Antoine Angeard : le succès de la reprise est une question de lâcher prise

Antoine Angeard est le délégué général du CNER, la fédération des agences de développement. 

Les agences de développement ont été créées après guerre par les entreprises. C’était un temps de reconstruction, il fallait se retrousser les manches, et coordonner l’effort des forces vives de la nation. 

Des temps pas si différents des nôtres ? 

Quel est le rôle d’une agence de développement ? 

Les agences de développement ressemblent beaucoup, dans leur mode de fonctionnement, à des entreprises. 

Leur rôle est d’abord d’établir le dialogue entre l’entreprise et le territoire. C’est une interface public, privé. Mais aussi entre entreprises. 

Elles recherchent des entreprises à implanter, de la main d’œuvre, des touristes d’affaires, de nouveaux habitants…. 

Elles soutiennent les entreprises, PME notamment, et mettent en réseau les acteurs du territoire, public, privé ou associatif qui y participent. Elles facilitent le dialogue inter-entreprises. Elles permettent d’y voir clair sur qui a quelle spécialité sur le territoire. 

Elles aident à mobiliser et à coordonner les acteurs.

Elles ont un réel savoir-faire d’ingénierie territoriale. 

Quel est le rôle de la fédération ?

La fédération apporte de la visibilité aux agences, c’est une force de mutualisation, de formations et de conseil. 

Quelle a été l’action des agences pendant le confinement ? 

Elle a été intense ! Nous avons commencé par appeler les entreprises. Par exemple, l’agence alsacienne a appelé 800 dirigeants. En général, ils étaient au courant des mesures d’aide, mais, souvent, ils se demandaient lesquelles s’appliquaient à eux. Ils en ont profité pour parler de leurs autres problèmes. 

Cette initiative a été très bien perçue par les entrepreneurs. Au fond, ils avaient surtout besoin d’un soutien psychologique.

Puis nous avons été contactés par les agences sanitaires. Elles voulaient identifier les entreprises qui pouvaient se reconvertir pour produire des masques ou du gel hydro-alcoolique, et quelles étaient leurs capacités. Il fallait transmettre les cahiers des charges, mettre en place la chaîne d’approvisionnement. Les filières ont fonctionné en quelques jours, alors que, jusque-là, on affirmait qu’il fallait plusieurs mois, voire un an ! 

Nous avons aussi mobilisé des associations de couturières, pour faire des masques, ou des « makers », qui disposaient d’imprimantes 3D, etc.

Les agences régionales, toujours en quelques-jours, ont lancé des plates-formes de mise en relation entre besoins et producteurs.

Tout s’est fait très vite. Tout s’est joué sur nos relations de confiance avec les entrepreneurs. 

Comment voyez-vous les prochains mois ?

Nous allons vers une crise économique évidente. Tous les pays sont concernés. Il y a déjà chute du PIB, destruction d’emplois massive aux USA. Que se passera-t-il chez nous quand s’arrêteront les dispositifs de soutien ? Des pans entiers de l’économie peuvent s’effondrer. Par exemple des régions qui s’étaient spécialisées dans le tourisme, ou des filières, comme l’aéronautique ou l’automobile, avec leurs sous-traitants. 

Peut-on distinguer des éléments de solution ?

Tout d’abord, l’articulation Etat, territoire a changé. Les collectivités ont démontré qu’elles avaient une force de frappe plus importante que celle de l’Etat. Le danger est que l’Etat veuille tout mettre en œuvre tout seul. 

Il faut s’interroger sur les besoins des territoires. Les territoires sont spécifiques. La Corrèze ce n’est pas PACA. Il faut que les acteurs se parlent entre eux. Il faut un dialogue sur le terrain. Il faut des solutions très simples, du concret. 

Par exemple l’économie circulaire a donné de très bons résultats à Boulogne-sur-Mer. Elle a conduit à mutualiser les chambres froides et à utiliser une boucle d’eau de mer commune à plusieurs entreprises pour le nettoyage des poissons, à réduire certains coûts de 30%. On parle de la question depuis dix ans. Mais cela prend assez peu. C’est peut être le moment de s’y mettre. 

Autre exemple : le prêt de personnel entre entreprises donne de très bons résultats.

La relocalisation, enfin, ne se fera pas aussi facilement que le pensent certains. Il faudra commencer par se demander comment éviter de nouvelles délocalisation, en inventant des solutions alternatives. 

Finalement, le succès tient à une question de lâcher prise. L’élu ne doit pas se dire qu’il doit trouver la solution seul. Il doit accepter de la chercher avec d’autres acteurs. Quand on tente, on est surpris du résultat. 

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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