60000 Rebonds : un cadre qui libère

60.000 rebonds, l’association qui aide les entrepreneurs post-liquidation à rebondir, et qui veut changer le regard de la société sur l’échec. 

Il y a quelques semaines nous avions rencontré Pierre-Jean Favier, qui nous avait expliqué son fonctionnement. Aujourd’hui, nous interrogeons Thibaut Mulliez, son coordinateur national, autour des questions suivantes : qu’a appris l’association des causes structurelles ou culturelles de faillite ? Quelle action compte-t-elle mener concernant les conséquences économiques de l’épidémie de coronavirus ?

Y a-t-il dans les causes d’échec des raisons purement françaises ? 

Il est difficile de faire une comparaison avec les autres pays au regard de notre expérience essentiellement basée sur l’accompagnement d’entrepreneurs français. 

60 000 rebonds est une association qui a une double mission : accompagner les entrepreneurs post-liquidation vers un rebond professionnel et faire changer le regard sur l’échec. Sur 50 à 60000 liquidations par an en France, nous n’avons accompagné « que » 700 entrepreneurs l’an dernier.  

Au regard de cet échantillon et de notre expérience, et même si le sujet évolue depuis quelques années, l’échec reste difficilement supportable en France. Nous sommes dans un pays où l’on n’a pas le droit à la réussite, et où l’on n’a pas le droit à l’échec, et les étiquettes peuvent être lourdes à porter. Ainsi, le dirigeant en difficulté, qui est déjà souvent seul, par peur de l’échec, peut avoir tendance à entrer dans une posture de déni et à s’isoler… Il se ment à lui-même et, par voie de conséquence, il ment à son entourage personnel et professionnel. Quand le couperet tombe, la chute peut être brutale…

On peut dire qu’il y a donc des raisons qui sont liées à l’environnement, et des raisons qui sont intrinsèquement liées au vécu du chef d’entreprise, sa posture, sa capacité de résilience, son éducation, son équilibre personnel et professionnel…

Dans l’association, l’engagement de l’entrepreneur post-liquidation dans son accompagnement s’initie par un profond travail de reconstruction personnelle, base future du rebond professionnel de sens. Car il entre dans les difficultés du dirigeant, une double dimension, d’éducation à l’entreprise et de développement personnel ; de savoir-faire et de savoir-être. Il est possible que sur ces 2 aspects, cette éducation soit négligée et que le regard sur l’entrepreneuriat soit du coup un peu idéalisé.

La dimension personnelle demande un travail sur la conscience de qui je suis, de mes priorités de vie, de l’équilibre que je souhaite construire. Ce cheminement est essentiel car il est évident que l’on ne crée pas une entreprise de la même manière au regard de l’ensemble de ces paramètres. 

L’éducation à l’entreprise, sa culture, ses rouages, ses besoins, demande un travail de conscience sur mon expertise et ce que je souhaite faire dans mon entreprise et par voie de conséquence comment je vais m’entourer, en interne comme en externe, pour arriver à la vision que je porte. Cela peut aussi bien être par des experts métiers qui vont venir compléter mon expertise, que par des personnes de bon sens qui me permettront de lever la tête et voir un éventuel mur arriver.

Enfin une fois créée, dans la majorité des TPE et PME, une entreprise est souvent liée à l’équilibre du chef d’entreprise, il est donc essentiel de prendre soin de soi, de son énergie, de sa capacité de vision. 

Il y a tout un équilibre à construire et, en tout cas en France, il a tendance à être sous-estimé, ce qui peut entraîner des difficultés dans le parcours. Et il est plus facile de réparer son toit quand il fait beau…

A côté de cela, mais ce n’est qu’un avis personnel, je ressens une dimension culturelle de méfiance a priori qui ne facilite par la collaboration, qui est pourtant essentielle dans le monde d’aujourd’hui. Nous avons été éduqués avec cette idée qu’il n’y a pas assez de place pour tout le monde et donc qu’il faut se battre pour vivre, ou simplement survivre… Cela ne facilite évidemment pas l’unité et la coopération. Or il est évident que seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin !

Pour autant, j’aimerais conclure cette question par une note fondamentalement positive car je pense que les entrepreneurs français ont des atouts singuliers avec une capacité d’innovation et un courage peu communs pour prendre leur destin en main et soulever des montagnes. Et ceci est la base de l’entrepreneuriat !

60000 Rebonds est-il une réponse à ces caractéristiques culturelles ? 

L’association porte un cadre qui libère. Pour créer un terrain propice à la collaboration et à l’engagement, il faut créer, au préalable, la confiance. Il faut un sens qui dépasse l’intérêt individuel. Il faut une vision qui fédère. Il faut incarner cette vision non pas par des paroles mais par des actes, de l’exemplarité. Et il faut des valeurs fortes, qui permettent de se comprendre et de dépasser les différences, même quand c’est difficile. Tout cela permet de générer un engagement fort et pour qu’il se vive dans le temps il faut, enfin, une animation, conviviale mais exigeante qui incarne tout cela.

Les personnes qui rencontrent 60000 Rebonds s’engagent par solidarité mais sont souvent surprises par la bienveillance ressentie dans l’association. Dans un environnement économique douloureux, qui peut manquer de lien authentique, l’association permet une reconnexion à l’humain dans ce qui fait sa beauté. Il est permis de s’exprimer sans être jugé, de toucher sa fragilité, de l’exprimer dans un environnement sécurisé qui permet d’apporter, du coup, des réponses aux vraies questions. On vit des moments un peu hors du temps. 

C’est aussi vrai pour les entreprises qui nous appuient. Il était évidemment essentiel à l’association de se structurer pour pérenniser dans le temps son professionnalisme, avec ces permanents animateurs de nos différentes communautés internes et externes. Nous avons donc créé le club des entreprises de Rebond dans nos différents territoires pour permettre à cette chaîne de solidarité entrepreneuriale de se mettre en place. 

Dans le cadre de leur politique RSE, ces entreprises ont donc la possibilité de s’engager dans la mesure de ce qu’elles souhaitent et de vivre cet engagement à différents niveaux. Elles peuvent ainsi capitaliser sur les expériences vécues, contribuer à notre double vocation, tant via leurs acteurs salariés, que via leurs environnements extérieurs, et entrer en relation avec d’autres acteurs entreprises qui portent des valeurs et une éthique qui leur ressemble. 

Enfin, 60 000 rebonds contribue à faire évoluer progressivement le regard sur l’échec. Par l’ensemble de ces acteurs engagés incarnant ce changement, les entrepreneurs accompagnés ou ayant rebondi, les bénévoles, les réseaux et institutions, les entreprises du rebond, nous faisons notre part. 

Et si nous aboutissons à permettre à ce que chacun puisse partager avec autant de plaisir et d’enthousiasme les apprentissages de ses réussites comme de ses échecs, avec authenticité, il est évident que le monde changera !

Comment vous préparez-vous à la crise économique qui pourrait résulter de l’épidémie de coronavirus ? 

Nous avons conscience que nous avons un rôle à jouer et que nous devrons être prêts pour répondre au besoin.

Nous prenons donc le temps de pérenniser nos fondations et nous déployer dans les zones ou nous ne sommes pas encore présents pour être au plus près de ceux qui seront touchés. 

Nous continuons à engager tous les acteurs qui pourront nous aider dans la période. Nous recrutons des bénévoles engagés (des coachs certifiés et des parrains, chefs d’entreprises en activité ou jeunes retraités aux réseaux actifs et cadres dirigeants). Nous continuons à mailler avec l’ensemble des acteurs qui seront en lien avec ces entrepreneurs pour leur permettre de les orienter en conscience de ce que nous faisons. Nous engageons des entreprises dans nos clubs, tant pour le relais, que pour le nécessaire besoin de structuration et de recrutement de permanents animateurs de nos différentes communautés.

Nous faisons également des actions de communication, pour éviter cet éventuel déni et amener les dirigeants concernés par de potentiels problématiques à anticiper les difficultés, à s’orienter vers les acteurs qui peuvent les appuyer et les accompagner dans cette période particulière, voire à commencer à cheminer autour de leur équilibre futur. Et surtout à comprendre que nous existons et que nous pouvons les aider s’ils se retrouvent concernés par une liquidation. 

Car la période peut amener des chutes brutales, qui peuvent entraîner une perte totale de repères et de confiance en l’avenir. Il est donc essentiel d’accueillir cette souffrance en responsabilité et d’entrer en résilience, mais c’est plus simple en étant accompagné…

Le rebond est une nécessité, nous devons aller de l’avant ! N’hésitez pas à nous rejoindre si cela fait sens pour vous !

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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