Thierry Quieffin : le tourisme va se réinventer et créer une masse d’activité

Après avoir été propriétaire d’un hôtel, Thierry Quieffin est devenu manager de transition, consultant (il préfère « accompagnateur ») et formateur, jury d’examen. Comment voit-il le changement qui s’annonce pour l’hôtellerie ? 

Ne seriez-vous pas un interpreneur ?

J’ai suivi les préceptes des fondateurs d’Accor. Pour eux, un directeur d’hôtel devait prendre des responsabilités dans la collectivité. C’est en participant au développement du territoire que l’on génère de l’activité. J’ai fait des animations, j’ai créé la « Faîtes la Nationale 7 », j’ai été une dizaine d’années vice-président de l’office de tourisme. J’ai entraîné le pouvoir politique, un moment réticent. Quand on a un hôtel, il faut faire travailler l’économie locale, les restaurants, les commerçants, tout le monde, et, pour cela, créer de l’animation, créer de l’émulation. 

Les entreprises peuvent faire bouger les choses. Les politiques ont besoin d’idées. Elles doivent leur en apporter. 

Je travaille dans un réseau d’une cinquantaine de managers de transition. On voit 400 hôtels par an. On « connaît » aussi les grands patrons de chaines. Nous avons de l’influence. 

Comment voyez-vous l’après pandémie ? 

Le télétravail va prendre une proportion énorme.

Beaucoup de Parisiens ne retourneront pas à Paris. Il va falloir les accueillir, ils vont vouloir les mêmes services qu’à Paris. Ils vont aussi arriver avec des idées. 

Il faut faire revivre les territoires. C’est l’occasion de moderniser leur économie. Par exemple, les commerçants se plaignent d’Amazon. Mais pourquoi ne pas faire comme Amazon ? Faire du click and collect. Ça ne coûte pas cher, et l’expérience montre que c’est très efficace. 

Comment a réagi la profession ? 

Sa réaction a été excellente. Accor, par exemple, a réagi très vite. Il a annoncé des normes sanitaires vues nulle part. Il veut aider les petits hôteliers. Les normes conçues par Accor et les autres vont être mises à la disposition de tout le monde. La Fédération Internationale des Logis a décidé de développer beaucoup plus avec le local. Les autres vont suivre. 

Quant aux plates-formes de réservation en ligne, elles se sont très mal comportées. Elles n’ont pas d’avenir. Ce qui n’est pas le cas de Trip Advisor, qui va prendre de l’ampleur. 

Ne va-t-il pas y avoir perte de chiffre d’affaires, et faillites ?

Il n’y a pas eu perte de confiance dans le tourisme français mais dans les prestataires. Il faut que l’on soit bons. Si le redémarrage se passe bien, la clientèle loisir reviendra. J’en suis moins sûr pour la clientèle affaire. Elle a découvert le télétravail et Zoom. D’autant que les voyages coûtent cher et que l’on travaille moins bien dans un avion ou un train que chez soi. On va perdre beaucoup. 

Beaucoup d’hôtels vont disparaître ou s’allier à des franchises. 

Le sanitaire est incontournable. On doit rattraper. Mais on n’arrivera pas au niveau des Japonais. Il faut prendre enfin le développement durable au sérieux. Il faut travailler avec de vrais produits. La standardisation des chaînes, c’est terminé. Il faut retrouver l’expérience de la pension de famille, les petits restaurants propres et sains. Les touristes vont chercher la tradition. 

Cela va créer une masse d’activités, et beaucoup d’emplois. 

Comment voyez-vous évoluer le pays ?

La crise a montré l’incompétence de l’Etat au niveau régalien. La région et la commune, au contraire, ont prouvé leur compétence. Elles vont prendre le pouvoir. On doit devenir plus régionalistes. L’Etat centralisateur, c’est fini. Plus personne ne lui fait confiance. 

Pour rénover l’économie locale, les idées, elles existent dans les entreprises. Si elles ne sortent pas, c’est parce que les porteurs d’idées ont peur des administratifs, qui ont peur des politiques. Ils ont peur de l’échec. Alors que l’échec est le propre de l’entreprise. Raccourcissons les circuits de décision. Mettons des gens de terrain avec des administratifs pour monter des dossiers. Si une idée est bonne, les fonds, on les aura. Les élus ont besoin des idées des entrepreneurs pour avancer. Le vrai pouvoir, c’est la région. 

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

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