Vous voulez un développement durable ? Imitez les Québécois

Dans ce second entretien avec Thierry Quieffin, nous abordons une question qui le passionne : le développement durable dans le tourisme. 

« En France, on n’a pas de bon sens. » Dans le tourisme comme ailleurs, la façon dont la France aborde le développement durable est théorique, idéologique, et, finalement, contre-productive. Pour réussir ? S’inspirer des Québécois. 

Qu’est-ce qui ne va pas dans le développement durable à la française ?

Le terme d’origine est anglais, c’est « sustainable ». Ce qui ne veut pas dire ce que l’on entend par là en français, mais signifie plutôt « viable » avec une grande dose de pragmatisme. 

Pour nous, le développement durable est fatalement une décroissance économique. Voilà pourquoi nous n’arrivons à rien, sinon à produire des déclarations vides et pleines de termes incompréhensibles. Les Québécois, au contraire, se demandent comment rendre compatibles développement économique, équité sociale et intégrité environnementale. Leur souci est l’héritage global qu’ils laisseront à leurs enfants. Et ils avancent. 

Les méthodes sont totalement différentes. Le français légifère et punit. Le Québécois donne des objectifs, par exemple à ses ministères. Il fait un suivi régulier des résultats obtenus. Si ça marche, il n’hésite pas à le faire savoir. Si ça ne marche pas, il part sur une autre piste. 

J’ai comparé les rapports que font les pays tous les 5 ans, depuis le départ de cette démarche dans les années 70. Prenons par exemple celui de 2015-2020. En France, 136 pages. Que de grandes idées. Mais ça veut dire quoi ? Au Québec. 56 pages. C’est clair. Il y a des objectifs. On est libre de la méthode à employer pour les atteindre. Mieux : c’est optimiste et ouvert. On n’y trouve même aucun terme négatif !

Un exemple de ce que ça donne, en pratique ? Il y a quelques années, je dirigeais un hôtel. Je travaillais avec une association de paraplégiques. Plusieurs fois par an, je recevais beaucoup de handicapés. J’ai donc pensé que je devais demander l’habilitation « tourisme handicap ». Eh bien je ne l’ai pas eue, parce que les interrupteurs étaient 8 cm plus haut que la norme. Jamais aucun handicapé n’avait fait de critique à ce sujet !

Autre exemple, toujours dans le domaine du handicap. Le tourisme est noyé sous la réglementation. Mais plus il y a de règles, plus y a de dérogations ! 

La Convention citoyenne est une illustration de ce mal français. Il n’y a quasiment aucune idée originale dans le rapport qu’elle a produit. Pour le reste, c’est réglementation d’abord, et sanction ensuite. Croyez-vous que beaucoup de gens auront les moyens de faire isoler leur maison, d’ici 2030, par exemple ? Alors, vous allez sanctionner des gens qui n’ont pas de moyens ? 

Et la sensibilisation de la population ? Le rapport demande dans sa partie éducation de « modifier le code de l’éducation afin de pouvoir généraliser l’éducation à l’environnement et au développement durable ». Donc, en France il n’est pas possible d’intégrer cette notion à l’école sans modifier un texte de loi ?

Où est le bon sens ? Quand la France légifère, à l’étranger, on travaille.

Et voilà aussi comment ont produit des Gilets jaunes. Ils ne voyaient que des contraintes, rien de positif, dans les mesures que prenait le gouvernement. 90% des gens sont sensibilisés à la question du développement durable, mais on ne leur en a pas montré le côté pratique : pour la personne X, voilà ce que ça rapporte. 

Dans votre métier, comment abordez-vous le développement durable ?

Il ne faut pas commencer par le réglementaire. Il faut commencer par la prise de conscience. 

Il y a pour cela un moyen simple. Par exemple : l’étiquetage environnemental. Cela ne coûte que quelques centaines d’euros pour faire évaluer un hôtel. Vous avez un objectif et vous pouvez avancer en fonction de vos moyens, et ça vous fait faire des économies. 

Vous-vous demandez : comment amener ma note de D à B ou à A ? En cherchant, vous comprenez ce qui ne va pas chez vous, et pourquoi, et comment l’améliorer. Vous pouvez moduler votre plan d’amélioration en fonction de vos ressources du moment.

Etre bien noté est un moyen d’attirer le client, et de rentabiliser ses affaires. Tout le monde y gagne. 

Pensez-vous que le pays puisse changer ? 

Je milite pour que le gouvernement lâche du lest aux départements et aux régions. Ensuite, il faut faire comme les Québécois. Il faut des périodes de validation et de notation. Donner des objectifs, laisser aux gens le côté pratique, ensuite contrôler : ça marche, ça ne marche pas.  Faire savoir ce qui fonctionne et ne pas hésiter à abandonner ce qui ne marche pas. 

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

Un avis sur « Vous voulez un développement durable ? Imitez les Québécois »

  1. Toujours inspirant ! Et encore un signe sans doute de l’esprit français qui a été tant critiqué vendredi dernier, d’après le compte-rendu que tu en as fait … Bruno

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