Etre entrepreneur en France

François Pouraud vient de vendre son entreprise. Il l’avait acquise en 2005. Son chiffre d’affaires était alors de 3m€. Fin 2019, il avait atteint 16m€.

Belle aventure ?

Je suis assez content. 

On est passé par des moments difficiles. Ma stratégie manquait de moyens. J’ai notamment manqué de moyens pour recruter. J’ai redressé la rentabilité, mais la trésorerie était tendue. Les sociétés concurrentes sont au même niveau. 

Que pensez-vous de la situation du chef d’entreprise, en France ?

Elle est difficile. Mais le premier responsable, c’est le patron. 

Le dirigeant français est un technicien, ce n’est pas un manager. Il manque d’intelligence émotionnelle. Et il manque de formation. Souvent il confond chiffre d’affaires et résultat…

Il ne sait pas dire non à ses clients, leur dire, comme un Allemand, qu’ils ne le méritent pas. Il n’arrête pas d’aller vers le bas.

Il n’a pas de vision. Il est concentré sur ses petits problèmes. Et ça lui va bien. Jusqu’à la crise.

Il n’anticipe pas. Il n’investit pas dans ses ressources. Il ne sait pas faire venir des talents. Il ne sait pas se structurer. Et, quand le challenge arrive, il n’est pas prêt. 

La PME est quasiment une société unipersonnelle. Le patron porte tout. 

Les patrons ne se parlent pas. Ils ne profitent pas de l’intelligence collective. 

Le cumul de tout cela fait que la rentabilité n’est pas là.

A cela s’ajoute la mentalité du Français. En France, ce n’est pas bien de gagner de l’argent. L’entrepreneur est un esclavagiste. Quand j’écoute la radio, le salarié est toujours un pauvre gars, et le patron, un salaud. On ne parle jamais de ce que l’entrepreneur prend comme risques, personnels, financiers, mais aussi par rapport à sa vie familiale. La femme et l’homme ne vivent pas dans le même contexte. Quand il rentre à la maison, ils ne se comprennent pas. 

Et on est passé à une société de loisirs. Quand on est chef d’entreprise, on ne peut pas avoir d’horaires fixes. Il faut développer des réseaux, le soir, le week-end. Cela demande de l’abnégation, de l’engagement. L’entreprise est une deuxième femme. 

Et les politiques changent les règles sans arrêt, ils ne nous aident pas. 

Et pourtant, en dépit de tout cela, et en dépit des charges, on est encore là ! On crée ce que personne ne crée. On a un tissu d’artisans exceptionnels, que le monde nous envie. Mais on n’est pas capables de gagner de l’argent. 

Y a-t-il une issue ? 

Il faut libérer le patron.

Que pensez-vous de cet ancien dirigeant, qui avait monté un fonds d’investissement, et qui aidait des dirigeants de PME à faire changer d’échelle leur entreprise, à la fois en les aidant à financer leurs projets, et en les conseillant ?

Y aller à deux serait bien. Ce n’est pas souvent que ça arrive. 

Ce qu’il faut c’est l’esprit de la chasse en meute, pour créer de la valeur. Il faut aller sur le territoire des Allemands et des Italiens. Aujourd’hui, ils nous prennent pour des guignols.

Non seulement les patrons ne se parlent pas, on ne se rencontre pas, mais tout se combine pour les diviser. Les institutions patronales ne sont pas performantes. Il y a des territoires qui aident agressivement leurs entreprises d’autres pas. On instaure une concurrence entre territoires et entre régions. On perd l’unité du pays. Cela ne crée pas de valeur dans les entreprises. 

Les salariés jouent sur ces divisions. Il n’y a pas de loyauté. D’ailleurs on ne leur donne pas envie d’être loyaux. 

Et quand le dirigeant pense réseau, il pense Mafia. Ce n’est pas vertueux. Ce n’est pas assis sur la création de valeur. 

On aurait besoin d’une locomotive, qui change la philosophie de l’entrepreneur. 

Publié par christophefaurie

Co fondateur de l'association des INTERPRENEURS. Comment rétablir le plein emploi en tirant parti de la créativité de la PME traditionnelle.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :