Bruno Pinard-Legry : le management durable ou la société civile au service du territoire

Dans une étude sur le principe de précaution, et son usage, La Fabrique de l’Industrie déplorait que, contrairement aux pratiques de l’Europe du Nord, en France, les politiques ne se construisent pas par consensus. « Ce dialogue n’élimine pas tous les conflits mais il permet d’éviter que des opposants irréductibles ne rallient à leur cause les publics simplement désireux d’être rassurés sur le fait que leurs préoccupations sont entendues et de mieux comprendre les enjeux. »

Mais ce type de consultation est-il si éloigné de notre culture qu’on le dit ? La façon dont Vichy-communauté a traité la question de la reconversion d’une friche industrielle prouve le contraire.

Un entretien avec Bruno Pinard-Legry, en préparation à un WEBINAIRE, qui aura lieu le 29 juin à 10h (inscription ici).

Quel était le problème que voulait résoudre Vichy-communauté ?

Vichy-communauté s’interrogeait sur ce qu’elle devait faire d’une friche industrielle. C’est une ancienne usine d’armement, classée Seveso, fermée par GIAT Industries en 2006. Les mesures de dépollution du site ont pris plus d’une décennie. Le terrain était truffé d’explosifs. 

Le site de 150ha et les terrains qui en dépendent représentent 550ha (l’équivalent de la superficie de Vichy). Un projet industriel lourd a été rejeté par la population. Quelle destination donner à ce site ? 

Depuis la fermeture du site plusieurs études ont été lancées sur ce site en lien avec la politique de reconversion, mais aussi sur des études purement prospectives spéculatives, dans le cadre de projets européens. La vraie question était de savoir si la collectivité devait acquérir ce site très spécifique, chargé d’histoire mais aussi de contraintes, et pour en faire quoi. Cela signifiait, pour la collectivité, un coût d’entretien de 300 à 500.000€ par an, après  une acquisition négociée à 2,8 M d’euros.

Le président de Vichy-communauté a eu l’idée de confier le dossier à quatre personnalités (*) de la société civile. Je faisais parti de cette commission. 

La particularité de notre cahier des charges est qu’il consistait à trouver un emploi du terrain pour trente ans, pour léguer à la génération suivante un site remarquablement placé, et d’imaginer des activités permettant d’amortir les coûts du site par une utilisation collective cohérente avec le territoire, sa stratégie et ses valeurs.  

Comment la commission a-t-elle procédé ?

Elle a mené des auditions de l’ensemble des « parties prenantes » de la question. On a vu beaucoup de monde : les services de la collectivité, les écologistes, les anti-écologistes, des associations, des représentants de l’économie, des entrepreneurs…  Cela a permis de réunir des points de vue riches et ambitieux pour tenter de les traduire en un projet « fédérateur » qui s’est révélé être, entre autres, une réserve de chlorophylle et de biodiversité pour la communauté, non sans imaginer des activités plus lucratives, pédagogiques et des utilisations ponctuelles… 

Premier point, il y avait, déjà, assez de foncier pour les projets de la collectivité. 

Ensuite, nous avons pris en compte la cohérence du territoire à travers ses projets affichés, ses vocations, et ses ambitions. La friche industrielle était à côté d’un plateau d’économie sportive, unique de 120ha, dans un cercle rapproché d’un classement en cours de la ville par l’UNESCO (candidature européenne collective avec 10 autres villes), proche d’un aérodrome, d’un futur contournement routier, orienté vers l’une des portes de l’espace métropolitain Clermontois, etc. Et il ne fallait pas oublier la question du transfert de responsabilité des élus qui s’appliquerait dès l’acquisition de cet immense espace aux deux tiers boisé.

Bref, plutôt que de mettre le site en réserve, il a été recommandé de l’utiliser pour réconcilier la population avec un  site industriel et naturel jusque-là classé Seveso, et rendu à la nature, mais aussi d’y installer un minimum d’activités permettant de couvrir les frais inhérents à son entretien et à sa sécurité, sans se fermer d’options pouvant être utiles un jour.

Le tout illustrant la stratégie que la collectivité met en œuvre depuis des années : Territoire à énergie positive, Territoire d’industrie, sport, formation et santé.

 En quoi la méthode que vous avez utilisée diffère-t-elle de ce qui se pratique ordinairement ?

Notre obsession était de rechercher une  « proposition acceptable ». Notre proposition devait pouvoir permettre à une large communauté d’acteurs de s’y projeter. Pour les uns dans le court terme, d’autres à plus long terme, certains de façon éphémère et d’autres de façon durable.

Tout élu communautaire doit être également capable de comprendre les enjeux, s’y retrouver, s’y impliquer pour l’expliquer aux citoyens de sa commune, en particulier quand celle-ci est éloignée du site lié au projet. L’intercommunalité est un exercice permanent !

Ensuite, nous avons considéré qu’il fallait adopter une logique « d’espace de vie ». Les habitants de l’agglomération et de ses environs doivent pouvoir dire : « je comprends la vision globale du projet et ses valeurs ». Ils ont besoin de savoir comment va évoluer leur environnement. Ils ont besoin d’orientations à long terme, et de garanties qu’elles ne changeront pas sans leur approbation. 

Pour autant, encore à l’envers des usages, il ne s’agit pas d’un projet figé. Au contraire, il évoluera. Mais il doit le faire en respectant sa raison d’être, ses règles et ses valeurs. 

Et c’est pourquoi il est important qu’il existe un dispositif qui permette de s’assurer que cette logique sera maintenue, et ce quels que soient les aléas de la vie politique et ceux des parties prenantes. 

Quelle est la « posologie » de votre méthode ? Dans quelles circonstances un élu doit-il penser « management durable » et « société civile » ? 

Le développement durable est dans les esprits du plus grand nombre à ce jour. On parle peu du management durable, celui du « temps long » celui qui échappe au calendrier électoral et au temps du crédit bail. Ce management durable doit être l’acte fort de la protection d’une envie, d’une vision, d’une ambition territoriale. C’est elles qui rassureront tant l’habitant que l’entrepreneur. Des paroles qui ne s’envolent plus, sauf avec le consentement collectif. C’est un réel challenge dont on ne mesurera le résultat que dans une génération. Il relève directement de l’intelligence et de la vigilance collective. Un bien ou un espace rare ne doit pas être sacrifié à la seule loi de l’offre et la demande. Une gestion de projet  collégiale avec une collectivité à la barre. Un cap à tenir ensemble par bon et mauvais temps mais en solidarité territoriale des écosystèmes concernés.

Je salue la démarche politique liée à la mission confiée à notre groupe de travail.

Il appartiendra au nouvel exécutif de transformer les propositions en actions et d’impliquer une fois encore la société civile dans ce projet d’intérêt général à travers un comité de suivi et d’orientation du projet à l’horizon défini. C’est un exercice nouveau proposé à la collectivité dans lequel la jeunesse trouvera aussi un moyen d’être directement associée au devenir des espaces de son territoire.

(*) Le Comité citoyen était composé de : 

  • André Fidan, ancien Directeur-Général des services de la Communauté d’Agglomération de Vichy J.
  • Jean-Claude Mairal, ancien Président du Conseil Général de l’Allier.
  • Michel Pastor, Inspect.-Gén. honor. Jeunesse et Sports, ancien Haut Fonctionnaire au Développement Durable.
  • Bruno Pinard-Legry, ancien Directeur de l’Agence de développement de la Communauté d’Agglomération Vichy.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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