Il doit y avoir une gouvernance partagée avec les entreprises !

L’épidémie met l’économie à rude épreuve. Que pourrait faire pour elle « l’écosystème d’aide » de l’entreprise, qu’il soit public ou privé ? Et quel est-il ? 

Voilà la question que nous avons posée à Jean-Pierre Dayras, qui a fait toute une carrière de dirigeant de collectivité territoriale, 30 ans en Région Parisienne et 15 ans en province, notamment comme directeur général de Montreuil, de Plaine-commune, la plus grosse intercommunalité d’Ile de France et du conseil départemental de l’Allier ; il a également exercé ces fonctions de dirigeant territorial en Vendée.

En quoi consiste ce que j’appelle « l’écosystème d’aide à l’entreprise » ?

Je considère qu’il y a trois types d’aides : 

  • Les aides financières qui sont souvent complexes et nécessitent une ingénierie financière relativement pointue.
  • Les aides foncières et immobilières qui couvrent une large palette technique.
  • L’accompagnement des entreprises au quotidien en vue d’une meilleure insertion dans l’éco-système territorial et d’un développement harmonieux.

Il y a eu de grandes évolutions depuis 2014, 2015 avec la réforme territoriale qui a fusionné certaines régions en France métropolitaine et a attribué des compétences exclusives à chaque niveau de collectivité. Les régions ont désormais l’exclusivité de la compétence économique. Elles sont autonomes. Elles décident en matière de politiques économiques, que ce soit l’agriculture, l’agroalimentaire, l’industrie, les services, l’innovation, les PME et les TPE, etc… Il y a 13 régions, et 13 politiques différentes, ainsi que 13 organisations différentes.

Elles gèrent aussi les fonds européens et participent en ce moment à la définition même de ces fonds pour la période de programmation 2021/2026 (FEDER, FSE…). Les règles communautaires veulent que la concurrence ne soit pas faussée par les aides publiques. Ce qui est une limite. Les aides financières doivent donc se concevoir dans le cadre des règles européennes. 

L’Etat a encore lui-même une compétence nationale en matière économique avec des fonds d’orientation dédiés, comme le Programme des Investissements d’Avenir (PIA). Les régions contractualisent avec l’Etat pour mettre en œuvre régionalement ces grands programmes et aujourd’hui le Plan de Relance.

Il y a beaucoup de types d’aides (subventions, avances remboursables, prêts…) en fonction du type de besoin (trésorerie, fonds propres, projets de création ou de développement…). En outre, il y a des particularités régionales. On peut se renseigner en accédant au site de chaque région .   

Il y a aussi les aides foncières et immobilières. Elles sont généralement portées par les intercommunalités. Elles consistent en la mise à disposition de terrains plus ou moins aménagés, de zones d’activités équipées, de locaux dédiés ou « en blanc ». L’apport des réseaux numériques à très haut débit (fibre optique, 4G+) est désormais essentiel particulièrement dans les territoires ruraux et les petites et moyennes villes afin de s’affranchir des distances ou de la topographie.

Les intercommunalités qui couvrent un bassin de vie ont aussi une compétence économique. Pour une PME, c’est à elles qu’il faut penser en premier. Elles ont souvent un rôle d’ensemblier et les maires ou le président sont les premiers interlocuteurs des entreprises qui souhaitent s’implanter ou se développer .

Les communautés de communes ou d’agglomération (qui ont plus de moyens) peuvent organiser un accompagnement de proximité des entreprises. Elles peuvent faciliter leur installation, celle des familles de leurs employés, elles peuvent impulser la création de clubs de DRH d’entreprise, faire de la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) de territoire, travailler sur des filières, dégager des besoins de formation, assurer l’employabilité des bénéficiaires du RSA, etc. Il est très important que l’entreprise soit en lien avec son bassin de vie. L’environnement est capital. 

Cela ouvre de grandes possibilités : on peut s’installer en Creuse, où le foncier est gratuit, et travailler avec la Chine !

A côté de cela, il y a un très grand nombre de structures publiques et privées qui participent au soutien économique. Il y a les CCI régionales, avec leurs antennes départementales, les préfets, les nouveaux sous-préfets à la relance, qui vont coordonner les financements et coordonner le plan de relance. Il y a la Banque de France, qui a un très grand réseau, et qui détecte très tôt les entreprises en difficulté. Il y a les services des régions, avec une agence de développement régionale, et, souvent, des antennes locales. 

Il existe aussi des zones de revitalisation rurale et des zones franches urbaines, qui présentent des avantages fiscaux. 

Cependant, la réforme a introduit une difficulté. Les départements avaient des agences, qui savaient coordonner toutes les aides publiques en faveur d’une entreprise avec l’atout de la proximité qui confère une meilleure connaissance et l’assurance d’un suivi de qualité. Quelquefois certains départements ont conservé des agences, aujourd’hui dénommées « d’attractivité », qui ont encore ce rôle. Ailleurs, il faut trouver un interlocuteur, un point d’entrée : le sous-préfet, la Banque de France, la Région, l’intercommunalité, etc. 

Il y a aussi l’aide privée. Par exemple toutes les grandes entreprises ont des fondations. J’ai travaillé, notamment, avec une fondation qui finançait des créations de TPE et de PME dans des zones sensibles. Son critère de décision était le nombre d’emplois créés (Impact Partenaires).

La Caisse des Dépôts qui est le banquier de l’Etat développe des programmes de soutien à l’économie et peut envisager des prises de participation.

Les financements participatifs sont aussi une nouvelle forme de financement.

Qu’est-ce qui est le plus efficace, pour développer l’économie locale ?

Les clubs d’entreprises sont très importants. Ainsi que les dispositifs de filière, les comités stratégiques de développement… Le chef d’entreprise ne doit pas rester seul. Beaucoup de dirigeants ont une carence d’anticipation. Ils ne travaillent pas suffisamment leurs évolutions à 3 à 5 ans, celles qui demandent des changements de process. J’ai beaucoup accompagné d’entreprises. Je me souviens, par exemple, d’une fonderie sous-traitant d’un grand constructeur automobile, qui connaissait des difficultés. Le chef d’entreprise, proche de la retraite, envisageait une baisse d’activité. On lui a montré qu’il devait se diversifier et faire évoluer son process de fondeur. Il a fabriqué du mobilier urbain ! Un gros succès, avec création d’emplois. Dans un autre cas, moins heureux, on a mis en relation une start-up d’E-commerce, qui vend du matériel de pêche, avec une entreprise de logistique. Il y avait des synergies et un potentiel évidents. Mais l’entreprise de logistique ne l’a pas compris. La start-up a connu un gros succès, mais pas le logisticien… Autre exemple, j’ai fait se rencontrer le dirigeant d’une implantation industrielle de PSA et une start-up en technologie des objets connectés, distants de 30km et qui ne se connaissaient pas. Il en est résulté un projet commun qui n’aurait probablement pas vu le jour sans cela.

Je suis favorable à une gouvernance du territoire partagée avec les entreprises. L’entreprise c’est la vie économique de la nation !… et de chaque territoire ! C’est ce que j’ai connu à Plaine-Commune, qui représente un tiers de la Seine Saint Denis, 400.000 habitants et 130.000 emplois… L’association de chefs d’entreprises présidée par un chef d’entreprise locale et soutenue par la communauté d’agglomération réunissait 250 entreprises. C’était un lieu de dialogue, un lieu d’élaboration de stratégie économique territoriale. On y a fait beaucoup d’innovations. Les élus sont en général extrêmement soucieux du développement économique de leur territoire et leurs agents de développement doivent bien connaître le milieu des entreprises et si possible en être issus, ils doivent être eux-mêmes des développeurs ! Les dirigeants des entreprises ont quant à eux peu de temps, il faut être très organisé pour faire vivre ces instances de dialogue et de co-construction, bien préparer, et choisir des horaires propices, être pragmatiques et concrets .. 

Un cas d’école est la Vendée. C’est un département de 600.000 habitants, qui ont une culture de  l’entrepreneuriat. Les jeunes y créent facilement des entreprises. Les pouvoirs publics en ont tiré profit, en créant des « Vendéopoles », des pôles d’activité d’envergure départementale. Ils sont situés à des endroits stratégiques du département, équipés de fibre optique et de puissants réseaux de communication, avec une gestion intégrée et une communication nationale, voire internationale. On y trouve de très nombreuses PME dans des secteurs industriels diversifiés (construction de bateaux de plaisance, de locaux modulables, de cuisines, de constructions métalliques… quelques-fois en étant très innovants). Il y a eu unité des institutions publiques et une gouvernance publique / privée stratégique. Le département a su développer l’emploi par l’entrepreneuriat. Il n’y a quasiment pas de chômage !

Serait-ce un dispositif à envisager en ce qui concerne la relance des territoires ?

Comme le montre l’aéronautique, et ses sous-traitants, la situation va être compliquée. Il est impératif d’innover. Les besoins vont évoluer. Le plan de relance veut pousser l’industrie… Il y a des places à prendre ! On pourrait aller vers des installations réparties sur le territoire, proches des bassins de vie, pour profiter d’un personnel globalement moins cher, plus consciencieux et surtout plus fidèle que celui des grandes métropoles. Cela demandera un effort de formation aux entreprises, mais, elles le considéreront alors comme un investissement rentable. 

Il faut un dialogue entre la sphère privée et la sphère publique au niveau du local, du bassin de vie, du département. Mais sûrement pas au dessus, car il faut une proximité physique, il faut connaître l’entreprise.

Il faut, en préliminaire, que la sphère publique se coordonne. Il faut un chef de file, compétent , développeur, facilitateur, rompu au dialogue et à l’émergence de projets. 

On peut faire beaucoup de choses. On a tout ce qu’il faut pour réussir !

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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