Annie Gondras : arrêtons de cramer des générations !

A l’origine de l’association des interpreneurs, il y a une interrogation : la PME a du génie, comment en tirer parti ? Annie Gondras s’est posée la même question pour les artisans. Annie Gondras est la présidente de l’association Savoirs-Patrimoine (https://www.linkedin.com/company/savoirs-patrimoines/).

Pourquoi Savoirs-Patrimoine ? 

Ma vie professionnelle, c’est trente ans de valorisation du patrimoine historique ! Et une conviction, que j’ai été longtemps la seule à défendre : c’est l’économie, pas la subvention, qui permettra au patrimoine de survivre. Car le patrimoine à la charge de l’Etat ne représente que 3% du total. 50% appartient au privé, le reste aux collectivités locales. 

En 2011, j’ai écrit ce que je qualifie parfois de « manuel pour les nuls » pour la gestion d’un monument historique privé : tout ce que j’aurais voulu que l’on m’explique lorsque j’ai commencé ma carrière ! Mon principe directeur est le « petit équilibre ». On ne peut pas faire fortune avec le patrimoine, mais gagner assez pour payer les frais d’entretien. 

Après Chantilly, la maison de Van Gogh, le château de Champlâtreux, et quelques autres, le hasard m’a amené à la carrière souterraine ! Je suis devenue directrice générale de la Maison de la pierre du sud de l’Oise. J’ai ouvert les carrières souterraines à la visite ! Mais j’ai aussi pris conscience que nous avions des artisans exceptionnels, qui adorent leur métier, mais qui ont un blocage pour se vendre, et qui ont parfois honte d’être artisans. 

J’ai décidé d’agir. 

Que faut-il faire pour rendre à l’artisanat français son prestige ? 

Il faut parler au grand public. Il faut savoir communiquer. Regardez « Top Chef », depuis que cette émission existe, tout le monde veut être cuisinier ! Il faut du partage avec les enfants et les parents. Quand vous les mettez en face d’un sculpteur de bas relief, les gosses oublient tout. Le regard des parents est changé. 

Mais, aussi, nos artisans sont en souffrance. Ils savent faire, mais ils ne savent pas vendre. Ils doivent adopter une stratégie de différenciation. Nous voulons les aider, d’abord, à prendre conscience de leur compétence. Ensuite à tirer parti de leur talent, et à gérer leur affaire, par exemple en rédigeant correctement un devis.

On arrive au bon moment ! Depuis huit ou dix ans, les sociologues nous disent que plus les gens sont connectés, plus ils recherchent du lien humain. Les gens sont en recherche de sens !

Je me suis entourée de personnes qui peuvent parler pour les artisans, des épaules solides, et le bras long ! Patrice Besse, l’agent immobilier des châteaux, Marc Chevalier-Lacombe, maître tailleur de pierres, Vincent Guerre, spécialiste mondial de la restauration des miroirs anciens, le duc de Noailles, Pierre Préau, secrétaire général de la Fédération nationale des courses hippiques, Patrice Schmitt, spécialiste des entreprises en difficulté, Frédéric Thibault, compagnon du devoir, Lisa Millet, femme de start up, et bientôt quelques autres.

Nous avions besoin d’un site vitrine. J’y travaille actuellement, avec le soutien d’un important homme d’affaires qui s’est trouvé propriétaire de monuments historiques dans le cadre de ses acquisitions. Nous allons restaurer l’un de ces monuments, qui pourrait devenir le premier centre des métiers du bâti et du bois, ouvert au grand public. Il est idéalement placé, en Normandie, dans une région où l’on achetait le bois des charpentes de marine ! Cet édifice classé date de la renaissance. Il est l’un des cinq ou six derniers châteaux à abriter une charpente dite à la « Philibert Delorme ». Nous y implanterons des ateliers, des espaces de partage pour le grand public, pour recréer le lien avec le matériau, etc. 

Finalement, nous allons vers le prescripteur. Nous faisons un travail de médiation. Avec les Monuments historiques, nous mettons en lien les prescripteurs avec les maîtres artisans de confiance. 

Qu’est-ce qui vous fera dire que vous avez réussi ? 

Lorsque l’artisan sera fier d’être artisan ! Lorsque le terme de « maître artisan » aura retrouvé la signification qu’il avait dans le passé, on aura gagné ! 

Regardez ce qui se fait ailleurs. En Allemagne, pour être ingénieur, il faut un CAP. Mon rêve est de créer l’équivalent de l’Institut du patrimoine wallon : un grand centre de formation, réunir les acteurs, initier le grand public…

Pourquoi vous êtes vous engagée dans ce projet ? 

Je me suis dit que si on ne le faisait pas maintenant, on ne le ferait jamais ! A 55 ans, ma carrière professionnelle n’a plus d’importance, et j’ai le sentiment d’avoir beaucoup à transmettre. 

Je veux que l’on arrête de cramer des générations. Lorsque j’étais enfant, je voulais être menuisier. Il n’en a pas été question. Si l’on s’appuie sur ses points forts, on devient très bon. C’est aux parents de comprendre les talents de leurs enfants. Ce n’est pas par hasard que des bac+5 se tournent vers les métiers manuels. Nous devons encourager ce mouvement. 

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

5 commentaires sur « Annie Gondras : arrêtons de cramer des générations ! »

  1. Bravo belle initiative
    Moi même artisan ,sculpteur ,ébéniste ,menuisier, sans véritable formation difficile de faire son trou, mais il faut survivre je ne dit pas vivre…
    J’ai créé mon entreprise voilà 35 une formation de sculpteur ;un long et difficile parcours 15 ans dans la restauration du patrimoine (5 en compagnie de Fred)
    Le graal arrive maintenant Des beaux chantiers de qualité et surtout intéressant financièrement.
    On apprends toujours et surtout on transmet son expérience si petite soit elle
    Et c’est une grande fierté de voire les autres vous écouter
    67 ans et encore de beaux jours
    Par contre jamais eu de maître artisan 👨‍🎨
    Pas attendre beaucoup de l’état
    Ta force c’est ta rage 😡 ton envie
    Ma devise je dis ce que je fait et je fait ce que je dis
    Bon vent

    Aimé par 1 personne

  2. Chère Madame,

    Un grand merci pour le regard que vous portez sur l’artisanat, sur vos initiatives pour protéger le travail des artisans si précieux. Pour avoir consacré une grande partie de ma carrière à l’étude des objets égyptiens, je ne peux qu’admirer leur geste assuré, qui ne s’acquiert que par un long apprentissage. Ce sont de vrais magiciens.

    Comme ces artisans experts ont bien souvent l’humilité des grands, je rajoute peut-être « , se vendre » à la suite de votre phrase « Mais, aussi, nos artisans sont en souffrance. Ils savent faire, mais ils ne savent pas vendre ».

    Nathalie Kayser-Lienhard
    Sorbonne-Université (Faculté des lettres).

    Aimé par 1 personne

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