Le Pays Basque, cœur des industries de la glisse

Vous êtes un entrepreneur dans le milieu de la glisse ? Le Pays Basque est LE lieu où vous devez vous implanter ! À plus forte raison si vous lancez un nouveau produit sur le marché européen. Le Pays Basque, c’est la Californie européenne…

Cœur européen de la glisse mais pas seulement : des starts ups à fort potentiel dans le domaine du numérique et du médical y sont déjà installées… Et si l’origine de la Silicon Valley était le surf ?

Dans un contexte économique et sanitaire complexe, la France, boudée par certaines compétences, doit reconquérir des entrepreneurs créatifs pour développer de nouveaux marchés. Et le Pays Basque est un exemple à examiner de près. 

Un entretien avec François Applagnat-Tartet, responsable de Basque Invest. Son métier : l’accompagnement à l’implantation des entreprises. Sa spécialité : le surf. 

Comment a commencé le cluster surf Eurosima en Pays Basque ? 

Après des études d’ingénieur à Paris, j’ai beaucoup voyagé, en Australie, en Chine, en Afrique. J’ai pratiqué aussi le surf en compétition. Mon rêve était de revenir vivre et travailler au Pays Basque, avec l’ambition d’exercer une activité professionnelle qui correspondait à la fois à mes compétences et à mes valeurs.

L’origine du cluster remonte aux années 60. Une communauté dynamique s’est prise en main pour sortir le Pays Basque de la caricature folklorique dans laquelle l’enfermait l’Etat. Elle s’est constituée sous la forme de ce que l’on appellerait aujourd’hui une Scop. En s’inspirant du Pays Basque sud, elle a créé un écosystème digital : Ecole d’ingénieur, l’ESTIA, laboratoires, essaimage, pépinière d’entreprises, autour de quelques leaders.

EuroSIMA est un projet visionnaire, né au début des années 1990. Il a compris le potentiel économique du surf à un moment où personne n’y croyait. EuroSima est la petite soeur du SIMA américain (Surf Industry Manufacturers Association). La CCI a construit un cluster avec la DATAR, afin de piloter des projets collectifs et de représenter la filière. Immédiatement, les leaders mondiaux y ont implanté leur siège Europe. Pour les industriels du secteur, c’est le point d’entrée en Europe. EuroSIMA représente aujourd’hui 3500 emplois. 

L’avenir de la filière passe par la formation. Par exemple, nous avons créé un Master sport de glisse, international, avec un campus transfrontalier, appartenant à un réseau d’universités international. Dans notre pépinière d’entreprises, les petites marques françaises sont aux côtés des grosses marques américaines. 

Nous sommes attachés à l’évolution et la qualité des compétences. Dans le secteur de la glisse, nous avons la plus grande concentration au monde de compétences pour ce secteur d’activité. Contrairement à la Californie ou à l’Australie, où les entreprises sont disséminées, toutes nos entreprises sont concentrées entre Seignosse et Hendaye. Nous offrons aussi un style de vie à la Californienne. C’est ce qui nous permet de résister à l’attrait fiscal de grandes villes européennes comme Amsterdam.

C’est aussi idéal pour les start up. Nous disposons d’un FabLab, et de capacités de financement, en provenance de la Région, de l’agglomération et de la CCI. Nous faisons du mentoring. Notre atout est que nous avons un excellent réseau de distributeurs. La distribution est une phase cruciale du processus de commercialisation des marques. Les distributeurs sont des éléments clés pour le lancement et le développement. Ce sont les meilleurs testeurs de nouvelles idées car ils connaissent parfaitement le marché et les attentes des consommateurs. Ensuite, ils conseillent les entrepreneurs sur la distribution internationale, en expliquant, par exemple, comment vendre en Russie ou en Bulgarie. 

Le Pays Basque, terre d’accueil mais aussi terreau d’innovation ! Par exemple, nous avons récemment accompagné des jeunes d’une pépinière de l’école polytechnique pour lancer leur projet de fabrication de planches de surf avec des matériaux recyclés. Pendant le confinement, nous avons également aidé deux entrepreneurs allemands qui ont mis au point une mousse écologique. Ils ont été séduits par notre carnet d’adresses de shapers européens et américains et nous leur avons trouvé leurs dix premiers clients. Le marché a un énorme potentiel, notamment pour le sourcing matériau issu des sièges de voiture.

Rencontrez-vous des problèmes ? 

Nous utilisons beaucoup nos contacts personnels, notamment avec les USA, qui sont, aussi, notre porte d’entrée vers le marché australien. Je passe beaucoup de temps dans les salons à rencontrer et accompagner les entrepreneurs. Malheureusement, les start ups qui arrivent aux USA y sont souvent aspirées par leurs fonds d’investissement.

L’image de l’industrie du surf a aussi souffert des erreurs de gestion de certains majors du secteur en se dispersant sur d’autres marchés. Ces sociétés n’ont pas su toujours s’adapter au marché. Elles sont entrées en bourse et se sont lancées dans des investissements en immobilier commercial. Elles ont accumulé des dettes trop importantes. 

Cela masque de très beaux succès. Il y a aussi beaucoup d’essaimage de grands groupes qui a généré des créations de marques européennes, très importantes pour l’image positive de la filière. 

Nous privilégions le développement du chiffre d’affaires, plutôt que l’accompagnement à la levée de fonds, grande tendance des pépinières type Station F. Nous sommes convaincus que la meilleure façon d’entreprendre est de trouver le premier client, puis, d’instaurer une fidélisation pour maintenir une activité pérenne.

Enfin, la première génération des entrepreneurs implantés en Pays Basque, dans les années 80, voudrait aujourd’hui pouvoir transmettre ses entreprises. Les repreneurs sont souvent échaudés par le poids de la fiscalité française. 

Comment créer un écosystème ? 

Pour créer un écosystème, le plus pertinent est de s’appuyer sur l’existant et de se rapprocher des réseaux comme ceux des CCI et de la French Tech. Deux jeunes startupers ont créé un format d’apéritif entrepreneurs par visio-conférences. Et ça a l’air de bien fonctionner, leurs actions ont généré beaucoup d’enthousiasme.

Et un écosystème comme EuroSIMA ?

Il faut commencer par un noyau dur constitué de leaders du domaine, et au moins une ETI. Il faut un noyau de cinq ou six personnes, super motivées. Ensuite, il faut une démarche systématique d’adhésion, vers d’autres entreprises et aussi un réseau d’institutionnels, comme les CCI, les agglomérations, la Région. Ces structures connaissent le territoire et peuvent devenir prescripteurs de ces clusters. 

Puis, il faut des écoles et des laboratoires de recherche, c’est essentiel. Les entreprises ont besoin d’ingénieurs et de personnels qualifiés, à proximité, pour innover et se différencier sur leurs marchés. Pour ancrer les entreprises, il faut des structures de formation, dans lesquelles les entreprises peuvent puiser des compétences. 

Par exemple, Microsoft, Simplon et le Crédit Agricole ont créé une école d’Intelligence artificielle à Biarritz afin d’appuyer ce nouveau secteur émergent. 

Finalement posséder un réseau international s’avère essentiel, en particulier pour attirer des distributeurs, des compétences et des investisseurs.

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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