Taux négatifs : c’est le moment d’innover, il y a l’argent pour !

Ancien responsable des marchés de crédit, directeur général de l’Institut Louis Bachelier (ILB), professeur associé à l’Université Paris-Dauphine, Jean-Michel Beacco est au cœur de la recherche mondiale en matière de finance.

Que pense-t-il des taux négatifs ? Que signifient-ils pour l’entreprise ?

L’hérésie des taux négafs s’explique-t-elle ?

Il n’y a pas encore de travaux approfondis sur la question. Je souhaitais organiser un débat entre chercheurs, au sein de l’ILB, mais le coronavirus l’a empêché. Partie remise à l’automne.

L’hypothèse que je fais est la suivante : il y a deux monnaies dominantes, dans le monde, le dollar et l’euro. Or, les banques centrales auxquelles elles sont associées ont sensiblement les mêmes problèmes et adoptent de facto les mêmes politiques accomodantes. En conséquence, il n’y a pas le choix. On ne peut pas jouer un système monétaire contre l’autre.

La Suisse a été le premier pays à expérimenter cette situation de taux négatifs. Elle était vue comme un « coffre fort », et cela produisait une surévaluation de sa monnaie, défavorable à ses entreprises. Elle a appliqué des taux négatifs, en pensant refroidir son économie. Les taux sont restés négatifs voire très négatifs.

Dès lors, cela a ouvert la voie à une pratique généralisée au moins dans la zone euro.

C’est un équilibre qui paraît stable, même s’il défie quelques principes élémentaires de l’économie. Il résulte pourtant de la combinaison de facteurs multiples et cohérents. Le premier est la confiance. Les marchés ont confiance dans la politique des zones dollar et euro. Cela fait aussi les affaires des gouvernements, qui ont une capacité d’endettement quasi sans limite, dès lors que la confiance règne. Un déficit ou une dette à taux négatif transforme un passif en… actif.

A cela s’ajoute des facteurs inattendus qui pourraient renforcer le phénomène. Ainsi, les taux négatifs rendent les dettes des Etats compatibles avec la finance islamique. De ce fait, plusieurs fonds respectant les principes de la finance islamique peuvent désormais détenir de la dette, notamment celle de l’Allemagne par exemple.

Les taux négatifs pourraient demeurer tant qu’il n’y aura pas d’inflation, ou de bulles spéculatives prononcées. Y a-t-il risque d’inflation ?

Quel va être l’impact des hausses de prix dues à une baisse de la demande ? Des circuits courts ? etc. En tout cas, les marchés ne semblent pas y croire. Il y a un phénomène de substitution, qui fait que l’on peut compenser une hausse par un produit plus ou moins équivalent, moins cher.

Quant à la spéculation, il y a bien des mini-bulles spéculatives, mais le coronavirus, entre autres, permet de les réduire, sans même l’intervention d’une politique monétaire qui est pourtant le facteur remède des bulles.

Va-t-il y avoir un effet d’aubaine ? En théorie, il suffirait d’emprunter pour effacer sa dette. La dette est devenue un actif ! En dehors du président Trump, qui semble “désirer” des taux négatifs, les dirigeants du monde, même les plus jeunes, ne semblent pas croire que le phénomène est durable. Aucun budget n’est réalisé avec l’hypothèse de taux négatifs.

En fait, ceux qui pouvaient en souffrir, comme les banques, s’y sont adaptés par une baisse méthodique de leurs coefficients d’exploitation, et l’assurance-vie a switché sur des unités de compte.

Finalement, je constate qu’il y a, aujourd’hui, énormément d’argent qui a du mal à trouver un placement rentable, hormis dans le Nasdaq, refuge de tous les espoirs. Ce qu’il manque au monde pourrait être… les innovations, finalement.

Que peut-on en déduire, en ce qui concerne l’entreprise ?

C’est l’occasion pour l’investisseur industriel à long terme. Il ne peut pas rêver mieux que d’avoir une dette gratuite pour un investissement qui lui sera productif d’un rendement…

Pensez long terme. C’est le moment d’innover. Les moyens de financer cette innovation sont là !

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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