La responsabilité sociale est au cœur de notre raison d’être

Un entretien avec Bernard Guez, Président Ile de France du Réseau Entreprendre depuis avril 2020. 

Qu’est-ce que le Réseau Entreprendre ? 

Réseau Entreprendre a été fondé par André Mulliez il y a 35 ans. André Mulliez devait restructurer Phildar. Licencier, pour lui, fut un drame. C’est alors qu’il a eu l’idée du Réseau Entreprendre : mobiliser les entrepreneurs pour aider à créer et faire grandir des entreprises pour créer de l’emploi. 

Réseau Entreprendre a commencé dans le nord. Sa mission est d’accompagner l’entrepreneur sur une période longue. 

Aujourd’hui, il y a 80 implantations en France, 14 000 membres dans 10 pays, généralement des patrons d’entreprise, dont 10.000 en France. Les membres cotisent pour payer les salaires des permanents. En France l’association sélectionne 1300 lauréats nouveaux par an, créateurs ou repreneurs d’entreprises, qu’elle accompagne pendant une durée de deux à trois ans.

L’accompagnement se fait en individuel par des rencontres périodiques entre un membre, « l’accompagnateur » et le ou les lauréats (si le projet est porté par plusieurs associés).

En outre les clubs de lauréats se réunissent tous les mois, pour des séances de brainstorm collectifs.

Longtemps, la marque de fabrique du Réseau a été le prêt d’honneur, de 20 à 60.000€ en général, fait à une personne, non à son entreprise. Aujourd’hui, le financement étant devenu plus aisé, c’est surtout l’accompagnement qui est la force du Réseau. 

Le recrutement se fait en plusieurs étapes. D’abord, les candidats présentent leur projet à des membres qui instruisent le dossier. C’est un processus très riche et intéressant. Puis ils passent devant un comité d’engagement, différent de l’équipe d’instruction. 

Après deux ou trois ans d’accompagnement, les lauréats se dotent en général d’une gouvernance. 

Percevez-vous des évolutions dans les aspirations de vos lauréats ? 

Oui : la volonté entrepreneuriale est en bouillonnement depuis quelques années.  Il est maintenant devenu presque la règle, pour une personne qui réussit ses études, d’envisager l’entrepreneuriat. 

Et la jeune génération est très consciente de ses responsabilités, du moins pour ce que nous en voyons au travers des candidats qui nous approchent. 

Il y a une forte recherche de sens, de long terme, un éloignement de la financiarisation. Beaucoup de projets s’inscrivent dans une recherche de sens. 

Et un nombre significatif ont pour objectif principal de contribuer au bien commun. La propriété intellectuelle, les barrières à l’entrée, la concurrence…, dans ces cas-là, ce sont des notions qui n’ont plus cours : leur projet est de faire bouger le monde, et plus d’acteurs y contribuent, plus le changement est puissant.

Notre premier critère de sélection reste la création d’emplois, mais nous intégrons désormais l’impact que l’entreprise aura sur la société. 

Et nous avons inscrit la responsabilité sociale au cœur de notre raison d’être. 

Comment voyez-vous l’entreprise française et la situation économique actuelle ?

Il y a une évolution forte vers l’émergence de projets collectifs : à Paris, et c’est une tendance récente, 3 projets sur 4 qui nous sont soumis sont portés non par une personne seule mais par plusieurs associés.

Ce qui nous amène à faire évoluer nos méthodes d’accompagnement, car, malgré l’apport très positif de cette évolution, un facteur d’échec significatif vient désormais d’associés qui ne parviennent pas à travailler ensemble. 

Mais, de façon plus générale, l’individualisme des entrepreneurs français « traditionnels » reste encore un blocage. Dans le nord de l’Italie, et depuis longtemps, des entreprises co-investissent dans un outil de production, par exemple. Ce serait difficile à imaginer chez nous. 

De même les dirigeants, qui ne peuvent pas facilement partager leurs doutes avec leurs salariés, ne savent pas suffisamment s’ouvrir à l’apport de conseils externes ni mettre en place une gouvernance élargie. 

Il faut multiplier les initiatives pour vaincre ces réticences qui sont autant de freins à la croissance.

À l’exemple de tissus territoriaux comme la Vendée qui ont un comportement collectif : les entreprises vendéennes donnent un formidable exemple de dynamisme entrepreneurial. 

Autre exemple : un chargé d’affaires du Réseau Entreprendre à Paris, Ludovic Girodon, a écrit un manuel : « Dream Team ». C’est le résultat d’une démarche collective. Il y a eu 400 contributeurs dont la seule motivation était le plaisir de transmettre leur expérience du management d’équipes. Il y a une vraie émergence du collectif.

Une conséquence du manque d’ouverture des TPE/PME françaises est notre difficulté à nous projeter dans l’avenir. Par exemple, à l’inverse de l’Allemagne ou des pays anglo-saxons, le marché du conseil en stratégie n’a pas pu se développer auprès des PME françaises. C’est une des causes de notre manque d’ETI : nos PME ne se donnent pas assez les moyens de se projeter et de grandir.

Finalement, les structures de l’Etat sont préoccupantes par leur difficulté à se réformer sans laisser perdurer des structures anciennes et devenues inadaptées au côté des dispositifs nouveaux. On trouve des gens formidables, mais ils ont du mal à y survivre. La réforme des Régions n’a le plus souvent supprimé aucune structure, mais, au contraire, en a créé d’autres. Et les exécutifs dans les métropoles régionales peuvent être perçus comme auto-alimentés et aussi loin des villes secondaires que Paris !

La crise sanitaire montre pour tous le besoin d’agilité : nous constatons que nos lauréats s’en sortent quelquefois mieux que certains de nos membres ! 

Il y a de grandes différences d’impact qui, à l’inverse des crises précédentes, ne reflètent pas la valeur intrinsèque de l’entreprise. Il faut s’interroger sur la capacité à aider les entreprises bien menées qui se trouvent dans le mauvais secteur conjoncturellement, afin qu’elles puissent survivre grâce à du « capital patient » jusqu’à un retour à la normale.  Je pense en particulier aux quasi-fonds propres, comme les obligations convertibles. 

La crise va changer beaucoup de choses. Le modèle de l’Etat français doit évoluer. Il faut inverser la logique de dispositifs conçus par l’Etat et déclinés par les acteurs privés ou associatifs. La puissance publique se rend mieux compte qu’elle a besoin du privé. L’initiative doit aussi venir de là, et l’Etat doit la soutenir. Par exemple, en ce qui concerne la question des quasi-fonds propres, les acteurs économiques peuvent être force de proposition. 

Ma conviction est que nous sommes dans une période de réinventions profondes.

Comment voyez-vous l’avenir de l’association Réseau Entreprendre ? 

Nous avons un gros déficit de notoriété ; notre fédération travaille à mieux faire connaître notre engagement et notre capacité d’action, mais c’est un long chemin.

En outre nous avons du mal à « faire communauté » avec les associations qui se battent pour une même cause : nous nous voyons parfois comme des concurrentes, alors que nous devrions combiner nos forces. C’est une question que nous devons résoudre pour augmenter notre « puissance de feu » collective au service de l’entrepreneuriat, de l’emploi et du bien commun.

Un autre problème est que nous sommes, peut-être, trop sélectifs. A Paris, nous retenons 60 lauréats sur 300 à 400 dossiers. La raison en est qu’il nous manque des membres pour accompagner un plus grand nombre de candidats.

Nous devons mieux nous faire connaître, prendre toute notre place sur les enjeux sociétaux, nous ouvrir vers de nouveaux publics et de nouveaux partenaires. 

Pourquoi vous êtes-vous engagé dans le Réseau entreprendre ?

Cela fait 13 à 14 ans que je suis membre de Réseau Entreprendre. J’ai travaillé pendant 20 ans dans de grands groupes avant de me consacrer à la reprise et à la création d’entreprises dans l’univers des PME, par goût de la proximité avec les équipes. Cela m’a naturellement mené, grâce à des rencontres, à entrer dans ce réseau d’entrepreneurs au service d’autres entrepreneurs. 

Pourquoi ai-je « rempilé », alors que j’ai beaucoup de curiosités mal assouvies par ailleurs ? 

Parce que je pouvais peut-être contribuer positivement au mouvement profond de transformation de nos sociétés, dans lequel les PME et TPE ont un rôle de premier plan à jouer. Tout a besoin de se réinventer, nos schémas sont périmés.

Le Réseau Entreprendre cherche à diffuser les comportements les plus responsables pour le monde de demain ; parce qu’il est le plus important réseau d’entrepreneurs engagés de France, il lui revient de se mobiliser pour cela et de mobiliser autour de lui. 

Comment disséminer la capacité à agir en entrepreneur, le sens des responsabilités sociales ? Le Réseau est le fer de lance de ce combat. C’est une forte motivation à agir.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

Un avis sur « La responsabilité sociale est au cœur de notre raison d’être »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :