser, appliquer les bons tarifs ou encore à appuyer sur les leviers pour développer le chiffre d’affaires du patron coiffeur.

Quelles sont les tendances de la profession ?

Depuis quelques temps, tous les signaux sont passés au vert. À en croire les initiatives et les projets, le respect de la planète est bel et bien arrivé au cœur des préoccupations… des coiffeurs. La clean beauty a le vent en poupe, le végétal poursuit sa révolution et les salons s’affichent éco-responsables. Les innovations produits ? La coloration végétale prend des parts de marché sur le chimique et les soins et shampooings se dotent d’ingrédients sans paraben, sans silicone, ni PEG. C’est une tendance que les grands de la cosmétique n’ont pas anticipée. Laissant ainsi la place à des marques plus petites mais influentes.

Côté coiffures, le souffle du naturel vient décoiffer les chevelures. Les cheveux longs sont adulés par les femmes depuis plusieurs années. C’est pourquoi, les techniques de coupe n’évoluent plus. le coiffeur coupeur a perdu de sa superbe. On est loin des génies comme Bruno Pittini, Jean-Louis David, Camille Albane ou encore Jean-Louis Desforges. La créativité est partie à l’Est, en Asie, en Russie. En Europe, l’Angleterre tire toujours son épingle du jeu. Beaucoup de coiffeurs français n’hésitent pas à travailler dans le pays pour prendre le pouls artistique anglo-saxon. L’Espagne aussi est dynamique. 

Quant à la France, la créativité n’est plus artistique, mais « business ». La génération des 25 ans a tout compris, elle avance bien. Elle démocratise l’accès à la coiffure, se fait connaître par les réseaux sociaux, communique davantage avec la clientèle, sait actionner les bons leviers en  opérations marketing. D’ailleurs, la pandémie a eu un effet très positif. Le coiffeur a su se réinventer grâce à des supports numériques. La prise de rendez-vous en ligne ou le prépaiement se démocratisent. Pendant le confinement, il a fait du click and collect, pour la vente de ses produits. Il a suivi de nombreuses formations en ligne et sauté à pieds joints dans la stratégie et dans les actions de marketing. Certains coiffeurs ont même sollicité des coachs pour préparer 2021. Cela peut paraître drôle mais un coiffeur se définit avant tout comme un artisan, un artiste et non pas comme un chef-d’entreprise.

La relation avec le client est au cœur du métier. C’est cette relation qui fait qu’ils s’en sortent toujours. Les clients sont très attachés à leur coiffeur. Il efface le vague à l’âme, devient leur confident. C’est ce que l’on a vu après le premier déconfinement. Les clientes se sont précipitées chez leur coiffeur. Cet aspect psychologique de bien-être pourrait être la tendance d’avenir. Les salons qui ont du succès font du cocooning, développent des prestations douillettes, recoiffent le  moral de ces dames. Pour cette même raison, les coiffeurs sont « très réseaux sociaux ». Tout passe par là. La notoriété se fait sur la Toile. Sans eux, beaucoup seraient morts.  Ils deviennent des « influenceurs », ils échangent avec leurs clientes, produisent des « tuto », etc. La cliente est devenue une amie. Avec la pandémie, le coiffeur a pris conscience de son potentiel économique et social.

Comment voyez-vous l’avenir ? 

Les franchises et les salons positionnés sur le moyen de gamme peinent grandement à se développer. Le haut de gamme avec des prestations pointues vont jouer davantage la carte de l’intimité pour offrir un moment d’exception. Il demeurera tout de même, une offre bas de gamme. Le digital va jouer un rôle pivot. Des outils facilitent la vie des professionnels, du logiciel tout en un (avec caisse certifiée NF525) pour assurer la gestion du salon, à la plateforme pour recruter de nouveaux clients, fidéliser et vendre produits et accessoires. Avec les confinements, beaucoup ont profité pour mettre en place une boutique en ligne. Et le succès est au rendez-vous. Citons, l’exemple d’Océane Avakian, à la tête d’un salon à Lyon. Avec son mari, ils gèrent de main de maître, leur plate-forme de commerce électronique et la demande. 

Autres phénomènes ? Les visioconsultations, les protocoles et les diagnostics payants qui se professionnalisent. Les formations en ligne emboîtent aussi le pas.  Enfin, pour mieux répondre à la demande de la clientèle (personnalisation des prestations et produits plus green), plusieurs coiffeurs de renom – souvent parisiens – ont développé leur propre marque capillaire. Formulations plus poussées, packagings malins et intuitifs, ingrédients éco-responsables… La clientèle est séduite, achète au salon ou sur la Toile grâce à leur plate-forme. Quand les produits ont du succès, la grande distribution, Galeries Lafayette, Sephora, Le Bon Marché ou les sites de beauté sélectifs (Oh My Cream… ) prennent le relai. 

Le vert, couleur de l’espoir ? Oui. Les coiffeurs font des choix et des gestes responsables. Car aujourd’hui plus moyen de faire l’autruche, ce sont les clients qui les mettent face à leur responsabilité et leur demandent des comptes. Les salons s’adaptent à merveille à la mutation de la consommation.

Enfin, pour attirer les jeunes dans cette filière, l’enseignement devrait davantage promouvoir la créativité par un réseau d’excellence. Un tel projet permettrait de redresser l’aura de la coiffure en France et d’accompagner sa diffusion planétaire. 

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

3 commentaires sur « Coiffure : un métier qui se réinvente ? »

  1. Il parait aussi que le coiffeur est un « luxe » qui a résisté à bien des périodes difficiles comme celle de l’URSS : comme les gens ne pouvaient pas acheter des produits étrangers, ils (elles) se faisaient plaisir en allant chez le coiffeur.

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  2. Il pourrait aussi avoir résisté à Internet. Par certains côtés, et paradoxalement, Internet est un fléau bien plus terrible que ce que l’on avait connu jusque-là.
    Apparemment, les industriels de la cosmétique ont voulu se passer du coiffeur et établir une relation directe avec le client : après tout, on n’est pas forcé de se faire couper les cheveux (et on peut se raser la tête !).
    Mais il est possible que la raison d’être du coiffeur ne soit ni le produit cosmétique, ni la coupe, mais le lien social ! Ce qui est vital.

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